On ferme !

Suite à la récente obligation donnée au Monoprix de la rue Alsace Lorraine de fermer ses portes à 21h au lieu de 22h, le travail « nocturne » ou dominical revient sur le tapis et continue à alimenter les débats. Le point sur un sujet aux multiples variables.

Le dossier est épineux et c’est peu dire. Depuis six ans, les aller-retour sont incessants entre les pros et les antis travail dominical. Pourtant suite au long bras de fer opposant certains syndicats, les grandes surfaces alimentaires de plus de 400 m2 n’ont -à nouveau- plus le doit d’ouvrir le  dimanche. Un arrêté préfectoral qui fait couler beaucoup d’encre et nourrit les débats dans la sphère alimentaire… Pourtant d’après certains, il n’a même pas lieu d’être : « Dans le département un accord sous l’égide du CDC (Conseil Départemental du Commerce, ndlr) régissait tout ça depuis près de vingt ans : la Haute-Garonne a été le premier département au niveau national qui fixait les jours d’ouverture exceptionnelle à cinq dimanches et jours fériés », explique Marc Vieuxloup de la CGPME, « toutes les autorités syndicales ou patronales étaient d’accord avec ça sauf la FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution, ndlr), qui remet à nouveau tout en cause. » Dans le département, situation rarissime, la quasi-totalité des acteurs s’était entendue pour fermer. C’était en effet le cas des syndicats de salariés, mais aussi des organisations patronales et des chambres de commerce et de métiers et du Conseil Départemental du Commerce. Seule ombre au tableau donc, la FCD qui prône elle, l’ouverture et donne régulièrement un bon coup de pied dans la fourmilière. En 2012 déjà, elle avait obtenu l’annulation d’un premier arrêté préfectoral devant le tribunal administratif, qui s’était soldé par la réouverture de nombreux commerces…

« 200 000 à 500 000€ de marge commerciale en moins chaque année »

Aujourd’hui suite au second arrêté prononcé par le préfet et rentré en vigueur le 1er octobre, le FCD remonte au créneau : « Aujourd’hui on n’espère plus rien, il y a une demande juridique en cours. Soit le juge des référés juge la perte importante pour les magasins, soit il n’y aura pas de suite », indique Abel Zelma vice-président de la FCD31 avouant avoir « peu d’espoir car la dernière fois ça a mis quatre ans ! » Ce dirigeant du Carrefour Market de Pins-Justaret explique -chiffres à l’appui- le manque à gagner que la fermeture dominicale engendre : « on ne s’amuse pas à ouvrir pour ouvrir, ça tourne le dimanche, sur une année on perd bien de 200 000 à 500 000 euros de marge commerciale. » Un discours qui révolte littéralement Marc Vieuxloup : « la fermeture met tout le monde sur un pied d’égalité. Cela protège de la concurrence les petites entreprises et marchés de plein vent. » Un discours que corrobore Isabelle Hardy, adjointe au commerce et à l’artisanat au Capitole : « On considère que c’est une bonne chose et c’est de l’intérêt des villes comme des campagnes : d’une part parce que le repos dominical est important et parce qu’ouvrir sans règlementer ne profite qu’aux plus gros et cela déséquilibre les cœurs de ville. De toute manière, le pouvoir d’achat d’un ménage est la plupart du temps fixe et ce n’est pas parce que l’on ouvre le dimanche qu’il augmente ! »

 « C’est un droit d’ouvrir le dimanche matin dans la grande distribution : c’est la liberté d’entreprendre ! »

Côté FCD, on réclame « le droit à la liberté d’entreprendre… C’est aussi un droit pour les salariés et les clients.» Armés d’une caisse enregistreuse ou d’un caddie, les discours des habitués aux supermarchés rapportent des avis variables : « En tant qu’étudiante, il va falloir que je cherche un autre job, dans une supérette qui ouvre le dimanche… » explique Gwenaëlle en master de psychologie. En caisse, Armel l’un des rares hommes de ce supermarché toulousain est plus modéré : « Le travail dominical, ce n’est pas que sur la base du volontariat, on sent bien des pressions. Alors au moins avec cette décision, il n’y aura plus de problème… » Pour Marc Vieuxloup, cet arrêté met tout le monde à égalité : « les gros n’ont pas besoin du dimanche pour faire leur beurre… », indiquant que « de toute manière les dérogations ça existe, on en signe tous les jours à la CCI. » A la FCD, qui se dédouane d’être contre le reste du département : « Beaucoup sont pour l’ouverture en Haute-Garonne, car il n’y a pas que Toulouse. En zone plus rurale comme à Saint Gaudens, tout le monde est pour ! En tout, ce sont 70 magasins qui ouvraient alors même que certaines des enseignes affichaient leur désaccord sur le sujet », rapporte-t-il en référence à Intermarché notamment. « Je pense qu’il y a une pression interne dans les gros groupes… » termine-t-il. Pressions internes ou externes, les portes automatiques semblent en tout cas un peu rouillées ces derniers temps en région toulousaine. A Monoprix, ce sont bien les pressions entre la direction du groupe et la CGT qui ont eu raison du débordement des horaires pratiqués et dans ce cas précis les salariées –pour la plupart mères de famille- se réjouissent du changement. Chacun voit midi à sa porte.

 

Repères

- Novembre 2007 : Organisations syndicales, patronales et salariales se prononcent pour la fermeture le dimanche

-Février 2008 : Le préfet prend un arrêté qui interdit l’ouverture le dimanche pour les commerces de détail alimentaire de plus de 400 m2

-Mai 2012 : Le tribunal administratif de Toulouse annule l’arrêté, l’ouverture redevient possible

-Janvier 2013 : Confirmation par la cour d’appel administrative de Bordeaux

-Septembre : Nouvel arrêté préfectoral interdisant l’ouverture dominicale. En vigueur depuis le 1er octobre

-Octobre 2013 : Rue Alsace Lorraine Monoprix est contraint de fermer à 21h au lieu de 22h

 

Le chiffre

1500 euros par salarié c’est l’amende encourue par toute enseigne qui ouvrirait « un jour de repos hebdomadaire », selon le Code du travail. Amende qui peut être portée à 3000€ en cas de récidive.



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