Peinture; « Corps en scène »

Brigitte Benarrous expose à la Brasserie des Beaux-Arts jusqu’au 8 novembre. Cette Toulousaine d’adoption, autodidacte, à l’influence impressionniste, propose une série de toiles où la femme est omniprésente et notamment à travers la danse, classique, orientale et le flamenco. Un feu d’artifice de couleurs à découvrir absolument.

 
Brigitte Benarrous, on peut voir dans cette magnifique exposition que la femme est votre sujet de prédilection. Un choix qui vient de l’enfance…
Effectivement, même si de mon enfance à Constantine où je suis née il y a 50 ans, je n’ai que peu de souvenirs puisque dès 1962, cette insouciante période a été interrompue par les “Evénements en Algérie”. Quand nous sommes arrivés en France je n’avais que 3 ans. En 1973 mon père est décédé, j’avais 14 ans et les souvenirs de cette disparition subite ont été douloureux et quelque part bien sûr marquants. Déjà petite on me qualifiait d’enfant émotive et sensible et ces tendances ont été plus soulignées avec l’absence de mon père. Ma mère a fait preuve de beaucoup de courage et de dignité. C’est je pense pour cette raison que la figure de la femme est souvent présente dans mes tableaux.

Vous peignez plus particulièrement des danseuses de classique et de flamenco. Pour quelles raisons ?
L’inspiration de ces toiles m’est venue progressivement. Je fréquente les salles de danse avec ma fille depuis plus de 10 ans et durant toutes ces années, j’ai pu observer, scruter et apprécier cette discipline sous tous ses angles. Cette exposition sans nom, pourrait néanmoins s’appeler “Corps en Scène”. Un autre accrochage suivra sur un autre thème et avec des sujets plus abstraits.

L’Afrique est également à l’honneur avec le portrait de cette femme, ainsi que l’Inde, avec cette autre femme, de dos, qui porte un enfant. Ces toiles sont-elles le fruit de vos voyages ?
J’ai effectivement travaillé le portrait d’une femme de couleur, d’une Indienne, d’une mère portant son enfant dans ses bras. Ce n’est pas le fruit de voyages mais d’inspirations piochées dans divers supports (photos, documentaires, livres). Spontanément ma sensibilité s’est portée sur ces femmes d’origines diverses aux traits émouvants toujours porteuses de messages troublants.

 

Turner, Degas, Renoir

Les couleurs sont pour vous une vieille histoire d’amour…
Oui. J’ai travaillé dans la vente et dans la décoration en tissus d’ameublement pendant une dizaine d’années. Les clients faisaient leur choix, conseillés par le Décorateur de la maison et j’observais attentivement sa manière de sélectionner les couleurs et de les présenter aux clients. J’ai très vite appris à jongler avec les couleurs et à les associer, un contact étroit s’est noué entre elles et moi. En 1991, pour des raisons de santé, j’ai cessé toute activité professionnelle ; l’interruption momentanée était là et de ce fait j’ai élevé mes enfants qui occupaient une place importante. En 1997, j’ai été invitée par une amie à l’inauguration d’un atelier de peinture. La vue de toutes ces couleurs déclinées sur des palettes, a fait émerger des sensations déjà ressenties et enfouies. Ces couleurs ressurgissaient là, tel un feu d’artifice. J’ai intégré cet atelier dans la même semaine et y suis restée 8 ans, pendant lesquels j’ai éprouvé des sentiments de liberté, d’abandon de soi, de légèreté qui ont été une bouffée d’oxygène, une nouvelle respiration, indispensables à mon équilibre. J’avais alors 38 ans. A ce moment-là, j’ai beaucoup aimé Roger Keiflin : j’ai découvert sur ses toiles une explosion et un maniement des couleurs assez enivrants.

Racontez-nous vos débuts…
Comme beaucoup d’autodidactes, j’avais la boulimie de découvrir le monde de la peinture, les styles, les courants. Les débuts ont été entre autres des copies de grands maîtres (“Coquelicots” et “régates à Argenteuil” de Claude Monet, Renoir, Cézanne…) Ces impressionnistes ont beaucoup compté dans mon parcours. En 2005, je suis entrée à l’école des Beaux Arts en cours Adultes et j’y suis toujours.

Que peignez-vous d’autre à part la femme ? Il semble par ailleurs que soyez autant attirée par le figuratif que par l’abstrait…
Je voue un intérêt tout particulier pour le corps humain. La richesse des formes et le mouvement ont été des facteurs d’inspiration pour le traitement de toiles plutôt abstraites. J’aime peindre aussi bien le figuratif que l’abstrait comme vous le soulignez ; le choix du style s’opère en fonction de l’inspiration du moment.

 

Le style est une supercherie

Quelle technique utilisez-vous ?
La plupart du temps j’utilise la peinture acrylique pour sa rapidité d’exécution et ses qualités de séchage, le couteau aussi qui me permet souvent de jouer entre les deux styles mais j’utilise également l’huile pour sa finesse et son rendu.

Quelles sont vos influences en peinture ?
J’admire William Turner parmi les impressionnistes pour l’élégance qu’il avait à faire dissoudre les détails du sujet dans des atmosphères colorées exceptionnelles ainsi qu’un jeu de reflets de lumière tout à fait magique. Edgar Degas pour les toiles qu’il a peintes sur ce thème (“l’école de danse ou la salle du ballet de l’opéra”) – Renoir pour avoir peint la femme avec des formes généreuses dans toute sa splendeur, Ingres pour ses sublimes dessins.

Et parmi les peintres plus récents ?
J’ai découvert un peintre américain Willem de Kooning qui aborde l’expression abstraite avec beaucoup de génie et qui, à mon grand plaisir, dit que «le style est une supercherie». C’est un peintre qui s’intéresse aussi bien à l’abstraction qu’à la figuration. C’est rassurant car on a tendance à croire, d’après ce que l’on voit, qu’il faut rentrer dans un style bien défini pour être crédible.
 

Propos recueillis
par Claire Manaud

Brasserie des Beaux-Arts
1, Place du Pont Neuf, 31000 Toulouse


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.