Nouvelles commémorations

Au moment même où l’argent – qui devait être distribué gratuitement par une entreprise pour des raisons publicitaires – provoque un début d’émeute et illustre à sa manière moins «l’insurrection qui vient» qu’une situation économique et sociale particulièrement difficile dans laquelle se trouve d’ailleurs nombre de Français (multiplication des impayés alors que l’on nous annonce une croissance à venir plus importante qu’initialement prévue), le Président de la République choisit la commune martyr de la chapelle en Vercors – haut lieu de la Résistance – pour s’inscrire pleinement dans le débat de l’identité nationale auquel ont largement contribué le XI de France en gagnant à Dublin et le XV de France en l’emportant sur l’Afrique du Sud ; quant au Président du Sénat, il apporte aussi la sienne en affirmant que le débat sur l’identité, «c’est Marianne qui fait sa psychanalyse… Réfléchir sur le “vivre ensemble” est d’actualité. Sur les trois piliers Liberté Egalité Fraternité, je veux rajouter un quatrième : la Laïcité». A chacun son ajout : certains préfèrent Solidarité, d’autres Laïcité, comme si la lecture du politique était pour certains plus sociétale, pour d’autres plus Républicaine ; pour d’autres encore plus Constitutionnelle.

 
Un débat qui va se poursuivre jusqu’au mois de février mais qui a vu deux autres événements, soit lui damer temporairement le pion, soit lui donner une autre dimension : la commémoration de la chute du mur de Berlin le 9 novembre ; la commémoration le 11 novembre de l’Armistice, conçu depuis près d’un siècle comme une fête de la victoire française et de la défaite allemande, devenant pour la première fois de l’Histoire, une fête commune à la France et à l’Allemagne.
La chute du mur de Berlin d’abord : l’Occident pouvait en 1989 s’enorgueillir d’avoir vu triompher ses valeurs érigées en modèle quasi unique – au point que le philosophe, économiste Francis Fukuyama n’hésita pas à affirmer, comme Kojève en 1945, que nous connaissions “la fin de l’Histoire” – avènement de la démocratie représentative et instauration de l’économie de marché. Fin de l’Histoire contestée par Al Qaïda et les actes terroristes du 11 septembre 2001. Mais 20 ans après 1989, l’Union Européenne ne pèse pas du poids diplomatique et militaire auquel sa puissance économique et démographique l’autoriserait à prétendre. Henry Kissinger posait jadis la question «l’Europe, quel numéro de téléphone ?». Le traité de Lisbonne, avec son futur Président et ministre des affaires étrangères pourra peut-être y répondre.
Pour la commémoration du 11 novembre, l’audace de la Chancelière et du Président Français a pris tout le monde de court : un nouveau symbole – après celui de Mitterrand et de Kohl à Doux Aumont – qui marque un pas de plus vers la réconciliation Franco-allemande au  moment même ou en France, le débat sur l’identité nationale s’amplifie. Question à l’ordre du jour : l’Allemagne et la France sauront-elles s’inventer une fête commune, feront-elles du 11 novembre le symbole d’une communauté de destin et de mémoire ? Pour rendre à jamais impossible, à l’intérieur des frontières de l’Union Européenne, la guerre, la Shoah, et la violation des droits fondamentaux.

Stéphane Baumont


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