PLU : le bout du tunnel ?

Avant d’être définitivement adopté, le nouveau Plan Local D’urbanisme (PLU) doit traverser la douloureuse enquête publique. Amorcée le 5 novembre dernier, et supposée se terminer le 17 décembre, elle a été repoussée de deux semaines et sera clôturée le 4 janvier pour mieux prendre en compte les requêtes des quartiers. Retour sur le projet entre pétitionnaires et détracteurs.

Au départ, une ville rose, accueillant près de 20000 nouvelles âmes chaque année. Une cité victime de son succès qui blêmit chaque jour un peu plus de ne pouvoir recevoir correctement ses nouvelles têtes tant en termes de logement que de transport. Concrètement cette 5e révision du PLU entend permettre l’organisation de la ville des prochaines années, dessiner le Toulouse de demain en quelque sorte. Mais tout le monde ne l’entend pas de la sorte. Daniel Benyahia, adjoint au Maire de Toulouse en charge de l’urbanisme et en proie à de nombreuses critiques s’explique : « Nous dessinons le futur visage de la ville selon trois axes : la réduction des voies de circulation, la densification du réseau de transports en commun et la construction autour de ces pôles de déplacements ». Une équation simple qui augure de l’avenir, mais tout n’est pourtant pas si simple, car des milliers de foyers toulousains sont particulièrement concernés par ces modifications : « notre cheval de bataille concerne notamment la protection du patrimoine, déclare Jean Pierre Seran président du Comité de quartier de Borderouge, « lorsque l’on sait que seuls 280 bâtis sont protégés contre 4000 à Bordeaux et 13000 à Paris il y a de quoi s’inquiéter quant à la ville de demain ! » Les associations de quartiers n’ont pas tardé à exprimer leurs craintes : risques d’inondations sur des zones fragiles promises à la construction, problèmes de stationnement, disparition des toulousaines typiques au profit de bâtiments à étages, PLU dit « abscons, sans croquis », arbres indiqués mais non défendus, protection insuffisante voire nulle de la nappe phréatique, etc. Les raisons de la colère sont multiples et les griefs ne manquent pas. « Le problème », se défend Daniel Benyahia, « c’est qu’il faut ménager la chèvre et le chou, on parle de protéger les toulousaines mais qui prend en compte la petite mamie qui voulait faire fructifier son patrimoine en exploitant son terrain et qui voit ses projets réduits à néant ? On nous accuse de tous les maux, pourtant personne ne voit que l’on a au final réduit la constructibilité et que l’on tente de protéger les espaces verts ! »

« Le bureau des pleurs »

Un casse-tête qui fait perdre le nord aux commissaires-enquêteurs. Ils sont trois à s’arracher les cheveux sur le dossier : « c’est un patchwork, un vrai puzzle, un énorme compromis qu’il s’agit d’étudier dans les moindre détails. Mais contenter les uns défavorise forcement les autres, notre rôle est de trouver la meilleure solution, de manière impartiale et objective», détaille Christian Bayle, l’un d’entre eux. La décision de prolonger l’enquête publique leur appartient : « c’est assez rare que cela dure deux mois. En règle générale, un mois suffit pour la révision d’un PLU, mais c’est un très gros projet et à l’échelle de la ville ce n’est pas non plus extraordinaire. La population a répondu présente : à ce jour nous avons plus de 400 requêtes, on peut donc envisager d’en avoir au final entre 600 et 1000 à prendre en compte. Le dossier fait 40 centimètres d’épaisseur, nous sommes un peu le bureau des pleurs », sourit-il, « des requêtes opposées concernent les mêmes endroits, chacun y va de son propre intérêt, c’est bien le but d’une enquête publique. Et si le centre ville ne pose pas de problème car tout y est déjà plutôt verrouillé, la périphérie craint trop de changements, en particulier les secteurs en évolution profondes comme Montaudran, Borderouge ou Saint Simon.» Christian Bayle se dit étonné de l’affluence du public « très concerné, beaucoup plus que pour les précédentes modifications. Il réalise qu’il a un rôle à jouer dans l’évolution de la ville».

« Nous étions coincés par le temps »

Une implication « conséquence de l’opération de communication » avance Daniel Benyahia : « avec plus de 65 réunions de concertation, qui ont rassemblé 7000 personnes, 1300 courriers personnalisés transmis aux personnes directement concernées par un projet et 280 000 flyers déposées dans les boîtes aux lettres, nous avons été exemplaires en terme d’information de la population ! » La municipalité aurait joué la carte « quantitative » lance Christian Bayle, conscient que les associations fustigent la qualité de la concertation. Jean-Pierre Seran ajoute : « à chaque réunion le thème du PLU était abordé cinq minutes et nous n’étions pas écoutés ». Au commissaire enquêteur de préciser alors que la concertation signifie bien « écouter mais pas forcément prendre en compte… » Quant aux flyers, dont la moitié aurait dû être distribuée la première semaine de l’enquête publique, un bon nombre s’est retrouvé dans les boîtes aux lettres la semaine dernière, affichant l’ancienne date de clôture. Les associations y vont de leurs comparaisons pour montrer que les Toulousains n’ont pas été suffisamment alertés : « Paris a envoyé 800 000 questionnaires à la population ». Le problème soulevé, Daniel Benyahia avoue que la mairie était « coincée et prise de cours ». Car si le PLU n’est pas adopté avant début juillet 2013, il devra composer avec la règlementation européenne qui prend effet à partir de cette date et promet un PLU à l’échelle de l’agglomération « c’est déjà assez compliqué pour rajouter les griefs de Blagnac ou L’Union ! On n’a pas vraiment eu le choix ». La règlementation veut que les commissaires-enquêteurs rendent leur avis un mois après la fin de l’enquête publique, un délai qualifié d’« irréalisable » par Christian Bayle, qui espère pouvoir donner un verdict d’ici mars ou avril. Quant aux associations, elles sont bien décidées à saisir le tribunal administratif si la ville ne prend pas en compte les éventuelles réserves émises par les commissaires enquêteurs. Argument qui tourmente l’urbanisme, devant l’échéance redoutée de juillet.

Aurélie Renne

Repères

Début de l’enquête publique : 5 novembre  2012

Date de clôture initiale : 17 décembre 2012

Date de clôture finale : 4 janvier 2013

Entrée en vigueur de la nouvelle règlementation européenne en matière de PLU : juillet 2013



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