Pôle Emploi Cadres Toulouse ; Un club pour les seniors

Unique en France, le Club Avant’Âges Cadres est à l’initiative de deux conseillères toulousaines de Pôle Emploi. Son objectif, alors que fait rage le débat sur les retraites : faciliter l’embauche des seniors et tenter de faire évoluer les mentalités en faveur des plus de 50 ans ; une catégorie de population en constante augmentation.

 
La discrimination à l’embauche liée à l’âge. Cette réalité fait de temps à autres la une de l’actualité en France sans que pour autant des actions concrètes pour y remédier soient engagées. A Toulouse, deux conseillères de Pôle Emploi Cadres ont décidé de prendre le taureau par les cornes. En octobre dernier, avec l’aide de leur hiérarchie, Josiane Pelix et Shirley Van Cortenberghe créent le Club Avant’ Âges : «Notre initiative est partie du constat que les cadres seniors avaient de plus en plus de mal à retrouver un emploi et à se réinsérer» expliquent-elles.
L’essentiel de l’activité du club est centré sur les rencontres avec les entreprises, par le biais notamment de Matinales. Question de logistique, et d’efficacité, ses membres ne sont qu’une dizaine : «Nos moyens sont limités» regrette J. Pelix. «Nous devons faire face à une surcharge d’activité importante. Ce club représente pour nous du travail supplémentaire. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons pas gérer un groupe plus important».

« On peut prendre de l’âge sans vieillir »

Peu importe le flacon pourvu que l’on ait l’ivresse de gagner. Ce qui importe au sein du club, c’est que les participants soient animés d’un esprit de groupe, avec un projet professionnel bien défini. Exit toute forme d’individualisme, le collectif avant tout : «Il arrive que les personnes qui ont perdu leur statut cadre s’isolent au bout d’un certain temps, qu’elles deviennent dépressives parce qu’elles ont zéro réponse à leurs demandes.» confie S. Van Cortenberghe. «Or, quand on fait partie d’un groupe, avec des gens de même niveau, de même expérience, cela vous redynamise, vous permet de reprendre confiance». C’est ainsi que, munis de leur bâton de pèlerin, à savoir la plaquette du club et de minis CV de chacun d’entre eux, ces plus de 50 ans arpentent inlassablement le terrain.
Sauf que, et cela n’a rien d’une nouveauté, le marché de l’emploi a connu des jours meilleurs. Au cœur du marasme, les seniors justement, qui sont les plus impactés par cette crise (En 1970, ils représentaient 55 % des salariés français. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 39 %, d’après le Ministère du Travail). Ainsi fin mars, ils étaient 31.600 à chercher un travail en Midi-Pyrénées. Un nombre en augmentation de près de 20 % en un an, selon les chiffres de la DIRECCTE (Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi) et de Pôle Emploi Midi-Pyrénées. En cause donc, leur âge avancé, prétexte de tous les refus, de tous les rejets. L’âge, synonyme de manque de dynamisme. Des préjugés qui ont la vie dure et contre lesquels Avant’Âges veut lutter : «Quand une entreprise rencontre des difficultés, on fait d’abord partir les seniors parce que ce sont eux qui coûtent le plus cher mais aussi parce qu’on a eu pendant longtemps en France cette culture de la préretraite, des fins de carrière anticipées.» considère J. Pelix. «Il faudrait que la mentalité des recruteurs change par rapport à l’image qu’ils ont des plus de 50 ans. On peut prendre de l’âge sans vieillir».

 

Huit embauches

La loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2009 avait pour objectif d’inciter des plans d’action en faveur du recrutement des plus de 50 ans et du maintien à l’emploi des plus de 55 ans. Sous peine de pénalités pour les employeurs récalcitrants. «Nous attendons d’en voir les effets» poursuit J. Pelix. «Nous avons senti depuis, une certaine forme d’intérêt pour les seniors mais rien au niveau des embauches».
Le Club Avant’Âges de Toulouse aurait-il par conséquent de beaux jours devant lui ? Quoi qu’il en soit, son “succès” pourrait faire des émules à travers le pays. Depuis le commencement de son activité il y a neuf mois, il a permis le placement de huit seniors demandeurs d’emploi. Deux autres sont également sur la voie de la réussite.

Claire Manaud


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