Politique, courage et temps

Au moment où le duel présidentiel s’avère plus que serré au Brésil (l’offensive des églises profitant à José Serra), où la Chine teste à Shanghai le report de l’âge de la retraite, où un proche de Poutine est installé à la Mairie de Moscou (Serguei Sobianinc était le chef de cabinet du Premier Ministre), où Jacques Attali remet au Président de la République son rapport pour “la libération de la croissance”, ce sont les commentaires, chroniques, reportages sur les manifestations contre la réforme des retraites qui suscitent interrogations, prévisions et pronostics sans que personne ne semble détenir la clé d’une situation où certains veulent voir ou imaginer un nouveau “Mai 1968”, d’autres un “CPE bis” avec la reculade du gouvernement, certains «l’insurrection qui vient» et dont certains pensent que les lycéens peuvent en être le fer de lance.

 
«Il faut savoir terminer une grève» affirmait le leader communiste Maurice Thorez, il y a plus de cinquante ans ; Jean Grosset (UNSA) déclare aujourd’hui «nous sommes en démocratie. À un moment donné le politique prend le pas sur le social. Quand le Parlement vote une réforme, même si elle ne nous convient pas, nous ne pouvons pas faire comme s’il ne se passait rien.» On note d’ailleurs les premières dissensions dans l’intersyndicale sur la stratégie de sortie de la crise, la CGT étant tentée de poursuivre le mouvement au-delà des vacances de la Toussaint. L’intersyndicale du 21 octobre promet d’être particulièrement difficile. Alors que la pénurie d’essence due aux grèves dans les raffineries donne corps à celles et ceux qui rêvent au blocage total du projet de réforme des retraites et que d’autres attendent secrètement le dérapage accidentel d’une manifestation (le syndrome Malek Oussekine), Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture, publie un essai sur le sens de l’action politique («Écrire permet de retrouver le sens de l’action») dans un livre intitulé “Sans mémoire, le présent se vide”. On lit notamment dans l’interview qu’il propose au “Monde” le 17 octobre un certain nombre de réflexions qui sont comme autant de commentaires d’une France dans l’inquiétude à défaut d’être dans l’effroi, dans le désenchantement à défaut de plonger dans l’abstention, dans l’attente d’un remaniement ministériel qu’elle attend désormais avec impatience et qui s’amuse au petit jeu du “Quiz” matignonesque.
Et chacun d’attendre maintenant l’incertaine extension des grèves reconductibles, le maintien ou non de la mobilisation des jeunes (qui tient autant du rite de passage que de l’expression du malaise d’une génération qui se sent sacrifiée), la manière militante et concrète dont MM. Thibault, Chérèque et Mailly conduiront leur stratégie de centrale syndicale pour cette bataille, la polémique sur le comptage des manifestants (le calcul effectué par plusieurs médias est plus proche des chiffres policiers que syndicaux).
«La politique est l’art de marier le courage et le temps, le devoir de courage avec les exigences du temps» écrit Éric Fottorino. Les semaines à venir permettront peut-être, d’un côté comme de l’autre une telle déclinaison !

Stéphane Baumont


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