Nicolas et Jean

Au-delà de la fin du procès Clearstream qui vient de s’achever avec “la main ouverte” de Dominique de Villepin vis-à-vis de Nicolas Sarkozy et «sa volonté de servir les Français à la place qui est la mienne» ; plus que l’affaire Polanski qui voit le cinéaste attendre que la Suisse se prononce sur la demande d’extradition américaine avec comme seul argument pour Roman Polanski, celui du temps… mais la prescription n’existe pas en Californie ; au-delà aussi de la relance de l’affaire du petit Grégory, vingt-cinq années après sa mort (des traces d’ADN retrouvées sur les pièces du dossier et du départ de TF1 d’Axel Duroux après une situation conflictuelle avec le PDG Nonce Padini, c’est essentiellement ce qu’on peut appeler “l’affaire Jean Sarkozy” qui mobilise depuis deux semaines l’ensemble des médias et de l’opinion publique, nationale comme internationale.

 
En effet, sondages, remous dans l’électorat de droite (64 % des Français et 51 % des sympathisants de l’UMP désavouaient cette décision), crainte d’une remontée du FN à la veille des Régionales et juste après “l’affaire Mitterrand”, effet donc cumulatif qui a réalimenté d’autres critiques notamment sur l’aspect inégalitaire de la politique du Chef de l’État, accusation rejetée de népotisme mais aussi décalage par rapport aux valeurs traditionnelles de la droite, autant d’éléments qui, après le tollé national et international, ont conduit à la réflexion puis poussé Jean Sarkozy à renoncer à briguer la Présidence de l’EPAD. Renoncement qui pourrait conduire le 4 décembre à l’élection d’un haut fonctionnaire à la tête de l’institution (Jean-Marc Michel, du Ministère de l’écologie fait figure de candidat le mieux placé).
Quelles leçons tirer de ce renoncement et de cette décision ? Pour la première fois depuis son accession à la Présidence de la République, Nicolas Sarkozy a cédé devant l’opinion publique, a reculé devant l’obstacle malgré une vaine contre-attaque, menée avec force, contre les médias et “leur complot”. En personnalisant l’affaire («À travers mon fils, c’est moi qui suis visé») l’échec du fils – malgré son talent oratoire où perce le mimétisme paternel – est, pour un certain nombre d’observateurs, aussi l’échec du père qui s’est paradoxalement pris lui-même à contre-pied au point de provoquer même un “auto-croche pied”: hiatus et paradoxe à vanter le jour de la réforme des lycées la méritocratie républicaine (et la fin du “privilège des naissances” au cœur ardent de la polémique.
À la moitié du quinquennat il appartient au Président de tenter d’effacer le mal qui est fait en prenant un certain nombre d’initiatives : s’entourer d’hommes – conseillers ou ministres – qui sont en mesure de l’alerter avant tout, tir nourri de critiques, montrer à l’opinion qu’il a compris la profondeur du désarroi français, éviter que d’autres polémiques ne s’ouvrent – au risque d’épuiser l’opinion publique qui a déjà une réaction de désenchantement vis-à-vis du et des politiques – tenter de reprendre idéologiquement la main en reprenant sa thématique de “l’ordre juste de l’effort et du mérite”, effacer l’image de “République bananière” ardemment développée par la presse internationale pendant quinze jours.
À trois ans des Présidentielles, à cinq jours de l’éventuel envoi en correctionnelle de Jacques Chirac, c’est peut-être du côté du symbolique qu’il faut désormais regarder. Occasion de méditer ce constat du sociologue Michel Pinçon : «Sarkozy du côté du symbolique, n’est pas au point. Il est populiste. Dans sa manière de s’exprimer, il fait peuple. Il n’en impose pas, or le secret du symbolique est d’en imposer. Il peut être lâché très vite. De Gaulle était l’inverse : pas nécessairement aimé, il impressionnait. Il en mettait plein la vue. Pompidou aussi, parce qu’il était très cultivé comme Mitterrand. Le problème du populiste est qu’on ne le respecte pas car il ne met pas de distance.»

Stéphane Baumont


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