Petit Jean: Une carte au menu

En un simple coup de fil, la carte Petit Jean permet de connaître les bonnes tables de la ville rose avec un rapport qualité/prix défiant toute concurrence. Une initiative originale mise en place par un «artisan serveur» toulousain, amoureux de son métier. 

 

L’homme est un sacré numéro qui aime par-dessus tout le contact humain. Jean Bermont, alias Petit Jean est fondateur de «la dynamique des épicuriens lubriques et rumeurs du grand Toulouse». En 2004, cet «artisan serveur» au restaurant «Les Terrasses Saint Rome», crée la carte de visite gratuite et intemporelle Petit Jean : «A la base» raconte-t-il, «c’est une idée que nous avons eue avec deux amis qui sont du métier, Christophe et Alain. Deux ans plus tard, j’ai décidé de la concrétiser.»

 

«Les salaires sont en francs, la vie en euros»

 

De cette brève de comptoir est née une initiative originale qui a pour objectif de faire connaître les bonnes tables toulousaines. «J’ai fait fabriquer ces petites cartes que je donne aux clients des Terrasses avec lesquels j’ai un bon feeling» explique Petit Jean, «après, s’ils veulent aller manger dans un restaurant ou prendre un thé dans un salon digne de ce nom, ils m’appellent. Je tiens une liste d’établissements de valeur à leur disposition. Ca crée une synergie.» Et foi de Petit Jean, il faut montrer patte blanche pour en faire partie. Une dizaine d’établissements a précisément été «blacklistée» depuis 2004 en raison d’un manque de constance, de régularité dans le rapport qualité/prix et au niveau de l’accueil : «Comme je le dis souvent : Aujourd’hui les salaires sont en francs, la vie en euros. Aller au restaurant est devenu un luxe, alors je communique des adresses où je suis sûr que les clients seront bien reçus et qu’ils mangeront bien pour un tarif allant à midi pour certains de 14 à 17 euros et le soir, pour d’autres, de 19 à 25 euros. Car dans certains endroits à Toulouse, l’addition n’est pas en cohérence avec ce que l’on vous a servi. On prend vraiment les gens pour des couillons.»

 

«Pas des réchauffeurs d’assiettes»

Actuellement, la fameuse liste, «non exhaustive» donc, compte une vingtaine de lieux à l’assiette très diversifiée et aux noms parfois très évocateurs : «La gamelle», «Le Gosier en Pente», «Les Sales Gosses», «La Popote de Sébastien», «Le Genty Magre», le «Bistrot d’Hercule», «Chez Emile», «Le Don Pancho», «L’Air de famille», «Ô Thé Divin»… Petit Jean les connaît presque tous : «Ce sont des amis à 90% et le plus souvent de petites structures de vingt à quarante couverts dans lesquelles c’est le patron en personne qui cuisine. Ce sont des gens qui aiment leur métier passionnément. Pas des réchauffeurs d’assiettes ou qui font marcher le micro-onde. C’est la qualité avant tout. On ne va pas vous servir le Flanby en dessert» assure-t-il. La liste s’agrandit aussi de noms que ses clients, ses «espions» ou ses «petites mains» comme il les appelle, lui donnent. Un réseau de quarante à soixante personnes qui le renseignent sur ce qui se fait et se défait à Toulouse. En revanche, pas question de lui vanter la beauté d’un restaurant : «Parfois les gens me disent que tel endroit est «super beau». Mais quand vous allez au restaurant, c’est pas pour acheter de la moquette ou du carrelage que je sache ! C’est pour manger et se faire plaisir, non ?»

 

Des valeurs de partage, de convivialité

En retour, Petit Jean qui travaille dans la restauration depuis vingt-cinq ans, fidélise sa propre clientèle. En l’espace de huit ans, il dit avoir distribué environ 10 000 exemplaires du précieux sésame qui «fédère entre 600 et 700 personnes par an ; ce n’est pas négligeable en ces temps de Cosette au Kosovo» ironise-t-il. D’autant qu’il sait justement les récompenser : «Quand les gens reviennent chez moi avec la carte, je leur offre un verre de vin, une assiette de charcuterie…» confie-t-il. Une démarche finalement pas si étonnante de la part de ce «fou du roi» pour qui la cuisine véhicule des valeurs de partage, de convivialité. «Je fais ça pour le fun, pour faire tourner les clients et faire travailler les amis.» insiste Petit Jean, «L’important, c’est de faire plaisir. Il en faut pour tout le monde.» Une belle conclusion en ces temps de disette, altruiste aussi.

 

Claire Manaud

 



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