Parole présidentielle

Comme d’habitude maintenant, depuis plus d’un an, notre président ne manque jamais une occasion de parler, et même de parler à contre courant. Il est singulier que chaque fois que le président de la République s’exprime, l’ensemble de la classe politique d’opposition se manifeste et manifeste son indignation. Je ne dis pas que Nicolas Sarkozy dit toujours la vérité, je ne dis pas non plus que lorsqu’il parle, il le fasse toujours à bon escient. Mais je veux souligner ici qu’il y a longtemps qu’un président ne s’est  pas exprimé avec autant de franchise et de courage. Le dernier président qui parlait vrai et dérangeait souvent, était le Général de Gaulle. Ses expressions sont restées célèbres : «L’ONU ce machin», «Les Français sont des bœufs», «Les manifestations oui, la chienlit non». Toutes ces paroles ont marqué une présidence.

 
Aujourd’hui il n’est pas de jour où le président ne prononce une phrase qui dérange. Pourtant, il dit souvent tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. La dernière en date porte sur les grèves : «Maintenant en France les grèves passent inaperçues». La réaction ne s’est pas faite attendre : Le PS en tête, suivi du PC, des syndicats et de François Bayrou, tous se sont indignés. Je ne voudrais pas ici me faire l’avocat du diable mais quand même, cette phrase a été sortie de son contexte, qui je le rappelle était une réunion UMP un samedi, les propos y étant tenus n’ayant pas un caractère officiel. En second lieu je voudrais rappeler à tous ceux que cette phrase a froissés, que je n’ai jamais entendu d’indignation quand une poignée de syndiqués prenaient la France en otage, une petite minorité de cheminots faisaient s’arrêter la France avec le chantage du blocage.

 

Loin des yeux…

Personne pour s’offusquer du chantage de la CGT quand elle empêche les personnes qui partent en vacances régulièrement, chaque grand départ étant le siège d’un chantage à la grève. Alors oui, si les réformes du président Sarkozy ont permis que la grève redevienne un moyen d’action syndical seulement quand le dialogue social a échoué, sans être en permanence un chantage au blocage d’un pays, il a raison de s’en réjouir. Notre pays singulier et ses politiques d’opposition s’inquiètent quand un président se réjouit que les grèves deviennent moins perceptibles. Ce devrait être le contraire, beaucoup de pays s’enorgueillissent de n’avoir jamais de grèves. Tous se passe comme si l’absence de grèves ou la mise sous silence de ce moyen de chantage était une perte sociale alors que ce serait plutôt un signe de meilleure santé. Peut-être qu’un jour notre président pourra aussi être fier de dire «les manifestations sont de moins en moins visibles en France». Ce serait aussi une belle victoire, quand on voit que notre police passe une grande partie de son temps à faire la circulation des manifestants. Je ne dis pas que le droit de manifester doit être supprimé, mais certainement qu’il doit trouver des limites comme le droit de grève. C’est une condition pour vivre en paix. Aujourd’hui le nombre de journées de travail perdues du fait de manifestations bloquantes est aussi très impressionnant. Ne nous y trompons pas, même si les vacances sont arrivées, même si le tour de France a commencé, la crise n’est pas derrière. Le président est aujourd’hui sur tous les fronts internationaux : présidence de l’Europe, un G8 bien inutile, otages de Colombie. Qu’il se méfie quand même un peu : s’il laisse trop tomber les Français, ce ne sont pas de petites phrases qui lui permettront d’être apprécié. Ne dit-on pas «Loin des yeux loin du cœur» ? Méfions-nous aussi de la réaction de certains, qui ne rêvent que de France bloquée et de grèves générales. Ceux-là seraient bien capables de le prendre au mot et de descendre dans la rue à la rentrée, pour ne pas passer inaperçus.

 

Patrick Crasnier
Radio plus
www.jazzpote.net


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