Police Municipale ; « Le sentiment d’insécurité tue ! »

Depuis presque un an, l’insécurité fait de plus en plus débat dans la ville rose. Des agressions parfois mortelles en centre-ville questionnent en particulier sur l’installation de davantage de caméras de vidéoprotection et sur l’organisation de la Police Municipale. Serge Loubat, qui n’a pas souhaité montrer son visage, est délégué du Syndicat Indépendant de la Police Municipale à Toulouse. Il revient sur les missions et le travail au quotidien de ces agents.

 
Serge Loubat, quel est votre sentiment sur l’insécurité à Toulouse ?
Elle est grandissante et je le déplore, d’autant plus que la Police Municipale ne peut œuvrer là où ce serait important et utile. On parle beaucoup de sentiment d’insécurité. Moi, je dis qu’aujourd’hui, le sentiment d’insécurité tue !

En quoi consiste votre mission au quotidien ?
Aujourd’hui, ce sont des actions qui pour moi, relèvent davantage de la prévention que de la répression. Nous en sommes souvent réduits à intervenir sur des infractions qui relèvent du premier niveau, c’est-à-dire de stationnement. Le service est scindé en deux : D’un côté, la proximité où l’on fait majoritairement de la police administrative et de l’autre, le service général où dans la plupart des cas, nos actions sont axées sur le stationnement et la mise en fourrière. Nous intervenons quelquefois sur des appels tels que des différends familiaux, nuisances sonores ou autres mais pouvons passer notre journée à suivre les appels qui concernent les entrées carrossables pour lesquelles il faut mettre en fourrière et verbaliser. Du fait que l’on est occupé à ces fonctions, notre attention ne se porte pas sur les infractions flagrantes, délictuelles ou criminelles.

En résumé, vous faites du chiffre ?
On ne peut pas caricaturer mais il est vrai que les gens peuvent le percevoir ainsi ! D’un autre côté, nous rendons service à la personne qui par exemple, ne peut pas rentrer chez elle parce qu’un véhicule en bloque l’entrée.

 

Que les mairies fassent face à leurs responsabilités

Comme vous le disiez, vous êtes également compétents pour ce qui relève du flagrant délit…
Oui mais derrière le flagrant délit, il y a la notion de sécurité publique et le maire a clairement dit que la sécurité publique faisait partie du domaine régalien de l’Etat, et par conséquent de la Police Nationale ou de la Gendarmerie. Cette conception de la Police Municipale est à mon avis, surannée. A partir du moment où nous sommes sur place, autant pouvoir intervenir ! Or on nous demande si les gens sont trop belliqueux ou armés, de ne pas le faire. L’intérêt de la Police Municipale, c’est que, c’est une police locale en théorie, en phase avec le terrain. C’est important. Regardez ce qui s’est passé la semaine dernière à la station de métro des Carmes (Un homme a pris une adolescente de 16 ans en otage en lui plaçant un couteau sous la gorge, ndlr) : les agents qui sont intervenus, ne faisaient pas de la police de proximité ou du stationnement. Ils étaient donc disponibles. Sans leur action, cela aurait pu très mal se passer. A l’heure actuelle, nous sommes dans une réelle situation d’insécurité, avec une crise sociale et économique, une précarité qui augmente, et des gens qui ne sont pas forcément des délinquants mais qui “pètent les plombs.”

Quelles sont les revendications de votre syndicat ?
Grosso modo, l’armement pour tous les Policiers Municipaux, quelle que soit leur affectation, 24h/24. Des avantages sociaux identiques à ceux de la Police Nationale et qu’enfin les mairies fassent face à leurs responsabilités dans le domaine de la sécurité publique.

Doubler les effectifs

Justement, quelles sont vos relations avec la mairie de Toulouse ?
Je tiens d’abord à dire qu’il n’y a aucune volonté de ma part de m’opposer en permanence. Je trouve simplement qu’il y a des failles dans le système et en tant que policier, j’ai le devoir de les dénoncer, de les faire remonter.

L’un des problèmes a trait aux effectifs de la Police Municipale. Combien y a-t-il de policiers municipaux à Toulouse ?
Ce qu’il faut d’abord expliquer, c’est que le service général de la Police Municipale toulousaine a été scindé en deux. La Police Municipale a vocation à intervenir sur l’ensemble du territoire de la commune. Aujourd’hui nous sommes 160 agents, dont une cinquantaine d’administratifs qui ne sont donc pas sur le terrain. Avant nous étions essentiellement concentrés sur le centre-ville de Toulouse. Désormais, avec le même effectif, nous sommes répartis sur les 6 secteurs (75 000 habitants, par secteurs, ndlr) que compte la ville, avec au maximum quatre agents sur un secteur. C’est très peu.

Combien en faudrait-il ?
J’ai réalisé un état des lieux que le maire actuel n’a jamais pris en considération. Je me demande même s’il l’a lu… Il faudrait au minimum doubler les effectifs. Nous sommes quand même la 4ème ville de France ! Quelles que soient les orientations politiques des décideurs locaux, qu’ils soient de droite ou de gauche, on ne peut pas se désintéresser de la sécurité. C’est primordial, cela concerne tous les citoyens. J’ajoute toutefois qu’en termes de personnel, quels que soient les maires qui se sont succédé, nous avons toujours été en situation de déficit. Ne pas doubler les effectifs nous pénalise. Nous subissons cette situation et les Toulousains encore plus !

 

Dissuader

Etes-vous armés ?
Nous sommes armés en 4ème catégorie, c’est-à-dire avec un révolver la nuit. De jour, nous le sommes en 6ème catégorie, avec une bombe et un Tonfa (bâton de défense, ndlr), sachant que maintenant à Toulouse, il se produit dans la journée et dans le centre-ville, des faits graves, délictuels et criminels. D’ailleurs des statistiques nationales émanant du ministère de l’Intérieur, affirment que les centres de nos villes sont des lieux devenus hautement criminogènes. Sommes-nous aptes dans ces conditions à nous défendre et à défendre autrui ? Quel regard le délinquant porte-t-il sur nous ? Il est fondamental que nous soyons armés, non pas pour tirer à tout va, mais pour pouvoir être des policiers à part entière, être dissuasifs et protéger. Ce principe vieux comme le monde, est tellement important.

Quels sont vos horaires ?
Aujourd’hui nous intervenons majoritairement dans la journée. Après minuit, nous ne pouvons plus être sur le terrain.

Qui les fixe ?
C’est le maire qui décide de l’organisation du temps de travail et des missions de la Police Municipale. Cela fait partie de ce qu’on l’appelle le principe de libre administration des collectivités territoriales.

Auparavant, vous interveniez la nuit ?
Oui, jusqu’à 3h30 en semaine et 5h du matin le week-end. On sait que ces plages horaires en particulier sont propices à des infractions délictuelles, voire criminelles.

Quel est votre avis sur le rétablissement des patrouilles de nuit, préconisées par le groupe d’opposition municipale Toulouse pour Tous ?
Je suis pour, mais avec une prise en compte des difficultés que cela engendre, à savoir une reconnaissance financière plus grande.

Vous l’évalueriez à combien par fonctionnaire ?
Cette question doit être prise en compte par les représentants du personnel qui doivent pouvoir faire une évaluation précise des préjudices subis par les agents sur ces tranches horaires et discuter avec le maire d’une rémunération adéquate. Une négociation salariale doit absolument s’engager.

 

Utilité de la vidéoprotection

Que pensez-vous de l’Office de la Tranquillité ?
C’est un outil intéressant. Mais le problème, c’est qu’entre le moment de l’appel et celui de notre intervention, à cause notamment du manque d’effectifs dont nous avons parlé, il se passe minimum une à deux heures. Résultat : les gens pensent que c’est de la fumisterie.

Que diriez-vous des Chuteurs ?
En revanche, là, je suis totalement en désaccord. Leur travail est dangereux, inefficace et cela va se voir rapidement. Face à une personne en été d’ébriété, que voulez-vous qu’ils fassent ? C’est déjà difficile pour nous, alors imaginez pour des civils !

Pierre Cohen va proposer l’installation de caméras de vidéoprotection. Vous approuvez cette décision ?
La vidéoprotection est infiniment utile. Quand la sécurité est en jeu, il n’y a pas qu’une action qui compte. C’est un outil parmi d’autres mais qui est efficace et dissuasif.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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