Nos hauts fonctionnaires seraient-ils trop gâtés ?

Depuis 1981, la France abriterait-elle  une nouvelle noblesse d’Etat ? Plus de deux siècles se sont écoulés depuis la nuit du 4 août 1789, lorsque nobles et ecclésiastiques renonçaient aux privilèges liés à leur ordre pour devenir des citoyens comme les autres. Mais quasiment dans le même temps la République faisait naître sa propre noblesse, les hauts-fonctionnaires. Aujourd’hui, ils sont 17.000 super privilégiés et pour leur plus grande majorité, tous issus des grands corps de l’administration. Pourquoi et comment cette noblesse d’Etat s’est-elle arrogée, au fil du temps, au fil des siècles même, des privilèges que l’on croyait d’un autre temps, d’une autre époque? Oui, aujourd’hui plus qu’hier, comment expliquer les salaires astronomiques et les avantages concoctées à l’attention d’une seule catégorie de Français?

 
Ils ne sont pas les seuls ?

Mais me direz-vous, toutes les professions ou presque ont leurs privilèges et privilégiés. Voyez le statut des journalistes, des enseignants, des employés EDF et autres, des maires de grandes villes, le train de vie et émoluments des Présidents des Départements, des Régions, des CCI, sans oublier les Elus et même quelques privilégiés à EADS, Airbus voire Air France… etc. Faudrait-il tous les supprimer ? Non, car ils ont la plupart du temps leur justification et sont aussi, ne l’oublions pas la résonnance légale d’élections comme d’avantages acquis justifiés. Oui, il n’est pas question de supprimer tous les supposés privilégiés de l’Etat.
Sauf que si aujourd’hui, on s’attaque aux fonctionnaires dans leur ensemble, il semblerait complètement illogique comme injuste de laisser les hauts fonctionnaires en dehors de la réforme. C’est déjà une question d’exemplarité, de justice, mais pas seulement… Même si la loi doit être la même pour tous et l’Etat être impartial, comme le rappelle souvent le président Sarkozy… Sauf qu’ici comme ailleurs, loin des discours de circonstance, la pratique semble moins appliquée à une justice de traitement entre tous les français. Surtout si l’on sait qu’un employé modèle qui a travaillé et cotisé 40 années durant, qui de plus aura fait face à toutes les difficultés, charges et contraintes imposées par l’Etat, se voit attribué au moment de la dite retraite une mensualité de seulement  800 euros.
Sans oublier que, quoiqu’en disent nos grands commis de l’Etat, pour la majorité des français, depuis plus de 20 ans, le pouvoir d’achat est en nette baisse et sans aucune contrepartie de mieux vivre ou de sécurité. Alors constater que dans le même temps une caste semble privilégiée, en dehors du temps, pour être toujours plus protégée, parait révoltant.
Ainsi, sait-on, à titre d’exemple, que parmi eux certains touchent des retraites d’ex-PDG, cumulées avec celles d’anciens inspecteurs, par exemple des Finances. Le tout se trouvant, la plupart du temps, complété par d’autres retraites déguisées, suite à l’occupation passagère de hauts postes et qui leur sont rétribués sous forme d’indemnités. Sans oublier les fameuses stock-options qui ont été garanties, à certains, sans aucune obligation de résultat et qui sont toujours validées quoiqu’on puisse, ici et là, le prétendre.
Avouons que tout ceci a de quoi choquer profondément les petits fonctionnaires, comme d’ailleurs les artisans et les dirigeants des PME-PMI qui n’ont pas l’équivalence de salaires, pas de limite  d’horaires, pas d’avantages en tous genres. Même s’ils ont sacrifié leur vie familiale et engagé dans la bataille tout leur patrimoine… Et même si on ne veut le dire, ce sont eux qui aujourd’hui permettent, encore plus qu’hier, à l’Etat France de résister.

En fait qui sont ces privilégiés de la République ?

Ce sont majoritairement des hauts fonctionnaires diplômés en quasi totalité de l’ENA, polytechnique ou Normale Sup’. C’est à dire le top des tops de la fonction publique.
Comme il se doit, on les retrouve parmi les mieux payés, avec en début de carrière des salaires qui avoisinent les 6.000 euros et peuvent atteindre rapidement les 45.000 euros/mois. Des émoluments qui font rêver et auxquels il faut pourtant ajouter une kyrielle d’avantages de la voiture, à l’appartement de fonction, en passant par toute une série de primes. Oui, ils ont des salaires d’un autre monde, des privilèges à la limite de la décence…
Alors que la Nation est en difficulté, que les déficits sont annoncés partout, eux semblent faire partie d’une caste, d’un réseau d’intouchables, sans que rien ne puisse vraiment justifier une telle différence de traitement entre ces “privilégiés” de la République et le commun des mortels. C’est-à-dire vous et moi…

L’Inspection des Finances ?

Certains initiés vous confieront qu’ils héritent en fait de charges, comme seule l’histoire de France a su et sait les concocter! Prenons l’exemple de l’Inspection des Finances, c’est-à-dire l’élite de l’élite. Cette belle entité est constituée de 400 hauts fonctionnaires qui trustent les meilleurs postes à l’Elysée comme à Matignon. Bien souvent, quand l’intérêt supérieur le commande, on les retrouve en disponibilité, jus- qu’à 12 ans de suite dans le privé. Bien entendu, quand ils se plantent comme on l’a vu ces derniers mois, à la tête de grandes banques, alors ils rejoignent leur administration d’origine.
Mais ce que l’on sait moins c’est que ce mélange de l’élite “public-privé” a commencé en fait au début du XIXe siècle. Précisément, lors de la création des grands corps administratifs qui se sont constitués sous la monarchie constitutionnelle. Un corps qui trustait déjà les hauts postes dans l’administration et la banque. Un mélange des genres qui n’a pas changé. Oui, nous vivons toujours en monarchie, mais elle s’est donnée une étiquette voire un label républicain. Sauf que, là comme ail- leurs, il s’avère toujours davantage que la méritocratie ou la sélection par les diplômes, de même le piston politique, ne sont malheureusement pas une garantie de compétence…
Et la surprise c’est que bien souvent ces “favorisés de la République” se présentent comme des humanistes de gauche et s’engagent facilement en politique…

Les autres privilégiés de l’Etat…

Ils sont au Sénat et on y compte pas moins de 350 hauts fonctionnaires et 870 dits petits fonctionnaires. Sauf qu’au nom de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le président de la République et le Premier ministre, et le Parlement que représentent le “Sénat et l’Assemblée Nationale”, personne ne peut mettre son nez justement dans les comptes du Sénat. Ni même, petite parenthèse, dans ceux du Président de la belle entité, une harmonie des genres qui va coûter aux contribuables, la bagatelle de plus de 300 millions d’euros par an. Résultat : le Sénat est une bonne maison, où l’Etat jette l’argent par les fenêtres avec une frénésie qui ne se dément pas. Ici vous ne pouvez pas travailler plus de 32 heures par semaines. A votre embauche, la garantie d’être payé au minimum 2 300 euros par mois et sans aucun diplôme, mais avec un beau piston. Attention, ici les primes de nuit doublent votre salaire dès 19h, redoublent dès minuit et triplent à quatre heures du matin, alors que vous dormez. Il faut savoir aussi que parmi les 350 hauts fonctionnaires, 28 vont bénéficier d’appartements de fonctions, de 120 à 290 m². Ceux-ci, standing oblige, donnent bien entendu directement sur le jardin du Luxembourg. Ces privilégiés de la République vont payer un loyer immuable et imbattable de 600 euros par mois, parking et charges comprises ! Ici, pour l’anecdote, vous pouvez consommer le whisky le moins cher de France, 50 centimes d’euros le verre. Mais ça n’est pas la seule denrée qui ne connaît pas la crise des surtaxes… Oui, ça n’est pas un hasard si certains aimeraient mettre leur nez dans les comptes du Sénat!

Nos Ambassadeurs une fonction obsolète ?

A l’heure de la communication moderne, internet, télévisions, radios, médias et agences de presse comme de renseignements, où tout ce qui fait l’information nous donne l’impression d’aller à la vitesse de la lumière … Mais surtout parce que tout ce qui fait notre politique étrangère se décide à l’Elysée et de moins en moins dans nos ambassades… Certains se posent la question de savoir à quoi nous servent en 2008 ces institutions qui coûtent cher à l’Etat. Or, il y a toujours plus d’Ambassades, au minimum 160 et chaque ambassadeur, démarre d’entrée de jeu avec un salaire de 22.500 euros/mois. Sommes auxquelles il faut ajouter, tout son cortège d’avantages en tous genres pour le personnage de l’Etat comme pour sa famille. Ce qui faisait dire à un Ministre de Jacques Chirac «ils arrivent avec une brosse à dent et repartent les rêves pleins la tête et le compte en banque bien garni…».

Mais ils ne sont pas les seuls ?

Ainsi à l’Education Nationale les privilégiés, sans obligation de résultats, pourraient avoir pour fonction “Proviseurs des grands lycées”, particulièrement parisiens. En effet ces derniers, au-delà de salaires importants, peuvent bénéficier eux aussi d’appartements de fonction gratuits, net d’impôts, allant jusqu’à 390m². Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, voyez les Conseillers d’Etat qui disent le droit, les Conseillers à la Cour des Comptes qui doivent traquer l’utilisation anormale de l’argent de l’Etat. Sauf, pour ces derniers avec une petite nuance que leur rappelle la République : l’obligation de résultat. Mais franchement, là comme ailleurs, qui peut garantir que l’optimisation de résultats est la règle incontournable ?

Un statut purement gaulois ?

A l’inverse de ce que certains voudraient nous faire croire, aucune équivalence de privilèges n’existe dans aucun autre pays au monde. Seule, la France a su créer ce “mal franco-français” qui pourrait se doubler d’une autre injustice, celle de voir ces hauts fonctionnaires devenir Sénateurs ou députés. Car dans ce beau pays qui est le nôtre, le mélange des genres existe et là pas de distinction de “Droite ou de Gauche”…
N’est-ce pas chez nous que nos députés se sont votés à l’unanimité une compensation financière si d’aventure ils étaient battus ? Et oui, depuis 2007 tous les députés battus toucheront le même salaire durant toute la mandature, soit 5 années, et ensuite 1 750 euros, jusqu’à leur mort. Mais aussi, alors qu’aux Etats-Unis comme dans la plupart des démocraties, un haut fonctionnaire élu doit immédiatement démissionner de la fonction publique, chez nous ils ne démissionnent pas. Probablement l’une des raisons majeures qui fait que nos deux Assemblées comptent beaucoup d’élus fonctionnaires qui, s’ils sont battus à une élection, vont revêtir à nouveau leur habit de fonctionnaire. Plus injuste encore, au moment de leur retraite ils vont même cumuler la retraite d’élu avec celle de la fonction publique…

Peut-on casser le jouet ?

Entre-nous est-il possible de changer les choses ? La logique voudrait que non, car n’oublions pas que ceux qui ont les moyens de le faire, sont aussi ceux qui n’ont aucun intérêt à la suppression de ces privilèges ? Oui, où a-t-on vu des privilégiés accepter d’abandonner, du jour au lendemain, leurs privilèges sans faire d’histoire ? D’autant plus encouragés, il faut bien l’avouer, que nous-mêmes souhaiterions bien voir nos enfants intégrer cette caste. Que nous ne trouverions rien à redire si l’un de nos proches faisaient partis de ces élus… Mais surtout, et c’est bien connu en France, nous sommes incapables de réformer, même l’intolérable… Sauf si l’opinion publique venait à s’en mêler, ce qui pourrait se faire sentir bientôt…

Au fait, pourquoi sommes-nous toujours les seuls à payer l’addition ?

Car aujourd’hui, crise ou pas et plus qu’hier, tous les élus, de gauche ou de droite, vont demander aux Français de se serrer encore plus la ceinture. Pour essayer de faire baisser la terrible dette de l’Etat, au minimum de plus de mille milliards d’euros, mais pas seulement. Ces prochaines semaines, ces prochains mois, les suppliques des candidats à la Présidentielle à être plus responsables ne manqueront de nous être adressées… les effets de la crise, mais pas seulement. Plus précisément, les hauts fonctionnaires, qui pilotent la réforme de l’Etat imposent l’alignement des retraites des 6,5 millions de fonctionnaires sur celles des salariés du privé. Ainsi, les petits fonctionnaires vont cotiser plus pour leur retraite, vont travailler plus longtemps, et percevront des retraites moins importantes. Mais, pour les hauts fonctionnaires, qui colonisent le pouvoir politique en France depuis Louis XIV, il n’y aura rien de changé. C’est comme toujours la force du pouvoir : «fais ce que je dis, mais pas ce que je fais» !
Mais c’est vrai que l’on pourrait voir d’autres dérives ailleurs, notamment dans les grands groupes qui font l’image et la force économique de notre pays… Ils ont pour nom Veolia, Vinci, Suez, Carrefour, France Telecom, Bouygues, Total, LVMH Eads, Airbus, Renault ou Eiffage… Et même sur le statut de certains petits notables locaux…
Au fait c’est quand la vérité sur tous les abus de pouvoir et d’avantages que certains se sont octroyés et ne sont prêts de céder ?



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