Notre 14 juillet

Au-delà du voyage emblématique et symbolique du Président Obama visitant les hauts lieux du martyrologue des esclaves noirs et donnant au devoir de mémoire une nouvelle dimension sans surmédiatisation excessive ; au-delà du G8 dont on peut se demander s’il a des raisons d’être aussi souvent (même si Aquila méritait la visite “audacieuse” de la première Dame de France) même si la quête (kantienne ?) d’un mode de gouvernance mondiale est légitime et important.

 
Au-delà des guerres pichrocholines Contador-Armstrong qui rappelle le duel Hinault-Lemond et du fait divers du suicide d’un jeune à Firminy (bavure ?) entraînant plusieurs nuits d’émeutes urbaines difficiles à éviter comme à réprimer et posant à nouveau le problème des territoires de non-droit – ceux où l’ordre républicain est décidément difficile à mettre en œuvre, ceux où le désordre républicain est suscité par le chômage, les sans-papiers, les jeunes en quête d’idoles ou de leaders – au-delà du film, actuellement en tournage allant permettre la monumentale reconstitution du Vel’d’Hiv (la rafle des juifs du 16 juillet 1942) c’est le 14 juillet avec sa symbolique, le défilé des troupes indiennes, les 377 milliards d’euros dépensés d’ici à 2020 dans la loi de programmation militaire, le rôle de la France comme pivot de l’industrie de la défense européenne qui suscite l’attention des Français même si, RTT aidant et vacances bien pensées ont permis de faire du “pont du 14 juillet” un formidable “viaduc” dans l’emploi et l’aménagement du temps de juillet.

Bien commun contre bien public

Rappelons-nous, au-delà des temps de repos, l’histoire : c’est avec la circulaire du 6 juillet 1880 qu’est créé le 14 juillet. La laïcité s’impose désormais aux fêtes dites “nationales”. Les Républicains de gouvernement demandent aux curés de regarder la fête du 14 juillet comme une fête purement civile sans “Te Deum” ni messe solennelle. L’objectif n’est plus d’assurer le bien commun mais le seul bien public. Dorénavant l’espace de la représentation a changé. Il ne se délimite plus à ce qui est possédé en commun (la foi, le roi, le terroir), mais comme le souligne Olivier Ihl, spécialiste de la sociologie historique du politique, «repose sur une qualité de conscience, une disposition à la fois distincte de ce qui fait le propre de chaque citoyen et ouverte à tous les membres de la nation».
Occasion de la fraternité et de la fierté des troupes défilant mais aussi des bals des pompiers (presque légendaires), à sa manière rassemblement d’allégresse permettant, même à l’heure de l’Europe, de continuer à forger la conscience d’une continuité d’appartenance, temps festif du rituel républicain, le 14 juillet continue à assurer avec bonheur (du chef-lieu de canton à la capitale) la puissance d’évocation des rencontres entre la République, les fêtes et la Nation.
Quelques certitudes subsistent : l’esprit public est le véritable interlocuteur du 14 juillet et des célébrations républicaines ; les fêtes et le 14 juillet sont, à leur manière, un dispositif éducatif (répandre parmi le Peuple les éléments de la morale républicaine) ; la force mimétique des signes (la contagion morale des images) ; le Peuple, comme le soulignait Rousseau, est l’agent et l’enjeu de la célébration républicaine. Comme si le 14 juillet, “notre” 14 juillet de 2009 continuait à servir un culte patriotique, «le culte de la France» selon George Sand qui ajoutait : «Oui il faut un culte à la France, un culte à tous les hommes libres ; le culte… expression de l’idéal des masses, proclamation de l’idée commune à tous.»

Stéphane Baumont


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