Patrick Chesnais dans “Cochons d’Inde” ; « Une comédie qui part en vrille ! »

Patrick Chesnay sera à l’affiche “Cochons d’Inde”, le 10 avril prochain au Casino-Théâtre Barrière. Une pièce où il tient le rôle principal d’un homme confronté à une situation burlesque. Interview.

 
Patrick Chesnay, qu’est-ce qui vous a séduit à la lecture de la pièce, dont le personnage principal a été écrit pour vous par Sébastien Thiéry ?
Elle m’avait été recommandée par Philippe Tesson (journaliste spécialisé dans l’actualité théâtrale, ndlr), il me l’a d’ailleurs envoyée lui-même. Je l’ai lue en une seule fois, je ne l’ai pas lâchée, et j’ai beaucoup ri. J’ai une capacité, me semble-t-il, à bien lire les pièces, je sens tout de suite ce qui m’intéresse, me plaît, et ici je n’ai pas eu d’hésitation quant à la qualité. Elle avait un ton et un style neuf : c’est une comédie avec quelque chose de nouveau, de moderne, qui m’a vraiment intéressé.

Alain Kraft, votre personnage, vous ressemble ?
Je dirais que non, mais il y a une part du personnage qui m’appartient, que je fais mien. Les acteurs apprivoisent souvent leur personnage et se servent de ce qu’ils sont pour donner corps, crédit et vérité. Il ne me ressemble pas mais dans l’écriture, dans sa façon de réagir, dans la façon de parler peut-être aussi, oui, il y a quelque chose qui est proche de ce que je suis, ou en tout cas de ce que je peux faire sur scène ou en tournage.

 

Un raz-de-marée suite aux Molière

Votre personnage se retrouve dans une situation complètement irréelle, comment interprète-t-on un homme qui perd la tête ?
C’est à l’instinct. En fait c’est un personnage auquel tout le monde peut s’identifier, c’est un citoyen lambda, d’ailleurs le public se projette en lui car c’est le seul point de référence “normal” de la pièce. Il va être confronté à des personnages un peu surréalistes, et plongé dans un univers totalement absurde qui le dépasse. Il va se poser un certain nombre de questions pour lesquelles il n’obtiendra jamais de réponse, et je pense que le public se pose les questions en même temps et à travers le personnage. Il est finalement extrêmement normal, basique, classique. Mais confronté à cette situation, il passe par tous les états de révolte. Au départ, il est évidemment très en colère d’être enfermé mais peu à peu, il va essayer de négocier, ruser, puis finir par se résigner. Il va passer par toutes les humeurs, comme un grand malade.

Deux Molière ont récompensé cette pièce, dont celui de meilleur acteur pour vous. Vous êtes sensible à cette forme de reconnaissance ?
Je me suis rendu compte quand j’ai eu un César il y a quelques années (meilleur acteur dans un second rôle en 1989 pour “La Lectrice”, ndlr) que ça a un impact énorme. La pièce marchait déjà très fort, mais d’un seul coup les gens faisaient la queue sur le trottoir et on a été obligé d’embaucher une nouvelle standardiste pour prendre les réservations ! Il y a eu une espèce de raz-de-marée, ce qui veut dire que le Molière revêt quand même une grosse importance dans l’esprit du public. On a davantage de demandes, de sollicitations quand une pièce ou un acteur est “moliérisé”. Pour moi, c’est toujours flatteur d’être distingué, d’arriver sur la plus haute marche du podium mais ça ne dure pas très longtemps. C’est aussi dans le regard, dans ce que disent les autres autour de vous qu’on comprend l’importance que cette distinction peut avoir, indépendamment du plaisir que cela procure sur le moment.

  

« Un parfum d’actualité »

Derrière le burlesque et la comédie, la pièce dénonce-t-elle les modes de fonctionnement de nos sociétés, les formes d’aliénation, voire d’angoisse qu’ils génèrent ?
La toile de fond, c’est la mondialisation : la banque de mon personnage est rachetée par des Indiens, qui comptent bien y appliquer leurs coutumes et leur mode de vie. Il y a aussi une petite morale à la fin, mais c’est surtout une comédie, avec des ressorts burlesques, qui part en vrille à chaque instant ! Cependant, il est vrai que cette toile de fond, cette crise financière qui est là, donne à réfléchir. La pièce a un parfum d’actualité très fort et les gens s’y réfèrent, c’est sûr.

Des internautes critiquent la pièce, parlent de répliques à la limite du racisme. Qu’en pensez-vous ?
Il y a toujours des bien-pensants “casse-couilles” partout. Des Indiens, dont l’Ambassadeur, sont venus nous voir et ils ont beaucoup rigolé. Les Indiens ont de l’humour, et notamment sur eux-mêmes. Ça n’a jamais été une pièce raciste ou sexiste. Mais forcément, quand un mec est enfermé pendant 24h dans une banque indienne, qu’on le prive de nourriture et qu’il ne comprend pas pourquoi il est là, il est un tout petit peu énervé contre l’Inde et les Indiens, et donc il se manifeste ! Si l’on ne peut plus rien dire, rien faire, sans être taxé de racisme ou de xénophobie…

Après “Cochons d’Inde”, on vous verra au cinéma ou au théâtre ?
Je vais faire du cinéma, j’ai pas mal de films prévus. Et je vais aussi faire un direct pour les Molière. Je vais jouer en direct une pièce de Feydeau avec Emmanuelle Devos. On est en train de travailler dessus. Mais je vais surtout retourner au cinéma.

Propos recueillis par Eva Larand



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