[Points de vue] IVG : Que pensez-vous de la suppression du délai de réflexion?

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En décembre dernier, l’Assemblée nationale a adopté définitivement la loi de modernisation du système de santé. Parmi les nouvelles mesures, le délai de réflexion de 7 jours, obligatoire pour les femmes souhaitant procéder à une IVG, a été supprimé. Le CHU de Toulouse a commencé à revoir son organisation afin de faciliter les prises de rendez-vous et pratiquer les avortements le week-end. Un sujet sociétal sensible, qui divise…

 

Muriel Piwo, Militante à Osez le féminisme 31

Les député-e-s membres de la commission des affaires sociales ont voté en mars 2015, dans le cadre de l’examen de la loi santé, la suppression du délai de réflexion imposé jusqu’alors aux femmes désirant avorter. Avec la loi Veil pour l’accès à l’Interruption Volontaire de Grossesse, un délai de réflexion de 7 jours était obligatoire entre la première et la deuxième consultation. Ce délai pouvait être raccourci à deux jours en cas d’urgence.

Dans la continuité de la suppression de la clause de détresse en août 2014, la suppression du délai de réflexion marque un pas de plus vers une plus grande acceptation sociale de l’avortement. Osez le féminisme 31 ! milite depuis plusieurs années pour que les femmes qui avortent ne soient plus stigmatisées et que leur volonté soit respectée : les femmes qui décident d’avorter savent ce qu’elles font. Avorter n’est pas exceptionnel : 40% des Françaises ont avorté ou avorteront au moins une fois au cours de leur vie.

Cette semaine de délai de réflexion rajoutait une difficulté supplémentaire au parcours déjà compliqué pour une femme qui souhaitait avorter.

La majorité des femmes ont déjà réfléchi lorsqu’elles consultent pour la première fois. Ce délai était donc un frein qui avait une fonction culpabilisante, voire infantilisante.

Par ailleurs, de nombreux obstacles continuent d’entraver les parcours des femmes qui désirent avorter : manque croissant de place, délai de rendez-vous très long selon les régions, fermetures de centres IVG, paroles et comportements jugeant… C’est pourquoi il nous semble également crucial de mettre en place de réelles formations des professionnel-le-s sur la question et de proposer des améliorations de l’offre médicale (pratique des IVG médicamenteuses et chirurgicales par les sages-femmes, pratique de l’avortement chirurgical hors établissement de santé, etc.). Malgré cette avancée, de nombreux combats restent à mener pour faire de l’avortement un vrai droit fondamental en France.

 

Grégoire JAHAN, Délégué Alliance VITA en Haute-Garonne

Les promoteurs de l’amendement supprimant le délai de réflexion pré-IVG prétendent que ce délai de réflexion serait « infantilisant et méprisant ». Pourtant, beaucoup de femmes qui nous sollicitent sur notre site d’écoute www.sosbebe.org nous confient que leur décision n’est pas simple. Pour une femme enceinte, dont le corps subit des changements liés à la présence d’une autre vie en elle, il est normal de connaitre une certaine ambivalence et d’éprouver des tiraillements intérieurs entre d’accueil de l’enfant et les bouleversements qu’il entraine.

Le délai de réflexion après la première consultation pour une IVG offre un espace de liberté qui protège les femmes de la panique et des pressions extérieures et donne aussi le temps d’un dialogue parfois délicat avec le père de l’enfant. Il permet aussi de se renseigner sur l’IVG mais aussi sur les aides sociales (Allocation Jeune Enfant, Allocation Logement, RSA…) et les droits des femmes enceintes (protection de l’emploi, …). Finalement ce qui est vraiment « méprisant » pour les femmes qui ont besoin de ce délai, c’est de le qualifier d’« infantilisant ».

C’est la première fois qu’on entend que la réflexion entraverait le choix et la liberté. Lors d’une signature de contrat, d’une opération de chirurgie esthétique ou même d’un achat important, l’absence d’un tel délai serait jugée abusive… pourquoi l’avoir supprimé dans le cas d’une IVG dont l’effet est irréversible, scelle un destin et marque durablement. En effet, d’après un sondage IFOP de 2010, 83% des françaises pensent que « l’avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes ».

Alors, même s’il n’est plus obligatoire, préservons ce temps de réflexion pour rester vraiment libres.



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