Philippe Douste-Blazy; Les convictions et la foi en demain…

Voilà quelques semaines un sondage commandé par des médias nationaux indiquait que Philippe Douste-Blazy était, avec près de 60 %, la personnalité toulousaine la plus appréciée… des Toulousains. Qui l’aurait cru, alors que l’homme était quelques mois auparavant sans aucune raison, injustement décrié ici et là et surtout dans son propre camp. Philippe Douste-Blazy aujourd’hui secrétaire général adjoint des Nations Unies était donc le maire de Toulouse qui allait, en jargon rugbystique, prendre un véritable “tampon”, avec l’affaire AZF…
Un accident qui aurait pu, qui aurait dû être un remake de la catastrophe de Tchernobyl, tant toutes les conditions étaient réunies pour que la ville entière soit rayée de la carte et que la région soit polluée à jamais et jusqu’à plus de 100 kms à la ronde… Mais il faut croire que l’ancien député, maire de Lourdes avait, en venant ici, apporté une part de protection de cette ville dans ses poches… Alors le médecin qu’il est avant toute chose, épaulé par le regretté Jean Diebold, apportera ici et là le réconfort, le soutien. Entièrement au service des Toulousains, il fera les actes qui soignent les plaies comme les âmes. Conscient aussi, avec l’exemple de l’Erika, qu’un procès fait à Total condamnerait de fait et d’entrée de jeu Toulouse à vivoter, sans moyens, durant au moins une décennie, il se fera, auprès du pétrolier, l’avocat des Toulousains comme de leur ville, en engageant lui-même et directement les négociations. Homme de conviction et de foi, il saura aussi et surtout, là où d’autres se seraient effondrés, relever le défi et même proposer de suite un rêve d’avance à défendre : le Cancéropole. Philippe Douste-Blazy était une chance pour Toulouse, les “combinazione” en tous genres en ont décidé autrement. Fasse que l’on n’ait pas à le regretter un jour. Aujourd’hui aux Nations Unies, il n’a pas oublié la Ville Rose et il continue à participer au bon développement du Cancéropôle. Aujourd’hui que s’ouvre le procès AZF, il nous paraissait important d’aller à sa rencontre.

 
Monsieur le Ministre, le procès d’AZF a débuté ce lundi. Vous n’étiez pas là pour cette ouverture. Quelle en est la raison, outre le fait que vous étiez absent de Toulouse ?
Vous savez, même si j’ai toujours des projets pour Toulouse et particulièrement en ce qui concerne le bon développement du Cancéropôle, je vis la moitié du temps à New York. Car comme vous ne l’ignorez pas, je suis actuellement conseiller auprès du Secrétaire Général aux Nations Unies.

Mais vous ne comptez pas venir à Toulouse pour le procès ?
J’étais maire à l’époque et j’ai énormément œuvré pendant plusieurs années et même encore aujourd’hui, au traitement justement des conséquences du drame d’AZF. A aucun moment la justice n’a demandé à m’entendre comme témoin. Je n’ai donc pas été, logiquement, convié à ce procès. Entre-nous, je ne vois pas la nécessité d’y être. Tout ce qu’il fallait faire pour les Toulousains je l’ai fait en son temps. Et là est l’important…  

Si vous y étiez convié, vous viendriez ?

Vous connaissez quelqu’un qui ne va pas au tribunal vous, s’il y est convoqué ?

L’une des polémiques qui secouent cette affaire et qui sera débattue ces prochaines semaines, concerne le nombre d’explosions, une ou deux. Il a été rapporté que vous-même, en avez entendu deux ?
Oui, comme l’ensemble des Toulousains ou presque, je pense ; j’ai eu le sentiment d’entendre deux explosions. En fait, ce jour-là j’étais au Salon Rouge de la mairie avec le Secrétaire général de la mairie. Et c’est ce que nous avons ressenti sur l’instant.

Sur ce fait précis, les experts officiels démontrent le contraire. Par ailleurs, de nombreux témoignages ont été laissés de côté par les enquêteurs. Comment expliquer ces manquements qui créent chez les Toulousains un sentiment de suspicion ?
Je ne sais pas s’il y a eu deux explosions, mais je suis sûr qu’il y a eu deux bruits. Le second est-il une répercussion du premier ? Excusez-moi mais je ne suis pas un expert en la matière… Alors laissons les experts en débattre et que la justice passe. Là est l’essentiel. Etant Place du Capitole, je ne sais pas du tout ce qui s’est passé au cœur même de Grande Paroisse. Je vous le répète, je ne suis pas un expert en explosif ni en explosion mais ce que je sais, c’est que j’ai entendu deux bruits.

 

Place à la justice

Croyez-vous à la thèse officielle ?
Par définition et par respect pour toutes ces femmes et ces hommes qui la représentent, je crois en la justice de mon pays. Sur ce dossier, comme sur d’autres, des gens ont travaillé et travaillent correctement, sans états d’âme, pour que la vérité soit connue. De par mes fonctions d’hier comme d’aujourd’hui, je mesure toujours plus que la justice de mon pays est l’une des meilleures du monde. Cela personne ne peut le contester. Il suffit de voyager pour le savoir et l’apprécier. Ce que dira la justice qui, je vous le rappelle, n’a pas encore parlé, sera ma thèse. Pourquoi en douter ?

Faudrait-il selon vous comme l’ont prôné certains, annuler ce procès et nommer un nouveau collège d’experts ?

Je ne suis absolument pas au courant de cette volonté. Mais surtout, je n’ai aucune envie de m’exprimer sur les états d’âme des uns ou des autres. Laissons place à la justice, laissons-la faire son travail en toute sérénité. C’est bien connu, dans ce pays il y a autant d’experts en toute chose, que d’habitants… Dans cette affaire des experts ont été nommés, ils ont rendu leur copie, attendons avant de juger. Là comme ailleurs on ne peut éviter les guerres de chapelles…

Certains, anonymes, journalistes, parlent de mensonge d’Etat. L’Etat, les politiques cacheraient la vérité à la population. Que répondez-vous à cela ?

Cacher quoi ? Je ne comprends pas… Quelle vérité ? Dès les premières minutes, où nous avons su ce qui s’était passé, nous nous sommes rendus sur place avec mon équipe. Durant de nombreuses semaines, nuit et jour, j’étais sur le terrain. Je peux vous garantir qu’à aucun moment les enquêteurs n’ont été dérangés dans leur travail. Chacun, dans son domaine et suivant ses propres compétences, nous avons tous œuvré pour que tout soit fait dans les meilleures conditions possibles, avec toujours en filigrane, l’objectif de préserver avant toute chose les intérêts des Toulousains. Les experts judiciaires étaient maîtres du terrain et libres de tout faire, comme ils l’entendaient. Pour moi, il n’y a ni thèse officielle ni officieuse. Seule la justice a les moyens de trancher, de livrer aux Toulousains la vérité. Et rassurez-vous, elle le fera.

Qu’attendez-vous de ce procès ? Croyez-vous que l’on saura à terme ce qui s’est passé ?
Ce que j’attends de ce procès ? Qu’à la lumière des éléments et des faits relevés, on en tire les conclusions pour qu’ici, en France et dans le monde ce type de catastrophes ne puisse se répéter. Vous savez et pour revenir à votre première question, une ou deux détonations, peu importe pour moi. Mais ce que je sais c’est que nous avons frôlé le pire, ce 21 septembre 2001… Alors de ce procès, je n’attends qu’une chose comme l’ensemble des Toulousains : La vérité. Cessons les procès d’intention, laissons de côté nos intimes convictions et que la justice passe.

 

Les ballastières ?

La Mairie et la Région se sont portées parties civiles. Que pensez-vous de cette initiative ?
Je suis toujours respectueux de la démocratie représentative. Il y a un maire, je n’ai pas à juger ce qu’il fait dans ce dossier d’autant plus que c’est mon successeur. C’est en son âme et conscience qu’il a dû le faire.

Si Grande Paroisse était une usine poubelle comme il a été dit, les politiques n’en portent-ils pas une part de responsabilité ?
L’usine Grande Paroisse était une société privée que je sache… Comment une municipalité et ses élus, puisque votre question est là, pourraient-ils être responsables de tels dérèglements s’ils existaient vraiment ? Si je ne m’abuse, les services de l’Etat sont habilités à relever de tels faits. Si dérèglements il y avait, cela doit être noté quelque part. Non ?

Est-ce normal qu’il n’y ait que Grande Paroisse sur le banc des accusés ?
Encore une fois, je fais confiance à la justice de mon pays.

Vous avez souhaité un Cancéropôle en lieu et place d’AZF. En fait tout proche de ballastières dans lesquelles seraient ennoyés plusieurs milliers de tonnes d’explosifs. Les Toulousains s’interrogent. Le Cancéropôle sera-t-il dépollué avant l’arrivée des premiers patients ?
En tout cas, c’est absolument nécessaire, obligatoire, fondamental même. C’est la raison pour laquelle nous avons, par l’intermédiaire de la Direction Générale de l’Armement, demandé au ministre de la Défense, de l’époque, Michèle Alliot-Marie, comme à son successeur Hervé Morin, de régler définitivement l’avenir de ces ballastières. Depuis des décennies elles sont un souci majeur pour la sécurité des Toulousains. On se doit de les supprimer. C’était ma promesse : non seulement le Cancéropôle verra le jour, mais surtout il permettra à Toulouse d’être débarrassée définitivement des ballastières. Je prends le pari que quand le premier patient viendra sur ce site, elles ne seront qu’un mauvais souvenir. Il ne peut en être autrement…

Rappelez-nous comment vous est venu ce projet ?

Pendant la campagne électorale, j’avais dit à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas garder les œufs dans le même panier. Qu’il fallait toujours se battre pour l’aéronautique et je l’ai fait pour que la chaîne de montage de l’A380 soit à Toulouse. Mais qu’à côté de cela, on se devait de développer en particulier des biotechnologies ou des sciences de la vie. Et puis, quand ce drame est arrivé, je me suis senti bien seul. J’étais le maire d’une ville dévastée qui avait perdu une partie de son âme conquérante. Alors j’ai souhaité créer, en lieu et place du site où nous avions été meurtris, blessés, endeuillés, un symbole d’espoir et rien de mieux que la lutte contre le cancer, pour l’incarner. Je suis heureux que d’une part grâce aux laboratoires Fabre, Sanofi-Aventis, à l’Inserm, au CNRS, à tous les chercheurs de la recherche publique de ce pays, et d’autre part, grâce au centre Claudius Régaud, au CHU et aux cliniques privées, nous fassions de ce lieu l’un des centres, de lutte contre le cancer, les plus importants dans le monde.
Vous savez, bien souvent et permettez-moi de le faire encore aujourd’hui, j’ai une pensée pour les victimes de la catastrophe d’AZF et leurs familles. Le Cancéropôle est un symbole d’espoir pour demain, il est la meilleure manière de respecter leur mémoire et de leur rendre hommage. De ne jamais oublier…

Propos recueillis
par Elodie Gallego


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