« Per Tolosa totjorn mai » « Pour Toulouse, toujours plus »

Le 6 janvier dernier, Toulouse commémorait le 825e anniversaire de la déclaration des Libertés Communales. A l’époque, en 1189, la Ciutat Mondina faisait preuve d’une grande modernité en élisant ses représentants les Capitouls. Il y a treize ans, la fédération des associations occitanes Convergéncia Occitana remet au goût du jour cette célébration qui se déroule depuis trois ans maintenant au Capitole, salle des Illustres. L’occasion de revenir sur un événement historique purement toulousain !

 

 

 

 

 

Jean François Laffont, Président de Convergéncia Occitana

Jean-François Laffont est le Président de Convergéncia Occitana, une fédération qui regroupe 80 associations occitanistes. Créée en décembre 1998, elle a pour objet de « déterminer et d’impulser une véritable politique occitane pour Toulouse », d’œuvrer pour l’occitan et la culture occitane.

Jean François Laffont, Toulouse commémore le 825e anniversaire de la charte des Libertés Communales. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Pour nous, ce moment est celui où l’on peut dire au monde entier que Toulouse a été précurseur en matière de Libertés Communales. Et nous sommes très attachés à ces libertés ! Nous avons, à Toulouse depuis 825 ans, le droit de choisir les élus que nous voulons et de faire gérer notre vie quotidienne par les gens que l’on souhaite. C’est un droit acquis de haute lutte que nous n’avons pas envie de perdre. Toulouse a donné à la France cet exemple-là, 600 ans avant la prise de la Bastille.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’implique cette Charte ?

Le 6 janvier 1189, le Comte de Toulouse Raymond V et les Consuls de Toulouse, les Capitouls, signent une charte historique. Celle-ci marque l’avènement de la commune de Toulouse. Le peuple grondait, il y avait des séditions, les rixes étaient sévèrement réprimées. Il a fallu une cinquantaine d’années pour l’instaurer. Les Toulousains ont demandé et obtenu, par la force d’ailleurs, qu’ils puissent se gérer eux-mêmes et leur vie quotidienne avec des représentants élus. Il y a 825 ans, c’était impensable dans les villes du nord et à Paris, il s’agissait des balbutiements de la démocratie.

Cette commémoration est aussi une occasion de promouvoir la langue et la culture occitanes…

Bien entendu, d’ailleurs cette charte est écrite en occitan ! Nous sommes les défenseurs de la langue et de la culture occitanes. A cette époque, deux grandes valeurs étaient partagées : paratge (égalité entre les hommes, ndlr) et convivéncia (l’art de vivre ensemble, ndlr). Ces valeurs de liberté, de se gérer soi-même, d’égalité et de vivre ensemble sont très modernes et toujours d’actualité aujourd’hui ! A cette période-là, les valeurs d’accueil étaient importantes aussi. N’importe quel étranger qui passait les portes de Toulouse devenait Toulousain.

Dans votre discours, les enfants tiennent une grande place…

Oui, les enfants sont l’avenir ! Si nous parvenons à faire passer ces valeurs chez les enfants, tout ira mieux. Car malheureusement ces valeurs-là sont en difficultés. Pour nous, l’avenir passe par l’enseignement. Nous voulons tout simplement que l’occitan retrouve sa place et la dignité d’une langue vivante. En France, nous avons le droit d’être Français et porteur d’une autre culture et langue : bretonne, basque, catalane… J’espère que l’Europe ratifiera bientôt la Charte des langues minoritaires.

Sept des huit candidats aux élections municipales à Toulouse sont dans la salle, avez-vous un message à leur transmettre ?

Oui, nous continuons le combat. Le respect des valeurs de Toulouse et la dignité passeront par le respect de cette culture qui est celle de la ville rose. A Toulouse, pas une brique n’a été faite par quelqu’un ne parlant pas occitan ! Il ne faut pas laisser « crever » la langue d’ici. C’est de la responsabilité des élus de sauver notre langue. C’est une question de politique, d’argent et surtout de volonté.

 

Et Toulouse fit sa République…

6 janvier 1189

La ville est en émoi. De nombreux Toulousains sont rassemblés devant l’église Saint Pierre des Cuisines, un quartier d’artisans. La ville est meurtrie, divisée. Emeutes et  rixes ont violemment jalonné l’année 1188, opposant les partisans du Comte Raymond V à ceux des Consuls de la ville. Un vent de révolte tempête sur la « cité Mondine. Acculé dans l’église, Raymond V cède aux Consuls et à la population qui les élit et signe l’acte fondateur de ce que l’on pourrait appeler la « République Toulousaine » : la déclaration des Libertés Communales. Par ce texte, Raymond V reconnaît l’existence de la commune comme une entité à part entière. Ce faisant, il perd, bien entendu plusieurs de ses privilèges et droits liés, son pouvoir de Comte de Toulouse s’amenuise. Les Consuls, que l’on appellera plus tard les Capitouls s’occupent d’administration, de finances, de la police, du commerce… Ce « transfert » ou partage de responsabilité de la vie de la cité ne date toutefois pas de cette fin du 12e siècle. Alors que la France est féodale, les Consuls sont aux affaires de la cité depuis un demi-siècle déjà. Le Comte de Toulouse Alphonse Jourdain, père de Raymond V (et fils de Raymond IV), s’appuyait sur ses conseillers et ses juges réunis en Capitolum. Une entité, un collège municipal qui s’occupait de certaines affaires de la cité.

 

Consuls et Capitouls…

Alphonse Jourdain, en 1154, rédigeait une première charte… Au fil des ans, le pouvoir des Consuls s’étend, s’amplifie, se substitue à celui du Comte qui, de son côté est plutôt occupé par les guerres, les Croisades… Lorsqu’Alphonse Jourdain trépasse par le poison en 1148, son fils Raymond V n’est âgé que de 14 ans. Ce dernier n’est pas enclin à accorder plus de pouvoir à ses Consuls, il laisse donc « sans effet » la charte au grand dam de la bourgeoisie toulousaine, qui s’échinera durant près de quarante années à obtenir plus de responsabilités. N’hésitant d’ailleurs pas à déclencher des conflits, hors et dans les murs de la ville, les Consuls luttèrent et se révoltèrent, l’an 1188 fut sanglant et fratricide. Voici donc comment Raymond V, se retrouve en ce jour de l’Epiphanie de 1189, à déclamer acculé et dans la contrainte la déclaration des Libertés Communales sur le parvis de l’église Saint Pierre des Cuisines. Un an plus tard, les Capitouls cherchent un lieu pour se rassembler et commencent la construction de la Maison Commune : le Capitole.

6 janvier 2014

La salle des Illustres résonne de cris enthousiastes d’enfants, de « Bona Annada », d’« adishatz ». Le conseiller municipal toulousain Pierre Lacaze ouvre, à la tribune, la cérémonie de commémoration des Libertés Communales de Toulouse. Le président de Convergéncia Occitana, Jean François Laffont, prend ensuite la parole et déclare avec fierté : « Nous organisons chaque année notre fête de la Démocratie pour montrer que la Convivéncia, les droits des femmes, la paix… sont des valeurs 100% occitanes, nées à Toulouse avant même que la France ne les fasse siennes. » La parole est ensuite donnée au Père Jordi Passerat, professeur d’Histoire Médiévale à l’Institut Catholique de Toulouse, qui assure avec enthousiasme la lecture en français de la Charte des Libertés Communales : « Moi, Raymond,  Duc de Narbonne, Comte de Toulouse, Marquis de Provence, je fais savoir à tous les hommes et à toutes les femmes de la ville et du bourg de Toulouse, présent et à venir, que je ne conclurai aucun pacte ni traité avec homme ni femme de la cité et du bourg de la cité de Toulouse à l’encontre de l’autre en vue d’une rixe ou d’une émeute. J’agirai en loyal seigneur et bon justicier et je leur rendrai la justice que déclareront par jugement les Consuls de Toulouse ou d’autres prud’hommes de Toulouse s’il n’y avait pas les Consuls… » Un tonnerre d’applaudissements ponctue la fin de cette lecture. Un moment de chanson clôt la cérémonie. Le groupe toulousain de chant Occitan et Françoise Dague (fondatrice des Ballets Occitans de Toulouse et du Conservatoire occitan, ndlr) entament « O mon Païs » que toute la salle reprend en chœur avec une belle énergie. Les enfants de la calandreta de Garoneta prennent le relais et enchaînent trois chants dans un parfait occitan. La relève semble être assurée.

 

 

Chronologie en 5 dates

1141 Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, initie la franchise communale aux Toulousains

1152 Création du Commun-conseil

1154 Alphonse Jourdain rédige une première charte

1189 Raymond V signe la Charte des Libertés Communales

1196 Raymond VI reconduit la Charte

1793 Fin du Capitoulat, par arrêté, tous les détenteurs de titres capitulaires sont enjoints à les remettre aux agents municipaux

Ò mon país, La Tolosenca

De Lucien Mengaud

 

Refrain

Ò mon país ! Ò mon país ! Ò Tolosa, Tolosa !

Qu’aimi tas flors, qu’aimi tas flors, ton cèl, ton solelh d’aur !

Al prèp de tu, al prèp de tu, l’anma se sent urosa,

e tot aicí e tot aicí me rejoís le còr. (bis)

 

Que io soi fièr de tas academias,

dels monuments qu’òrnan nòstra ciutat !

De ton renom e de tas poësias

e de ton cant despuèi longtemps citat !

Aimi tanbés nòstra lenga gascona

que tant nos dona de gaitat !

 

Refrain

 

Ò ! Qu’aimi plan de tas brunas grisetas

le tin florit, le sorrire malin,

lor pel lusent, lors polidas manetas

lors polits pès e lor regard taquin !

En las vesent mon còr se reviscòla

e puèi s’envòla tot mon chagrin.

 

Refrain

 

A tos entorns l’èrba sembla plan fresca,

le parpalhòl a maitas de colors,

e tos pradèls son claufidits de flors;

de tos bosquets io recèrqui l’ombratge

e le ramatge e le ramatge dels auselons.

 

Refrain

 

De tots guerrièrs dont la nòbla venjença

fasquèc plegar le front dels sarrasins,

de ta fiertat e de l’independença

que de tot temps reghèt dins le país.

Ò! Soi plan fièr de ma vila tant bèla

Que tant rapèla que tant, repèla de sovenirs.

 

 

Centrale_JT595.pdf by Journal Toulousain



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.