Politique de la Ville… ; Pierre Cohen, monopolise-t-il tous les pouvoirs ?

Il est peu apparu dans les médias depuis son éviction en décembre dernier de la présidence de Tisséo. Pourtant Stéphane Coppey a des choses à dire. En attendant le jugement du Conseil d’Etat dans l’affaire qui l’oppose à Pierre Cohen, l’élu Vert du Grand Toulouse reprend la parole. Sans pour autant épargner la politique gouvernementale, il dénonce le manque d’ambition d’une ville, Toulouse, en matières de transport et d’environnement, imputable selon lui, à la confiscation du pouvoir qu’exercent son maire et ses “proches” socialistes. Il fustige par ailleurs des projets coûteux, inutiles, ainsi que des dossiers retardés par pure visée électoraliste. Et que dire de ces élus qui «ne veulent pas lâcher la main» et abandonne un mandat pour un autre, trahissant au passage leurs électeurs ?… Interview.

 
Stéphane Coppey, vous avez été évincé de la Présidence de Tisséo en décembre dernier. Où en est aujourd’hui l’affaire qui vous oppose à Pierre Cohen ?
Cette affaire a été portée dans un premier temps au tribunal administratif qui nous a déboutés. Aujourd’hui nous attendons le jugement du Conseil d’Etat.

Plus concrètement ?
Nous voudrions que soit reconnue l’illégalité de la procédure qui a été suivie. Les motifs invoqués pour cette éviction sont pour nous fallacieux et d’ordre purement politique. Nous espérons avoir gain de cause et que le résultat de ce jugement nous amène, dans des temps électoraux différents pour parler clairement, à montrer les méthodes de gouvernance de Monsieur Cohen.

Vous en voulez vraiment toujours à l’actuel Maire de Toulouse ?
Mon opinion sur Pierre Cohen et ses proches est faite. De plus les différents événements et la politique qui ont suivi, ne la démentissent pas. Je pense que nous nous sommes trompés de personne.

A vous entendre, on a l’impression que vous aimeriez presque le retour de la droite au Capitole ?
(Rires) Non ! Je fais partie de ceux au sein des Verts et d’Europe Ecologie qui se sont battus, qui se sont mobilisés pour faire liste commune au premier tour des municipales à Toulouse, afin d’avoir un changement après 37 ans de majorité à droite. Au bout de tant d’années, il y a des habitudes qui sont prises au niveau des élus et des services telles, que l’on ne sert plus la population mais que l’on préserve les intérêts acquis par une “classe” au pouvoir. Il fallait un changement à ce niveau mais aussi pour impulser une dynamique différente à l’heure où précisément la droite applique tous les jours à un niveau national, des décisions pour le moins critiquables.

 


Ils ont oublié leurs engagements

Par exemple ?
La disparition de la formation des enseignants qui est absolument scandaleuse. Idem pour la réduction de leurs effectifs, tout comme dans le domaine hospitalier : même les patrons de ces établissements disent que cette politique nous mène tout droit dans le mur. On touche les plus pauvres, les plus fragiles par les mesures sur les retraites, sur la réduction des prestations sociales. Il est absolument indispensable dans ce contexte que s’exerce en France un contre-pouvoir au niveau des régions et des agglomérations. A ce titre, nous ne pouvions, avec ma formation politique, que nous engager dans cette envie de changement ainsi que dans une orientation différente des politiques menées au plan local. Mais encore faut-il que l’exercice du pouvoir soit en phase, en termes de démocratie, avec ce qui a été défendu notamment lors des élections.

C’est-à-dire ?
Mon éviction a été l’exemple flagrant des pratiques de Monsieur Cohen et des gens qui l’entourent. Ces personnes qui ont voulu prendre en main la ville de Toulouse, ont rapidement oublié que leur élection s’est faite à quelques voix près, grâce à une mobilisation générale dont celle des électeurs écologistes. Cela aurait mérité pour le moins, non seulement un respect vis-à-vis de la population mais surtout, c’était d’ailleurs convenu et signé, un partage de responsabilité, de lisibilité. Cela aurait fait la force de cette équipe.

Que pensez-vous de la gestion actuelle de la ville en matière de transports en commun ?

Je m’abstiendrai sur ce sujet. Je laisse le soin à mes collègues élus de le faire. Par contre, à Tisséo par exemple, où devrait s’exprimer une écoute, un échange entre les élus des différentes villes, communes et collectivités, on sent clairement une confiscation du pouvoir par la ville de Toulouse.

 

Une vision étriquée de l’agglomération

Toulouse manque-t-elle selon vous d’ambition dans ce domaine ?
Oui, de la parole aux actes, il y a une distance énorme. La fameuse ligne Garonne par exemple, est un micro-tronçon intra toulousain. On ne parle plus de projet d’ensemble. Le plan de déplacements urbains que j’ai passé beaucoup d’énergie à animer sur le plan de la réflexion avec les collectivités, les milieux économiques, associatifs, culturels, était un projet que tout le monde trouvait, certes ambitieux, mais réaliste et obligé en quelque sorte par rapport aux enjeux en matière d’environnement et de développement durable. On n’en parle plus aujourd’hui. J’espère qu’il en sera à nouveau question dans les mois qui viennent mais d’après ce que j’ai entendu dire, pas avec l’ambition affichée de l’époque. On a pénalisé, retardé les projets sur le secteur nord de l’agglomération, comme le boulevard urbain nord. On ne parle plus du tramway sur la partie ouest de l’agglomération (Colomiers, Tournefeuille, Plaisance) et le débat se réduit au problème tramway ou métro sur sa partie sud est ; débat que je sens progressivement s’inscrire exclusivement dans des limites intra-communales toulousaines, encore une fois à l’image de la ligne Garonne. Le problème est que l’on est dans un système d’élections en France qui fait que, celui qui arrive à s’imposer, avec les méthodes que l’on sait, comme patron des transports et de l’agglomération, c’est le maire de Toulouse. Mais celui-ci ne se fait élire que par des électeurs Toulousains. Par conséquent, pourquoi aller réaliser des infrastructures de transport à l’extérieur de Toulouse qui ne lui apporteront pas de voix ? Pire que cela, on sent poindre des réductions de services de transports en commun, comme par hasard, non pas sur le territoire de la ville de Toulouse mais bien évidemment sur la banlieue. C’est avoir encore une fois, une vision étriquée de l’agglomération. Alors que le maire de Toulouse semble favorable à la notion de métropole, il faudra qu’il explique à l’ensemble des maires de l’agglomération, qu’il veut une métropole pour lui-même et pas pour les autres. Or la notion même de métropole, c’est au contraire la fédération d’un maximum d’énergies, d’élus, de sensibilités, de corps de métiers.
Le seul projet qui émerge du Plan Particulier d’Investissements (PPI) est le déménagement du Parc des Expositions de Toulouse. C’est d’autant plus choquant que ce n’est pas du tout l’élément structurant du programme électoral que nous avons défendu à l’époque. C’est un projet globalement coûteux qui sert le rayonnement de Toulouse mais très peu l’agglomération et ses habitants. De plus, où est aujourd’hui dans ce PPI, la requalification de l’île du Ramier ? Les budgets annoncés sont exclusivement consacrés à la construction du nouvel équipement ! Ce parc des Expos tel qu’il existe, en enlevant peut-être des voitures et en ajoutant plus de dessertes transport, ne peut-il pas continuer à exister sur cette île dans un espace de verdure ? A-t-on vraiment besoin de le déménager ?

 

A l’exemple de Martin Malvy, des élus qui “ ne savent pas lâcher la main ”

L’Etat a-t-il aussi une part de responsabilités ?
On est certes, du fait de l’Etat, dans des difficultés croissantes en matière de finances publiques. Il n’empêche que, ce n’est pas la peine de se faire peur inutilement. Monsieur Cohen a visiblement une relation très compliquée avec la dépense de l’argent public. On est quand même là pour construire la ville durable de demain, pour structurer cette agglomération en dépensant raisonnablement.
L’augmentation des tarifs à Tisséo entrée en vigueur le 1er juillet dernier. Pouvait-elle selon vous être évitée ?
Je serai plus modéré sur ce sujet. Pourquoi les gens ne prennent-ils pas le transport collectif aujourd’hui ? La première grande raison est parce qu’il ne répond pas à leur besoin pour aller d’un point A à un point B. Après il y a des raisons de fiabilité, de temps de parcours, de fréquences, de confort, d’intermodalité, etc. Le coût n’intervient d’après les enquêtes que l’on a pu mener, qu’en 4ème, ou même en 7ème position. En France, le transport public est globalement faiblement tarifé. Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut systématiquement augmenter les prix dans un contexte national qui n’y est certes pas favorable. Mais développer le transport public en infrastructures mais également en qualité de services, nécessite de l’argent, qu’il faut trouver partout : peut-être un petit peu chez les usagers mais il faut surtout faire des investissements courageux.

Existe-t-il une politique de la ville à Toulouse en matière cette fois d’environnement ?
Encore une fois, mes collègues élus verts de la ville sont mieux placés que moi pour répondre. Ce que je peux vous dire c’est qu’ils essaient dans un contexte qui n’est pas facile, vu le mode de gouvernance de Monsieur Cohen, de porter des projets. On a tiré un bilan en mai de deux ans de fonctionnement. Il y a des avancées certaines : celle du bio dans les cantines scolaires, le non traitement par pesticides des espaces publics… celles des éco-quartiers menées plus par la communauté urbaine du grand Toulouse d’ailleurs, que par la ville elle-même. Mais aujourd’hui il n’y a pas de grandes décisions qui sont prises en matière de rénovation des bâtiments publics, d’encouragement à la rénovation du privé pour faire baisser d’une manière très forte les besoins énergétiques, liés par exemple au chauffage ou à la climatisation dans les logements. Il reste beaucoup à faire mais je pense que ce n’est pas ressenti comme politiquement porteur par le Président de la communauté urbaine du Grand Toulouse.

Au niveau régional, Martin Malvy serait candidat en 2011 aux sénatoriales dans le Lot. Qu’en pensez-vous ?
Nous avons affaire à des élus qui ne savent pas lâcher la main. C’est choquant. Ce n’est pas le message qu’attendent les électeurs.

 

2×2 voies Toulouse/Castres : De qui se moque-t-on ?

Si Nicole Belloubet, actuelle première vice-Présidente du Conseil régional et non Gérard Onesta, deuxième vice-Président, accédait à la présidence, le considèreriez-vous comme une trahison supplémentaire de la part des socialistes ?
Bien évidemment. Outre le peu de franchise, de transparence, on roule en plus dans la farine ceux qui quelque part, ont contribué très fortement là encore à l’élection. On se sert des gens. On leur dit par exemple qu’une délégation de signatures n’est pas possible, que l’accès à la communication extérieure est réservé au président, etc. Pire que cela : on promet une espèce de transition à mi-mandat et quand cela arrive, on donne la légitimité aux socialistes. Ce n’est pas sérieux.

Quelle est votre position sur la 2×2 voies Toulouse/Castres ? Guillaume Cros, Président du groupe Europe Ecologie au conseil régional, parle «d’aberration écologique et de scandale politique» ?
Je ne peux qu’évidemment rejoindre cette opinion. J’ai été l’un des acteurs majeurs du débat à l’époque sur le contournement autoroutier de Toulouse d’une part, puis en soutien et même en expression publique dans le cadre du débat sur l’autoroute Toulouse/Castres. Avec les associations qui militaient sur ce sujet, nous avons démontré qu’il y avait un meilleur projet à développer, si tant est qu’il en faille un pour 7 000 véhicules par jour !
Le contribuable a déjà participé à des réalisations de contournement de l’agglomération. On se propose de le solliciter encore à hauteur au moins de 100, 150 millions d’euros. Cela pourrait suffire à des aménagements de sécurité. Or on va faire un projet qui va coûter le triple que l’on fera payer par l’usager, 15 euros pour un aller-retour Toulouse/Castres, en prenant sur les terres agricoles à un moment où l’on dit que précisément, il faut privilégier leur utilisation pour l’alimentation humaine. Il s’agit de dépenser 400 millions d’euros pour un projet dont on n’a pas besoin. Cette 2×2 voies permettrait, nous dit-on, de réduire de 10 minutes le temps de parcours entre les deux villes. De qui se moque-t-on ? Dix minutes pour arriver plus vite sur un bouchon sur la rocade de Toulouse ? J’avais proposé un projet : la réalisation de voies réservées sur le périphérique toulousain à des bus express.

C’est-à-dire ?
On réduit légèrement la largeur des voies, on augmente la largeur de la bande d’arrêt d’urgence que l’on transforme en voie réservée pour les bus et les urgences. Puis on crée depuis des villes comme Castres, pour les laboratoires Fabre par exemple, des navettes rapides se connectant au métro à Gramont et allant directement sur l’aéroport. On pourrait ainsi relier Lavaur à Balma-Gramont en une demi-heure, Lavaur à Blagnac-aéroport en trois-quarts d’heure. Voilà un vrai projet de transport, qui servirait en plus l’agglomération toulousaine puisque on n’aurait pas à passer par le centre. Les Autoroutes du Sud de la France m’ont proposé ce projet dès le début du mandat à Tisséo. Cette expérience marche très bien à Grenoble et en région parisienne où il existe aussi des parcs relais pour les bus rapides. On avait bien avancé au sein du groupe de travail constitué de Tisséo, de la communauté urbaine du Grand Toulouse, du conseil général de la Haute-Garonne, de la région, de la Direction Départementale de l’Equipement (l’Etat). Ce n’est bien sûr pas la solution miracle mais elle est employée dans presque toutes les agglomérations européennes pour résoudre en partie les problèmes de transports. C’est un service dont les gens auraient besoin, mais Pierre Cohen a signifié par courrier aux ASF de tout arrêter.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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