Nuage(s) sur l’Europe

Il y a d’abord, après le titre de Champion de France enflammant la Cannebière à Marseille, la sélection attendue des joueurs du Onze de France par Raymond Domenech sur TF1 ce lundi (le sélectionneur et les joueurs mis pour l’instant dans le même sac “d’antihéros” et de “losers” annoncés) ; il y a ensuite la nouvelle offensive de nuages de cendres des volcans islandais toujours en éruption et forçant les institutions internationales à l’invention de nouvelles normes fixant les possibilités ou non de vols aériens sans exagérer le fameux et paradoxal principe de précaution ; il y a aussi, dans un déferlement surmédiatisé dont la famille est d’ailleurs friande (!) le dernier ouvrage de Jean-Louis Servan-Schreiber prônant la lenteur (le fameux “Festina Pente” des Romains) au moment où tout n’est qu’accélération du temps et de l’Histoire, au moment où l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin aujourd’hui sénateur souligne – au train qu’on connaît depuis Jean de La Fontaine – «qu’un président qui court c’est bien mais il nous faut aussi un Président piéton» ; au moment où de fortes interrogations pèsent sur le financement de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur de 1995 à la suite de l’enquête, à charge, de Guillaume Dasquié dans Libération. Il y a aussi et surtout la crise grecque et toutes ses conséquences.

 
L’idée d’Europe est née dans la Grèce antique ; la même Grèce – avec son Parthénon aujourd’hui empli d’étendards de la contestation sur fond des premiers morts d’une revendication économique, sociale et existentielle – qui demande aujourd’hui à l’Europe de se reposer une question fondamentale, celle du système sur lequel elle est bâtie. Moment idéal pour lire “La République crépusculaire” de Jean-Marc Ferry et la possibilité ou non d’un vrai cosmopolitisme européen – manière de répondre politiquement aux injonctions du Prix Nobel Stiglitz ; manière aussi de relire “l’histoire de l’Europe” d’Emmanuel Berl ou “l’assomption de l’Europe” de Raymond Abellio – moment idoine pour rappeler que les économistes – toutes tendances confondues – ne croient pas que le plan mis en place va réussir ; pour les raisons suivantes : il est impossible de réduire de 11 points de PIB son déficit en trois ans ; la déflation programmée détériorera les finances publiques du pays donc sa solvabilité sans parler du boom de l’économie souterraine (déjà un bon tiers du PIB) ; parce que la Grèce c’est aussi l’indiscipline économique, l’incivisme fiscal et l’indifférence à la productivité ; c’est aussi l’impossibilité de faire accepter une baisse du niveau de vie dans l’un des plus pauvres pays de l’Union Européenne. Certains observateurs (notamment Pierre-Antoine Delhommais) – vont jusqu’à affirmer que «si l’euro est à l’agonie, ce qui est en revanche déjà mort, c’est le principe même qui avait prévalu à sa conception : l’idée – l’illusion – selon laquelle le fait pour des pays de posséder la même monnaie les ferait converger économiquement…» Sans signe de constitution rapide d’États-Unis d’Europe – idée de Victor Hugo et de Jean-Jacques Servan-Schreiber – hurlent aujourd’hui les marchés, mais aussi Stiglitz, l’euro ne survivra pas. «Nous n’en prenons pas le chemin : il semble plutôt qu’il y ait réinvestissement du pouvoir étatico-national, montée de l’euroscepticisme et des nationalismes, irruption des populismes et de l’extrême droite, haine des multinationales et des marchés financiers, rejet en bloc de la classe politique.»
La contagion et la déstabilisation menacent Zapatero comme Socrates (au Portugal), le Royaume-Uni sauf alliance entre Cameron et Clegg, les Pays-Bas sous la pression du populiste anti-Islam Geert Wilders, la Belgique sans gouvernement, l’absence de socle solide pour Angela Merkel, Silvio Berlusconi soumis aux revendications de ses alliés de la Ligue du Nord et aux critiques de Gianfranco Fini, enfin le Président Sarkozy sévèrement contesté à l’occasion de son troisième anniversaire de mandat et qui doit s’interroger sur la fameuse et dernière phrase de Lampedusa : «Il faut que tout change pour que rien ne change.»

Stéphane Baumont


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