Nouveau virus FCO; La fièvre monte chez les éleveurs

Depuis jeudi dernier, les agriculteurs de Haute-Garonne connaissent une crise de plus avec l’apparition d’un nouveau type de fièvre catarrhale ovine, virus qui décime les ruminants. Si la maladie n’affecte ni la viande ni l’homme, elle aura des incidences économiques majeures pour notre région
On l’appelle la maladie de la langue bleue et elle se propage uniquement par le biais de petits moucherons en apparence inoffensifs. La fièvre catarrhale ovine (FCO), cantonnée il y a encore deux ans au sud de l’Europe et en Afrique, a fait son apparition en France et dans le département de la Haute-Garonne. Cette maladie virale n’attaque que les ruminants (ovins, bovins et caprins), provoquant fièvre, boiteries, cyanose des muqueuses et amaigrissement avec environ 30 % de décès dans les troupeaux, principalement chez les ovins. La FCO constitue donc une crise de plus dans le monde des agriculteurs.
En effet, la FCO se décline sous 24 formes différentes et la Haute-Garonne fait exception en la matière avec des cas cliniques déclarés de sérotypes 8 en 2007 et 1 en 2008. Si le ministère de l’Agriculture a déjà agi avec une campagne nationale de vaccination des bêtes, il semble que les mesures n’ont pas suffi à stopper la propagation du virus : «La stratégie de l’Etat pour la Haute-Garonne a été de constituer un bouclier “vaccinaire” autour du département en pensant que le virus serait donc stoppé. Cela n’a visiblement pas marché», explique Yvon Parayre, président de la Chambre d’Agriculture Midi-Pyrénées.

 

Exportation bloquée

Le virus se propageant très rapidement, une cellule de crise a été réunie en préfecture dès la détection des cas cliniques la semaine dernière. Ainsi, une zone de 20 kilomètres de rayon autour des foyers contaminés a été délimitée et les bêtes devront être systématiquement désinsectisées, de même que les bâtiments et les moyens de transport. D’autre part, une nouvelle campagne de vaccination d’urgence va être mise en place car le manque à gagner des agriculteurs s’annonce catastrophique : «Le virus arrive à un mauvais moment car le prix de l’alimentation animale augmente alors que le prix de la viande non. Nourrir une bête revient environ à 1,50 € par jour. D’autre part, une des spécialités régionales reste la vente de broutards, de jeunes veaux de moins de 6 mois engraissés dans la Plaine du Pô et en Espagne. Or les acheteurs ne veulent pas de bêtes non vaccinées», explique Dominique Pélissié, représentant de la Direction Régionale de l’Agriculture et des Forêts. L’exportation devrait donc être stoppée durant trois mois en raison du protocole vaccinal et les bêtes touchées réduites au confinement.

 

 
De lourdes répercussions économiques

Face à l’urgence, l’Etat a décidé de débloquer les doses de vaccin nécessaires pour la Haute-Garonne et les départements voisins sans restriction et de financer les actes vétérinaires afin de combler les aides de l’Union Européenne. Pour Patrick Crèze, secrétaire général de la préfecture, «les enveloppes ne sont pas toujours à la hauteur. Le préfet de région va faire une demande pour un financement supplémentaire et solliciter les partenaires économiques comme le Conseil Général.» Avec 250 entreprises et 1 150 salariés dans le négoce en Midi-Pyrénées, les décisions doivent se prendre rapidement. «Des mesures d’accompagnement des éleveurs vont être mises en place par le ministère comme un fonds d’allègement des charges, s’ajoutant à d’autres aides sanitaires et sociales», explique Yvon Parayre. Mais ces soutiens financiers risquent de ne pas suffire alors que le dossier de la FCO s’étend désormais au Tarn, Tarn-et-Garonne, Pyrénées Orientales, Aude et Ariège : «Avec le sérotype 8, les éleveurs de la région ont connu une perte qui s’élève à 1 million d’euros. Il en ira de même cette année avec le 1.»

Sophie Orus

Une conséquence du réchauffement climatique ?

La FCO était jusqu’à présent une maladie du Sud, véhiculée par des moucherons. Depuis août 2006, un certain nombre de pays du Nord de l’Europe ainsi que la France sont confrontés au sérotype 8 du virus avec 15 566 cas déclarés dans l’Hexagone en 2007. Le sérotype 8 était totalement inconnu sur le continent, tandis que d’autres formes de FCO restaient limitées à des zones du sud comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal.

 

Depuis novembre 2007, le sérotype 1 s’est propagé de manière brutale au nord de l’Espagne puis dans les départements des Pyrénées-Atlantiques et des Landes. Pour Daniel Grenouillat, directeur régional des services vétérinaires, cette avancée du virus est sûrement due à des phénomènes écologiques : «Le réchauffement climatique est la cause essentielle de la propagation du virus au nord de l’Europe. Mais nous pensons également que les moucherons peuvent être portés par des vents violents ou par avion. Cependant, il semblerait que le virus puisse désormais changer de vecteur car la FCO ne se transmet que par une espèce de moucheron bien particulière. Or, aucun n’a été retrouvé dans le nord de l’Europe…»



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