Police «La coupe est pleine !»

Didier MARTINEZ

«Fin de la RGPP», «abandon de la politique du chiffre», «respect absolu de la présomption d’innocence»…  A l’instar des autres organisations syndicales (voir encadré), ce jeudi, Unité SGP Police manifeste sur le parvis de l’Hôtel de Police de Toulouse pour dénoncer «Les 30 causes insupportables du malaise policier ambiant» suite à l’affaire du 93. Rencontre avec Didier Martinez, secrétaire régional d’Unité SGP Police Midi-Pyrénées.

Didier Martinez, vous réclamez depuis des années la fin de la RGPP (Révision Générale des politiques publiques). Qu’a-t-elle entraîné dans le quotidien du policier ?

Le premier impact est la baisse conséquente des effectifs. Depuis sa mise en œuvre, on a perdu 10 000 policiers au niveau national. On est passé de 110 000 à 100 000 aujourd’hui. Si cette RGPP continue, à la fin 2012, on aura encore perdu 1000 policiers. Prenez l’affaire Merah, 150 policiers ont été mis sur cette affaire qui a été résolue en deux jours.

Quelles en sont les conséquences ?

Aujourd’hui nos collègues ont chacun 200 procédures en attente, qu’ils vont mettre une année à régler. Pendant ce temps, les victimes attendent. Les auteurs des faits eux, ne seront interpellés qu’au bout de huit mois voire un an et le temps que la justice prononce une éventuelle sanction, ils auront peut-être commis d’autres infractions entre temps. C’est aberrant ! La RGPP implique aussi pour ceux qui sont sur le terrain, des heures supplémentaires. Comme on n’a pas assez de monde, on rappelle des collègues, on remet des patrouilles les week-ends et les jours fériés. Cela a aussi un impact sur les conditions de travail et sur la qualité de la prestation.

 

«Il manque entre 150 et 200 policiers à Toulouse»

Quelle est la situation à Toulouse ?

Nous estimons qu’il y manque entre 150 et 200 policiers. Depuis trois ans, Toulouse n’est pas ouverte aux mutations, c’est-à-dire qu’aucun policier travaillant à Paris ne peut revenir sur Toulouse. On ne veut pas que les départs en retraite des policiers toulousains soient compensés.

Sentez-vous un réel front anti-policier monter de plus en plus en France ?

Il est certain que dans les quartiers, on sent de plus en plus d’hostilité. Mais la population a elle aussi des griefs envers les forces de l’ordre parce qu’elle est matraquée tous azimuts. On ne lui laisse rien passer. Les radars sont automatisés, les policiers intransigeants avec des contrôles qui se multiplient. Les policiers font les frais de cette politique du chiffre que nous dénonçons également. Nous sommes au service des gens mais que l’on ne nous demande pas d’être rentables ! Le chiffre est nuisible à l’efficacité.

Etes-vous pour une police moins répressive et plus accompagnatrice ?

C’est un autre aspect politique que l’on attend de la police, effectivement. Nous sommes pour une association prévention/répression. On l’a vu, le tout répressif ne fonctionne pas. Depuis que la proximité a largement été laminée à Toulouse, nous subissons ce qui se passe dans les quartiers. Avant nous pouvions anticiper parce que cette proximité nous permettait d’avoir un lien avec les gardiens d’immeubles, les enseignants, les commerçants, les acteurs sociaux. Cette relation de confiance nous permettait d’avoir des informations. Nous savions deux ou trois jours à l’avance qu’il allait y avoir une rixe, un trafic de stups… Or le fait de subir n’apporte qu’une réponse répressive et ne fait qu’envenimer la situation et les conflits dans ces quartiers. Cette politique sécuritaire n’est pas productive.

 

Maintenir la présomption d’innocence

 

Suite à l’affaire du 93, vous demandez également le respect absolu de la présomption d’innocence…

Oui, il faut maintenir la présomption d’innocence, c’est-à-dire que le policier soit considéré innocent jusqu’à ce que l’enquête soit terminée. Alors que là, le tribunal de Bobigny a immédiatement mis notre collègue en examen et l’a déclaré coupable d’homicide involontaire. C’est ce qui a déclenché notre grogne. De plus, il faudra réviser les conditions trop floues de la légitime défense. A l’heure actuelle, il y a une certaine appréhension des policiers à faire usage de leur arme, ce qui peut mettre leur vie en péril. Ils craignent d’être mis en examen, alors que le malfaiteur lui, n’a aucun scrupule à tirer. Ce problème est fondamental.

Aujourd’hui jeudi, vous allez manifester quelque soit le président élu ?

Bien entendu car le constat depuis plusieurs années est alarmant. Ces temps derniers, de nombreux collègues ont été tués par des malfaiteurs. La seule reconnaissance est à titre posthume. Il faut redéfinir une approche sécuritaire globale parce que la coupe est pleine.

Propos recueillis par Claire Manaud



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