Pas de tout répressif sans l’éducatif

David Justal est travailleur social en milieu ouvert à Narbonne et secrétaire régional adjoint de l’UGSP-CGT. Privé d’entrevue avec la ministre de la Justice, il revient sur les enjeux de la réinsertion des détenus et les revendications de sa profession.
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Pourquoi n’avez-vous pas pu rencontrer Madame Dati ?
En tant que syndicat régional, on nous a prévenus quelques jours avant sa visite que nous ne pourrions pas la rencontrer car Madame Dati ne souhaitait que la présence des représentants locaux. Vu que notre représentant local est surveillant de prison, elle n’a pas reçu de travailleur social. Etait-ce délibéré de sa part, nous ne le saurons probablement jamais.

Que retenez-vous de ce Grenelle de l’insertion ?
On parle de réinsertion alors que les lois pénitentiaires sont de plus en plus répressives, selon une idéologie politique et économique. On a l’impression que les prisonniers représentent une population dont on ne veut pas parler. Le tout répressif sans l’éducatif ne peut pas marcher. Nous sommes dans une dynamique de suppressions des budgets dans l’éducatif, le social, les services publics, soit la base de nos missions. Comment dès lors lutter contre la récidive.

Que pensez-vous de la proposition de Rachida Dati sur l’assignation à résidence des détenus ?
C’est un effet d’annonce de plus. Comme les mesures de sûreté, il s’agit de la mise en place d’une double peine. On donne toujours en exemple les plus gros criminels, les affaires les plus sordides et les plus glauques alors qu’elles ne collent pas avec la réalité. Chaque cas est différent et les petits délinquants qui peuvent facilement se réinsérer ne doivent pas pâtir de cette image.

Et des mesures de sûreté ?
Les condamnés à perpétuité vont devoir passer devant des experts à Frêne. Or, il faut compter au minimum un mois d’attente pour les y conduire et les détenus vont donc dépasser les délais de leur libération. C’est une bombe à retardement.

Peur pour l’avenir

Quelles pourraient être les propositions à développer dans le cadre de la réinsertion ?
Une solution à développer reste le bracelet électronique. Mais là encore, attention aux dérives. On remarque qu’avec ce dispositif, les juges condamnent plus facilement à une peine de prison car ils savent que le prévenu pourra avoir accès au bracelet. Alors qu’il ne mériterait qu’une peine avec sursis. Une autre alternative pour faciliter la réinsertion des détenus pourrait être la validation des acquis de l’expérience du travail intérieur, durant l’incarcération.

Que pensez-vous de l’annonce de Rachida Dati sur la construction de nouvelles places de prisons ?
Le vide est toujours amené à se remplir. La construction de prisons amène un embastillement encore plus grand d’autant plus qu’elles glissent vers la privatisation dans certains secteurs comme l’entretien ou les cantines. Les prix augmentent pour les détenus. J’ai peur pour les années à venir car la prison n’est pas sensée rendre les personnes plus agressives et aigries.

La réforme de la carte judiciaire peut-elle avoir des conséquences sur votre travail ?
Bien sûr car les justiciables vont être de plus en plus éloignés des centres de décision. Cela peut poser un problème en milieu ouvert, par exemple, pour les personnes qui ont perdu leur permis de conduire. Mais nous attendons également la réforme de la carte pénitentiaire

Votre profession est en pleine mutation. Quelles sont les conséquences sur votre travail ?
Le nombre de personnes à suivre augmente, en même temps que nos missions. Parallèlement, les subventions allouées aux associations qui nous secondent diminuent. La situation est un peu schizophrène. On doit rendre de plus en plus de rapports et d’avis et on serait même considérés comme des criminologues ! Tout cela a pour conséquences un suivi restreint des personnes et une impossibilité de mettre en pratique ce que nous proposons. On peut se demander si la France veut conserver du travail social dans les prisons ou si nous sommes juste un alibi pour coller aux lois européennes. D’autre part, Rachida Dati n’a pas alloué de budget supplémentaire pour les travailleurs sociaux alors que notre profession est dure psychologiquement.

Propos recueillis par Sophie Orus



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