Pierre Cohen; Bilan d’une année au Capitole

«C’est une victoire historique et, je le souhaite, la fin d’une époque.» Il avait promis la rupture en prenant la tête du Capitole en mars 2008, après 37 années de droite à Toulouse. Un an après, où en sont les promesses de campagne de Pierre Cohen ?

 
Communauté urbaine : contrat rempli

Fort du raz-de-marée de la gauche dans l’agglomération toulousaine aux dernières municipales, Pierre Cohen n’a pas eu de mal à faire accepter son projet de Communauté Urbaine, créée le 1er janvier dernier, aux autres membres du Grand Toulouse. Avec l’aide des maires de Blagnac, Tournefeuille et Colomiers, respectivement Bernard Keller, Claude Raynal et Bernard Sicard, Pierre Cohen a lancé un dossier qui se faisait attendre à Toulouse. «Cette victoire est le fruit de huit mois de travail intense des différentes équipes, conjugué à l’adhésion unanime des 25 communes. Désormais, nous faisons partie du club des grandes agglomérations françaises, avec près de 700 000 habitants», confie le nouveau président du Grand Toulouse version CU. Avec cette transformation, il va devoir gérer 97 délégués issus des diverses communes de l’agglomération (dont 11 font partie de l’opposition toulousaine), les transferts de compétence comme l’eau, les déchets et la voirie, et le transfert de personnel, environ 2 600 personnes. Mais pour cela, Pierre Cohen bénéficie d’un apport de 25 millions d’euros par an de la part de l’Etat. Malgré cette bonne nouvelle, le président socialiste devra composer avec les attentes de chaque groupe politique car la rébellion se fait déjà sentir. Les Verts dénoncent «le monopole d’un parti» au sein du Grand Toulouse, les communistes souhaitent que «la question démocratique soit partagée par tous» et les élus minoritaires, non représentés, des différentes communes soutiennent que la CU est «dans l’opposition bête et méchante droite/ gauche».

Les transports au point mort

Le candidat Pierre Cohen en a fait sa locomotive de campagne : les transports seront sa priorité. Et parmi ses promesses : la gratuité aux moins de 26 ans étendue à tous en cours de mandat, un titre de transport unique, deux lignes de tramway Blagnac/Saint-Orens et Tournefeuille/L’Union, des navettes fluviales et une piétonisation progressive de tout le centre-ville. En nommant dès son arrivée au Capitole un élu Vert à la tête de Tisséo, Stéphane Coppey, il a également clairement affiché son ambition de développer les modes de déplacement propres. Des efforts ont déjà été faits en matière de pistes cyclables (9 millions d’euros lors du dernier budget), de piétonisation avec la quasi-fermeture aux véhicules de la rue Alsace-Lorraine et la mise en service de nouveaux bus en site propre. Mais Pierre Cohen a peut-être mis la charrue avant les bœufs en matière de transports car il se trouve confronté aujourd’hui à la dette colossale de Tisséo : 1,4 milliards d’euros. Malgré l’effort de 80 millions d’euros consentis par Toulouse et par la Communauté Urbaine en faveur de Tisséo, le maire de la Ville rose ne peut pas pour l’instant envisager la gratuité et doit freiner certains projets comme l’extension de la Ligne B. Pour Jean-Luc Moudenc, «Pierre Cohen prétend avoir découvert les difficultés de Tisséo à son arrivée au Capitole. C’est faux, il était au courant de tout !» Il est vrai qu’en tant qu’ancien maire de Ramonville et membre du Sicoval, Pierre Cohen disposait d’un émissaire au sein de Tisséo du temps de Moudenc.
Alors pour tenter de faire redémarrer la machine en panne, le socialiste envisage de modifier le statut du partenaire des transports de l’agglomération pour le transformer en syndicat mixte issu de la loi SRU. En clair, cette mutation permettrait au Conseil Général de réintégrer Tisséo et au Conseil Régional d’y participer pour la première fois. Chaque membre de Tisséo reprendrait à son compte sa compétence transports dans le cadre du Plan de Développement Urbain et mènerait sa propre politique sur son territoire : un message directement adressé au Sicoval qui assumerait donc le prolongement de la Ligne B jusqu’à Labège, avec les partenaires qui le souhaitent. «Cette transformation permettrait également une harmonisation tarifaire et une cohérence des moyens de transports.» Pierre Cohen sauverait donc le navire mais pour Jean-Luc Moudenc, rien n’est fait : «Les présidents du Département et de la Région ne se sont toujours pas exprimés. C’est le silence radio.»

 

Plus de concertation

«Donner de l’air à Toulouse», «La culture partout et avec tous», «Démocratie locale, une nouvelle respiration pour la vie de la cité»… Pierre Cohen avait promis plus de concertation avec le citoyen et les diverses associations, et il a tenu parole. Assises de la Mobilité, Assises de la Culture, Rencontres de la Démocratie locale, la nouvelle municipalité a multiplié les lieux d’échange et de partage afin de récolter des propositions. Le projet culturel de la ville, nourri par plus de 4 500 intervenants, sera présenté ce jeudi. En parallèle des Rencontres de la Démocratie Locale, Pierre Cohen et son équipe ont créé un Parlement du Sport et un Conseil des Séniors. On ne pourra pas reprocher à la municipalité de ne pas écouter, dialoguer et débattre mais après la remise à plat de tous les programmes lancés par la droite, les Toulousains attendent des actions concrètes.

Des promesses tenues…

Selon le maire de la Ville rose, 15 % des promesses électorales ont déjà été mises en route en 2008 et, avec le dernier budget voté pour 2009, deux-tiers des engagements seront réalisés dans l’année. Il faut dire que l’actualité a vite rattrapé Pierre Cohen qui a dû composer avec les riverains sur le problème des campements de SDF au bord du Canal, et avec la fermeture possible de deux cafés emblématiques de Toulouse : le Bibent et la Frégate. Conséquence, le maire a accéléré certains projets comme la mise à disposition de bâtiments communaux pour les sans-abri et un accompagnement vers la réinsertion sociale. Pour les commerces de proximité, la municipalité réfléchit actuellement à la possibilité de racheter les baux commerciaux pour éviter qu’une banque prenne la place d’un café dans le centre-ville. Autres promesses tenues : le renforcement financier du Grand Projet de Ville, l’aide aux associations sportives de quartier, une rénovation des écoles pour 5,4 millions d’euros, la création de 209 places en crèche, un soutien à l’économie sociale et solidaire, un projet arrêté pour un nouveau Parc des Expositions à Blagnac, le lancement d’un audit sur le prix de l’eau…

 

… et d’autres qui se font attendre

Outre les déplacements, certains thèmes de campagne souffrent d’un retard dans le lancement des opérations. Ainsi, après une défaite amère au titre de Capitale Européenne de la Culture, Toulouse attend une révolution en la matière. La synthèse des Assises de la Culture devrait tracer le projet pour la ville et l’on sait déjà que la mairie prévoit 100 millions d’euros de budget pour 2009 et la mise en route de l’Arc Culturel Garonne. Autre point noir : la sécurité. Pierre Cohen voulait redéfinir les missions de la police municipale et la désarmer, créer une police montée et encadrer la vidéosurveillance. Aujourd’hui, rien n’a réellement été acté et Toulouse attend encore son Office de la Tranquillité, standard téléphonique joignable 24 heures sur 24, maintes fois repoussé. Celui-ci est prévu pour septembre prochain avec à la clé la création de 24 emplois.

Des décisions hautement symboliques

2009 sera l’année Jaurès. Pierre Cohen a décidé de rendre hommage à cette figure emblématique du socialisme durant toute l’année à travers des expositions, des créations théâtrales, des livres ou encore des conférences. Autre décision importante ces derniers mois, la participation de la Ville au procès AZF en tant que partie civile. Le maire veut «la vérité», «sans demander d’indemnisation mais pour soutenir les victimes». Une décision que les associations de sinistrés attendaient depuis plusieurs années. Seul bémol, le choix de l’avocat chargé de défendre la commune. Malgré le lancement d’un appel d’offre, l’opposition dénonce le choix de Maître Léguevaque, militant socialiste. «Si j’avais fait de même en optant pour un avocat de ma sensibilité, on m’aurait taxé de copinage ! Avec les socialistes, ça ne gêne personne !», s’insurge Jean-Luc Moudenc.

Une personnalité qui s’affirme

Un peu austère et moins bon communicant que son prédécesseur, Pierre Cohen a manifestement évolué durant cette année. Plus détendu durant ses interventions et face à l’opposition en Conseil Municipal, il se permet aujourd’hui plus de liberté et de traits d’humour. D’ailleurs, ses proches collaborateurs estiment qu’il se laisse beaucoup moins envahir par les remarques du groupe d’opposition Toulouse pour Tous dont le temps de parole est mieux maîtrisé. Des collaborateurs qui pointent également quelques inquiétudes sur le rythme de travail du nouveau maire : «Il ne délègue pas assez.»

Sophie Orus


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