Pôle Emploi Midi-Pyrénées et DISP de Toulouse ; Du travail pour éviter la récidive

Pôle Emploi Midi-Pyrénées et la direction Interrégionale des Services pénitentiaires de Toulouse (DISP) ont récemment signé une convention de partenariat qui pérennise leur collaboration. Accompagner les détenus vers une insertion sociale professionnelle toujours plus réussie est l’objectif que se sont fixé ces deux entités pour éviter la «sortie sèche» et la récidive. Georges Vin est Directeur Interrégional des Services Pénitentiaires (DISP) de Toulouse qui regroupe les régions Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon. Rencontre.

 
Georges Vin, qu’est-ce qui a motivé la signature de cet accord ?
Il faut d’abord vous dire que les relations entre Pôle Emploi, l’ANPE avant lui, et l’administration pénitentiaire sont très anciennes. Elles datent de 1993. La première convention cadre régionale signée en 2006 arrivait à terme fin 2009. Il fallait en renouveler le contenu, les modalités d’intervention.

Quelles sont justement les nouveautés de cette convention ?
La coopération entre nos deux entités est renforcée. Nous avons désormais des conseillers Pôle Emploi qui interviennent dans l’ensemble de nos établissements. Mais cela se concrétise aussi par exemple, par des conditions matérielles d’exercice encore plus favorables pour nos partenaires : la mise en place en milieu carcéral de lieux spécifiques pour que les conseillers Pôle Emploi puissent bénéficier d’installations appropriées, de liaisons téléphoniques, informatiques pour consulter leurs bases quand ils reçoivent les détenus. C’est une avancée certaine parce qu’il n’est pas facile de pénétrer en prison et que les espaces y sont restreints.

Quel est votre mode de fonctionnement ?
Il y a une collaboration extrêmement étroite entre Pôle Emploi et nos fonctionnaires du SPIP, le Service de probation et d’insertion, c’est-à-dire nos travailleurs sociaux. Ils suivent individuellement la population pénale dans les établissements pénitentiaires mais aussi à l’extérieur (pour les détenus en semi-liberté par exemple, ndlr). Dans leur liste, ils savent qu’un tel souhaite un emploi, qu’il a telle force ou telle faiblesse, etc. qu’il est peut-être en capacité de retrouver une insertion par le travail. Ce sont des détenus volontaires.

Avez-vous dressé un bilan de cette collaboration ?
L’an dernier sur Midi-Pyrénées, 1 800 personnes sont sorties de nos établissements. Plus de 700 ont été orientées vers le Pôle Emploi dont 600 ont fait l’objet d’un suivi après leur libération. Nous avons donc pratiquement 40 % des sortants de Midi-Pyrénées qui ont fait l’objet d’une détection par Pôle Emploi.

Le travail fait partie de la mission de réinsertion confiée à l’administration pénitentiaire ?
Absolument. Nous sommes à la fois chargés bien évidemment de veiller à l’exécution des décisions de justice, notamment quand elles sont privatives de liberté, et de suivre ces personnes dans leur réinsertion. A titre indicatif, nous avons sur l’ensemble de la direction interrégionale qui regroupe Midi-Pyrénées et le Languedoc Roussillon, 5 300 détenus écroués que l’on suit à l’intérieur des établissements pénitentiaires mais aussi 15 000 personnes à l’extérieur qui font l’objet de mesures de justice, soit actuellement plus de 20 000 personnes.

En quoi consiste le suivi que vous évoquez ?
S’astreindre à des soins, faire une formation professionnelle, avoir un emploi stable, un hébergement, rembourser les victimes. C’est à ce niveau-là que se situent nos interventions à la fois à l’intérieur de nos établissements mais aussi à l’extérieur.

De quelle façon le détenu est-il pris en charge à son arrivée ?
A son arrivée, nous procédons à un bilan de personnalité qui est très vaste : nous essayons d’apprécier sa dangerosité, sa vulnérabilité, ses points forts et ses faiblesses, d’identifier son niveau scolaire, procéder à des rattrapages le cas échéant, agir contre l’illettrisme aussi. 14 % d’illettrés sont aujourd’hui repérés dans les prisons françaises. Tout ceci débouche sur des formations professionnelles, scolaires, de l’emploi aussi à l’intérieur des établissements pénitentiaires. Nous faisons en sorte qu’il n’y ait pas de “sortie sèche”, c’est-à-dire de sortie sans que le détenu ne sache ni où il va, ni ce qu’il va faire.

 

L’emploi est la solution pour éviter la récidive ?
C’est une partie de la solution. Une personne qui est complètement désocialisée, qui vit en marge de la société, sans ressources légales, a évidemment plus de chance de récidiver que quelqu’un dont on aura élevé le niveau, qui aura suivi une formation et à qui on aura trouvé un emploi. C’est un facteur de stabilisation. Après, d’autres facteurs peuvent rentrer en jeu : psychologiques, sociaux. La récidive regroupe tout un ensemble de causes et de faits qu’il faut apprécier. Le travail est pour nous un facteur de réinsertion.

Sait-on malgré tout le pourcentage de récidives ?
Non, on ne fait pas ce genre de statistiques. En plus, lorsqu’une personne a exécuté sa peine, que ce soit en milieu fermé ou ouvert, elle n’a plus de compte à rendre à la justice. Des études ont été faites sur des cohortes de volontaires aux plans national et international : chacun s’accorde à dire que le taux de réussite est de 60 % et celui de récidive tourne autour de 40 %. Mais il est compliqué d’arrêter un mode de calcul particulier. On sait que certains individus restent très peu de temps dehors et rechutent très rapidement, et d’autres que l’on ne revoit jamais. Les facteurs liés à l’âge entrent aussi en jeu. Il y a davantage de récidive sur la tranche des 25-30 ans. Nous travaillons sur de l’humain et il est difficile pour nous de réduire tout cela à des statistiques.

Par ailleurs, le travail est l’une des conditions sine qua none pour l’aménagement de peine ?
Oui. Nous n’accordons pas d’aménagement de peine – libération conditionnelle, placement extérieur, semi liberté, placement sous surveillance électronique – s’il n’y a pas derrière, un hébergement, un travail, ou en tout cas une formation. Le taux d’aménagement de peine est de 17 % sur les 3 000 détenus que compte notre région.

Pôle Emploi est un partenaire très important mais vous en avez d’autres ?
Oui nous sommes en lien avec la plupart des ministères : l’Education nationale, la Santé. Nous avons à ce propos dans tous nos établissements des unités de soins et de consultations ambulatoires qui dépendent d’un hôpital de rattachement. Nous veillons en effet à ce que les détenus aient les mêmes accès aux soins que la population libre. Et d’ici fin 2011, l’administration pénitentiaire en lien avec le ministère de la Santé va créer sur Toulouse des unités hospitalières de soins adaptés pour les détenus souffrant des troubles psychiatriques importants. Nous avons aussi des partenariats avec la Jeunesse et les Sports et portant sur l’accès à la culture – je pense notamment à une exposition dans le centre de détention de Muret, dans le cadre d’une convention avec le musée des Abattoirs. La culture est vraiment un élément important d’insertion de nos publics. La pénitentiaire a longtemps été seule parce que la société civile se désintéressait aussi des gens qui lui étaient confiés. Et puis il y a eu une prise de conscience qui s’est faite dans la société en général et chez les politiques, quelque soit le parti. Un consensus aujourd’hui considère que si l’on veut éviter la récidive, l’action doit être collective, ministérielle et associative. Et on peut dire que les choses ont considérablement évolué. Nous sommes dans un tissu partenarial enchevêtré parfois, mais fort efficace et très présent.

Propos recueillis
par Claire Manaud


UN COMMENTAIRE SUR Pôle Emploi Midi-Pyrénées et DISP de Toulouse ; Du travail pour éviter la récidive

  1. Gagner plus d'Argent dit :

    Que dire de cet article qui ma litteralement subjugez … royale ?

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