Printemps pluvieux, qui l’eut crue ?

Surpris par un printemps pluvieux, nombre de Toulousains gardent les yeux rivés sur les chaines météo, décryptant les cartes bariolées et jetant au fleuve Garonne quelques regards inquiets… Mais qu’en est-il de la situation locale ? Les averses à répétition génèrent-elle un risque de crue ? Qui veille au grain ? Rencontre avec ceux qui font la pluie et le beau temps à Toulouse.

Confiné au sein d’un local appartenant à le Cité administrative, le Service de prévision des crues (SPC) est un laboratoire d’étude dernier cri. Ecrans géants, cartes détaillées, ordinateurs en réseaux, tout y est pour réagir en cas de situation critique : « Nous sommes une vingtaine à travailler au SPC », explique Didier Nardaïs-Jaureguy responsable de l’unité vigilance et prévision des crues. « A ce jour, il y a 21 SPC en France. En fin d’année dernière, le SPC Tarn-Lot a d’ailleurs fusionné avec le SPC Garonne ». Organisés par bassin démographique (les territoires que draine une rivière), ces centres stratégiques directement rattachés au Ministère de l’environnement inspectent au quotidien le niveau des eaux de la Garonne, du Tarn, du Lot et de tous leurs affluents. Et si tout semble plutôt calme et serein ce jour-là, en situation de crise, le site devient une véritable fourmilière. « Nous avons deux missions », poursuit Didier Nardaïs-Jaureguy, « la vigilance météo, qui consiste à relayer des informations afin d’aider à l’élaboration de la carte nationale de vigilance mais aussi la prévision en cas de crue. » Chaque jour, l’équipe anticipe sur les risques potentiels. Car ceux sont eux qui sont à l’origine des passages au vert, jaune, orange ou rouge sur les cartes qu’affiche Météo France :  « On anticipe en fonction des conséquences sur le terrain que l’on connaît d’après les crues précédentes. Et lorsqu’une zone passe au jaune, on estime en fait que dans les 24 heures, on sera en vigilance jaune … » Deux fois par jour à 10h et 16h les informations sont envoyées au Schapi (voir encadré) : « Nous prenons des décisions avec leur appui, car ces choix ont des conséquences nationales », ajoute Didier Nardaïs-Jaureguy. Le système actuel date seulement de 2005 : « l’ancienne configuration présentait une découpe par département, or les crues se forment à l’amont des grandes rivières et se répercutent sur l’aval par propagation d’une onde de crue. L’ancien système n’apportait pas la possibilité d’une vision globale sur l’ensemble des cours d’eau. »

 

Une situation à risque pour le bassin démographique Tarn/Lot-et-Garonne

De véritables pros des crues, qui connaissent sur le bout des doigts les événements passés dans la ville rose et les dommages générés. Au quotidien, ils scrutent leurs écrans et restent en alerte constante grâce à des mesures surveillées toute l’année : « nous avons 70 stations de mesures dispersées sur les cours d’eau du bassin, qui nous permettent de maîtriser tout le territoire. » Bien loin du scientifique en botte en caoutchouc et imperméable, ce sont des capteurs qui mesurent la hauteur de l’eau et envoient automatiquement l’information au SPC. « Il n’y a qu’en cas de panne que nous envoyons des observateurs de crues pour lire les cotes sur place. » En situation de crue majeure, les informations sont relayées par le SPC toutes les 4 à 10 heures selon les cours d’eau étudiés : « Certaines rivières réagissent très vite, d’autres moins, tout dépend de leur configuration : les fortes pentes et massifs montagneux déclenchent des arrivées d’eau torrentielles qui peuvent faire monter le niveau très rapidement contrairement à d’autres zones qui évoluent particulièrement lentement. » Tous les cours d’eau sont potentiellement à risque : « C’est vrai que le territoire Garonne peut voir des phénomènes très différents arriver : on a des secteurs de montagnes qui réagissent très vite, du fait aussi des précipitations qui sont plus importantes sur les reliefs. C’est le cas des Pyrénées mais aussi des Cévennes sur le haut Tarn et le haut Lot. Les secteurs à l’aval sont plus lents mais avec des débits plus importants, et des territoires plus étendus et surtout plus habités ! C’est moins violent mais cela concerne plus de monde que dans la vallée des Pyrénées. »

Nouvelle crue à Toulouse ?

Pour Toulouse, pas de panique : « S’il y a des risques de crues à Toulouse, les digues mises en place protègent très bien la ville. Prenons par exemple la dernière crue marquante, en 2000 : dans Toulouse il ne s’est presque rien passé grâce au réseau de protection. Par contre l’amont et l’aval de la Garonne et la Lèze, des secteurs moins protégés, ont connu d’importantes inondations. » Et si l’on connaît une année très pluvieuse, qui s’est traduite cet hiver par un fort enneigement sur les Pyrénées se poursuivant tardivement, il n’y a rien d’alarmant : « Avec un mètre sur la Garonne, les cotes sont de saison, c’est certes un printemps pluvieux, mais aussi un niveau d’eau que l’on atteint régulièrement. » Cette semaine, il va encore falloir prendre son mal en patience, car le combo short et tong n’est pas encore d’actualité : « une phase de perturbation importante touche la région toulousaine et cela va continuer quelques jours. » Alors pourquoi la Garonne et ses affluents résistent-ils si bien ? « La formation d’une crue n’est pas une simple équation, elle dépend de l’intensité de la pluie, de sa violence et de sa durée. La saturation des sols joue également un rôle prépondérant. Mais attention ! Si la pluie continue à tomber et que les températures remontent, la fonte des neiges s’associera alors aux précipitations et risque de faire monter les eaux de manière dramatique. » Si la neige ne fond pas d‘un coup, elle alimente progressivement les rivières et devient un élément aggravant à l’élément déclencheur pluie. « En situation de crise, il est encore difficile de cibler précisément les zones concernées par une crue, c’est d’ailleurs l’un des objectifs du SPC : passer de la prévision des crues à la prévision des inondations. »

 Aurélie Renne

Le Schapi (Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations) est un service rattaché à la direction de l’eau du Ministère de l’écologie et du développement durable. Il prend le relai des Services de prévision des crues et les missions des 32 experts en météorologie consistent en l’appui aux SPC au niveau national ainsi qu’en une veille hydrométéorologique 24 heures sur 24. Le Schapi publie l’information à destination du public sous forme de cartes de vigilance information. Il est implanté à Toulouse pour favoriser les synergies avec Météo-France et les équipes scientifiques qui y sont rassemblées. www.vigicrue.gouv.fr

 

Hauteur d’eau au Pont neuf lors des principales crues toulousaines :

-1975 : 8.32 m

-1879 : 4.87m

-1900 : 4m

-1905 : 4.24m

-1952 : 4.57m

-1977 : 4.31m

-2000 : 4.30m



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