Primaires : Opération réussie !

Depuis des années, l’abstention monte à chaque élection dans l’indifférence générale, symbole d’une “démocratie” en pleine décadence. Finalement les élites n’ont pas besoin du peuple pour régner. Il suffit parfois de 10 ou 20 % des suffrages pour devenir un élu. Cette primaire, aura eu le mérite de faire bouger les lignes et de montrer que si l’on donne la parole au peuple, il est capable de s’en servir…

 
Un peu d’histoire

S’il est vrai que la perte de mémoire est un phénomène bien connu en France, frappant même les anciens Présidents de la République, il convient de se souvenir de l’été 2009, époque à laquelle Arnaud Montebourg a failli claquer la porte du PS devant le refus de Martine Aubry d’accepter l’organisation d’une primaire ouverte. La première secrétaire du PS, a pourtant été adoubée au con-grès de Reims, après quelques carambouilles électorales internes, grâce aux “rénovateurs” dont Montebourg était le chef de file. Ayant passé en sous main un “accord électoral” avec DSK, la nouvelle première secrétaire du PS ne souhaitait pas savonner la planche de son poulain du FMI. L’ambiance est tendue. Mais les mentors de Martine Aubry – Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Bertrand Delanoë – flairent le danger et exhortent la première secrétaire à agir. La contre-attaque aura lieu pendant la traditionnelle université d’été du parti, à La Rochelle. Interdiction du cumul des mandats et primaire ouverte pour désigner le candidat à la présidentielle : à la tribune, Aubry stupéfie les militants et lance le parti sur un nouveau chemin. Ouf, Montebourg a gagné !

Démonstration démocratique

La primaire socialiste a été gagnée… par les socialistes. Machine à perdre, risque d’implosion interne, indifférence des Français de plus en plus éloignés de la chose politique et adeptes du “tous les mêmes”, on a tout lu et tout entendu. Voilà que la machine infernale devient vertueuse conjuguant les différences et légitimant par le suffrage populaire un ou une candidate en dehors des appareils de plus en plus étriqués, repliés sur eux même. D’un coup, un bol d’air frais traverse le paysage politique et redonne du sens au système électoral. La réussite est d’autant plus nette que le scénario dépasse toutes les espérances, ou toutes les craintes. Ce premier tour, où 2,5 millions d’électeurs de gauche se sont déplacés, débouche sur un suspense final qui passionne des millions de Français. François Hollande et ses partisans comptaient sur une avance irrésistible qui assurerait la victoire au second tour. L’écart avec Martine Aubry est insuffisant pour assurer la victoire avant le vote ultime. Autre enseignement, la volonté de rupture affirmée par les citoyens.

Vers un autre monde

Le concept de démondialisation porté par Arnaud Montebourg a fait mouche et lui au- ra servi de tremplin dans cet- te élection ! Archaïque, irréaliste, utopique, réactionnaire même… Les biens pensants et les sachants n’ont eu que dédain pour cette ligne politique si étrangère à leur compétence coupée du réel. La critique du libre-échange sans frein, la méfiance à l’égard d’une mondialisation qui broie les peuples, le rejet d’un système financier cupide et incontrôlé, thèmes que l’on croyait confinés au seul courant altermondialiste, sont devenus des thèmes populaires. La gauche française veut une alternative non seulement au sarkozysme mais aussi à un système ultra-libéral présenté comme incontournable avec comme seul garde-fou la concurrence. Plaçant au zénith, le dieu marché, écrasant l’individu, piétinant les organisations collectives, rangeant l’Etat au rang de simple spectateur, les gourous de la finance n’ont semé que désarroi et misère sur l’ensemble de la planète. C’est cela le message des 17 % de Montebourg !

François ou Martine ?

François Hollande est jugé plus crédible que Martine Aubry pour faire gagner la gauche, selon le sondage LH2-Le Nouvel Observateur. 61 % des Français pensent que le député de Corrèze peut faire gagner la gauche à la présidentielle de 2012, contre 43 % à sa rivale du second tour de la primaire socialiste, Martine Aubry. Capacité à rassembler (53 %, contre 44 % pour Martine Aubry) image plus consensuelle, François Hollande semble tenir la corde pour le deuxième tour si l’on en croit cette enquête réalisée vendredi et samedi, juste avant le premier tour de la primaire. François Hollande domine largement parmi les indécis de droite et les centristes (55 % le croient capable d’emporter la victoire (20 % pour Martine Aubry). François Hollande domine nettement chez les cadres (81 %) et les personnes âgées de 50 à 64 ans (71 %). Par contre, aucun des deux n’est perçu comme en capacité de porter un projet très rénovateur à la Montebourg… ce qui pose globalement un problème et qui pourrait faire l’affaire d’un troisième larron centriste…

Bayrou le retour ?

Après le jeté d’éponge de Borloo, l’enlisement de Villepin dans Clearstream, l’autoroute centriste Pau-Paris semble dégagée pour le leader du MoDem. Adossé à ses fondamentaux que sont la dette, dont il avait fait le centre de sa campagne en 2007, l’école républicaine, la ré-industrialisation du pays et la moralisation de l’Etat, le Béarnais pourrait jouer les troubles fête dans le premier tour de 2012 et peser pour l’ultime scrutin. Ce qui est sûr et annoncé en coulisses, c’est qu’il ne restera pas observateur comme en 2007. Le temps des alliances pour avoir des élus aux législatives est revenu. Toute la question est de savoir avec qui ? Si la réponse n’est pas claire, et fait appel à la notion de “plus offrants”, entendez plutôt ce- lui qui sera en capacité de répondre au mieux à un package programmatique qui pourrait concerner une dose de proportionnelle dans les modes de scrutins, un engagement sur l’indépendance de la justice et des médias etc… Son problème reste une organisation interne assez chaotique avec un retour en force dans les instances départementales de caciques de la feu UDF, peu portés à voter Hollande ou Aubry… ce qui pourrait compliquer le choix des électeurs avides de clarté.

Avis de citoyen

Enfin cela bouge, nous commencions à désespérer d’une démocratie de plus en plus éloignée de ses valeurs originelles et dans laquelle seule une oligarchie autoproclamée semblait incontournable, détournant les citoyens des urnes. Merci au PS de cet élan populaire qui je n’en doute pas sera suivi dans d’autres formations politiques pour les échéances à venir. Réappropriation par le citoyen de la chose politique, fin du cumul des mandats, féminisation des appareils, écoute des consommateurs, tout un programme pour 2012… Reste à passer aux actes.



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