Place des femmes dans les CA… les quotas fonctionnent, les femmes doivent oser

Depuis la loi Copé -Zimmermann (loi N°2011-103 du 27 janvier 2011), les entreprises cotées ou dépassant certains seuils (500 salariés, chiffres d’affaires ou bilan de 50 millions d’euros…) sont soumises à un quota de 20 % de femmes dans leur conseils d’administration ou de surveillance  pour 2014, et 40 % pour 2017.

Viviane Reding, Vice -Présidente de la commission européenne et Viviane de Beaufort, Responsable du Département Droit et Environnement de l’entreprise-Co-Directrice du Centre Européen de Droit et d’Economie Directrice des programmes WOMEN : « Entreprendre au Féminin »,  nous communiquent leurs analyses, leurs enseignements, leurs actions en faveur de l’amélioration de la place des femmes dans les lieux de décision et notamment des Conseils d’administration des entreprises.

 

 VIVIANE REDING  Vice-Présidente  de la commission européenne, Commissaire chargée de la justice, des Droits fondamentaux  et de la citoyenneté

 

Constats en Europe :

-En Europe, les femmes représentent près de 60% des diplômées universitaires, 17 % des membres des conseils d’administration des principales sociétés européennes cotées en bourse et seules 3 % de femmes les président.

- Les entreprises dont les conseils d’administration sont plus équilibrés, sont plus rentables, plus productives et créent plus d’emplois, les Européens sont très favorables à un meilleur équilibre entre les hommes et les femmes comme l’attestent de nombreuses études.

 

 

Quels sont les freins à l’accès des femmes aux CA des entreprises au niveau européen ? 

À l’heure actuelle, les femmes sont désavantagées: dans l’Union européenne, les conseils d’administrations des principales sociétés européennes cotées en bourse, sont dominés par un seul sexe: 83% des membres des conseils d’administration sont des hommes, les femmes ne représentant que 17%. Or, ce n’est pas parce que le talent féminin manque. Les écoles de commerce européennes et des femmes dirigeantes d’entreprise ont travaillé ensemble afin d’établir une liste des « Board Ready Women » (« Femmes prêtes à siéger ») – qui ne cesse de croître et réunit déjà plus de 8,000 noms. Les femmes talentueuses et compétentes existent – il faut maintenant que les entreprises leur accordent les postes les plus élevés.

 

Quel est la plus-value du leadership féminin pour les CA  des  entreprises ?

Le comportement « féminin » est un atout : 70 % des décisions d’achat du quotidien sont prises par des femmes. Lorsque l’on produit un service ou un bien, qui donc mieux qu’une femme peut savoir ce qui est nécessaire pour le vendre ? Plusieurs études, y compris celles réalisées par des instituts non féministes comme le Crédit suisse ou Ernst & Young, montrent que les entreprises dont les instances dirigeantes comptent des femmes, obtiennent des résultats nettement meilleurs que les autres. Les femmes comptent pour 60% des diplômés universitaires.

 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes pour intégrer un CA ou comité exécutif ?

« Just Do It! » Surtout, n’ayez pas ce petit doute que les femmes ont souvent : « Suis-je compétente ? » Oui vous l’êtes, alors montrez-le ! La proposition de directive que j’ai présentée et qui a été adoptée par le collège des commissaires européens fixe un quota de 40% de femmes à l’horizon 2020 pour les entreprises cotées, et dès 2018 pour les entreprises publiques. C’est une réponse concrète et équilibrée à la sous-représentation des femmes dans les conseils d’administration   des grandes entreprises européennes cotées en bourse. Les procédures de sélection seront rendues plus efficaces en améliorant, notamment, leur transparence.

La Prochaine étape est l’examen par le parlement européen. Qu’est-ce que votre loi, si elle est adoptée en 2013, va changer ?

Elle brisera le plafond de verre qui continue à entraver l’accès des femmes de talent aux postes de décision dans les plus grandes entreprises d’Europe. Je remercie d’ailleurs la France qui, en matière de quotas, reste exemplaire. 60% des entreprises du CAC 40 accueillent déjà 25% de femmes dans leurs conseils d’administration, un record en Europe. C’est la preuve qu’une intervention réglementaire circonscrite dans le temps peut faire toute la différence.

 

Viviane de Beaufort  Responsable du Département Droit et Environnement de l’entreprise-Co-Directrice du Centre Européen de Droit et d’Economie - Co-Directrice du « cursus droit » ESSEC –

Impliquée dans le Women’s Forum, elle est directrice des programmes WOMEN : « Entreprendre au Féminin » / Women be european board ready / ELLE-ESSEC et mène des travaux sur les questions de genre dans le cadre d’un engagement de longue date auprès du Women’s Forum et des réseaux féminins. Elle a publié plusieurs études  dont « femmes et pouvoir », « Femmes dans les conseils d’administration »…

 

 

Quel est votre analyse sur la place des femmes dans les Conseils d’administration des entreprises  en France ?

Avec la loi Copé -Zimmermann en moins d’un an la part des femmes, qui n’avait quasiment pas progressé depuis des années, est passée de 12 à 25 % dans les conseils des plus grands groupes, mais la lente évolution des femmes dans les lieux de décisions tels que les CA, est révélateur des blocages d’une société fonctionnant sur des modèles traditionnels, notamment de cooptation voire de  copinage, de cumul des mandats… Un vrai handicap, au regard des exigences d’une société en mutation permanente.

 

Pour certains experts, l’objectif de 40 % pour 2017 pourrait être plus difficile à atteindre. Selon vous quelles sont les conditions de la réussite de cet objectif ?

 

Ici se pose la question du vivier, bien sûr. Il y a de très nombreuses femmes très diplômées, au parcours impressionnant mais soit, elles hésitent à y aller, à se rendre visibles (le fameux «complexe de l’imposteur» trop souvent  partagé  par la gent féminine en France qui se vit comme éternelle minoritaire,  il est intéressant de lire les travaux de S Moscovici -1996-sur ce sujet) soit, le système ne les « reconnaît » pas, en considérant que le critère principal pour accéder au CA est d’être haut dirigeant. Or peu de femmes sont présentes à ce type de postes en raison du « plafond de verre ».

Il faut donc professionnaliser les « process » de nominations.

Quels sont les enjeux d’une représentation équilibrée femmes/hommes dans les lieux de décisions et notamment les CA ?

 

La représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les CA, est un enjeu démocratique au regard de l’égalité des droits que revendique notre devise républicaine. C’est aussi un enjeu de compétitivité, de performance. Mon étude «Femmes et pouvoir » (https://sites.google.com/a/essec.edu/viviane-de-beaufort/engagement-women/leadership-au féminin) démontre clairement que les femmes ayant d’autres moteurs et des manières différentes de travailler, d’établir leurs priorités, apportent en ces espaces de pouvoir une autre manière d’anticiper  par exemple les risques.

 

Aujourd’hui de quel modèle européen serait-il utile de s’inspirer  ?

Les scandinaves ont une action de longue date en faveur de la mixité. Si les changements se poursuivent en France, nous serons peut-être demain un exemple latin? Il faut cependant veiller à ce que la féminisation des CA ait bien l’effet d’entraînement souhaité sur toute la pyramide.

La féminisation des noms de métiers, grade et fonctions peut-elle être avoir un impact sur l’évolution de la place des femmes ?

Je signe ProfesseurE. J’ai souvent des débats sémantiques sur le sujet, mais pour moi ce n’est pas le cœur du problème. Cependant d’éminents linguistes considèrent que ce n’est pas un détail dans la projection qu’on peut se faire d’un métier ou d’un mandat, d’où le clin d’œil fait lors de la parution du guide de l’Administrateur(E)

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En Savoir plus :

 



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