Ne dites pas à ma mère que je suis Franc-Maçon…… Elle croit que je fais des heures “sup” pour améliorer mon quotidien…

C’est Bernard de Chartres qui, dans l’Epistola XCII, au XIIème siècle déjà, disait que : «Nous sommes semblables à des nains assis sur des épaules de géants. Nous voyons davantage de choses que les anciens, et de plus lointaines, mais ce n’est point grâce à l’acuité de notre vue ou à la hauteur de notre taille. C’est parce qu’ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque»…
Qu’est-ce que la Maçonnerie ?

La France Maçonnerie, prend conscience des différences. Elle ne se laisse pas dépasser par une idéologie obligatoire. Elle travaille sur des questions sans prendre les réponses pour définitives. Elle est composée de rationalistes et de mystiques, d’intellectuels et de manuels, de pauvres et de riches, de sym- pathisants de gauche ou de droite, d’athées comme de croyants. Elle est mue par la vocation essentielle de l’Ordre maçonnique définie dans les constitutions d’Anderson et qui pourrait se résumer en disant que la Franc Maçonnerie a pour but de réunir des personnes qui sans elle, auraient continué à s’ignorer… Qu’elle écrase les différences sociales, professionnelles et idéologiques… Qu’elle unit… Qu’elle accomplit d’une certaine manière la fonction d’Hermès à savoir dépasser les limites, contraindre “les Hommes et les Dieux” à négocier…
Même si l’on relève sa présence quelques siècles avant, on a coutume de dire que la Maçonnerie moderne est née en 1717 à Londres. En ce temps-là, quatre loges qui avaient pour habitude de se réunir, indépendamment les unes des autres, avaient élu domicile dans  quatre tavernes de la ville : “la couronne”, “l’oie et le gril”, “le pommier” et “la grappe et la jarre”. D’un commun accord, toutes décidèrent de se regrouper et ainsi de créer la Grande Loge de Londres. De transformer l’objet des anciennes corporations de tailleurs de pierre en une institution de spéculation intellectuelle conçue sur le symbolisme opératif comme méthode d’introspection voire comme un véritable psychodrame.
A l’origine, la Maçonnerie n’est pas une société secrète, elle est seulement la résonance d’une volonté d’hommes de partager des savoirs, des recherches personnelles voire une passion, une quête pour comprendre comment tourne le monde. Bien entendu, comme institution initiatique elle a nécessairement une relation avec la tradition. Ainsi, la Maçonnerie spéculative ou moderne est née comme le fruit d’une évolution historique unie par les liens de filiation authentique avec les “Corporations et les fraternités des Tailleurs de pierre libres”. En cela, on peut dire que la Maçonnerie est l’Héritière de la tradition et que le Maçon s’insère dans un héritage qui se transmet vers une modernité depuis 1717. D’une certaine façon elle rappelle aussi et engage ceux qui la pratiquent aujourd’hui, qu’elle soit symbolique ou spirituelle, depuis des temps immémoriaux.  

 

La Maçonnerie est un ordre initiatique

Qu’est-ce que l’initiation ? C’est, comme nous le rappelle le dictionnaire, n’importe quelle expérience, n’importe quelle connaissance dont la vertu est de nous émouvoir, de nous transformer ; pour provoquer en nous un processus de changement. Alors, force est de constater que la vie est remplie d’initiations naturelles qui nous transforment : Comme la découverte de la sexualité durant l’adolescence, l’amour, la maternité ou la paternité, la jouissance artistique ; le métier qui nous fera demain…
Plus, loin des fausses idées voire des fantasmes, la Maçonnerie, la méthode maçonnique, ne sont rien d’autres qu’un voyage graduel, selon une méthode rituelle. Le fruit d’une longue tradition historique qui, au fil d’un parcours de progrès ou de construction personnelle, nous fera ou pas ce que nous aurons désiré être : un Homme de valeur. Le mot construction n’est pas, dans ce cas de figure, une simple allégorie, une simple représentation littéraire car ce que la Maçonnerie propose au travers de l’initiation est justement une “représentation pour notre vie personnelle”. Oui, cette allégorie n’est autre que celle de la construction de soi. L’origine du cheminement maçonnique se retrouve, à mon sens, dans la découverte, avant la lettre et par la Maçonnerie, de ce que l’on appelle et expérimente aujourd’hui en psychologie, le “développement personnel”, le psychodrame, la dynamique de groupe, la psychologie profonde,…
Sauf que, bien avant bon nombre de penseurs ou de scientifiques, les Tailleurs de pierres et les Bâtisseurs du Moyen Age découvraient une réalité psychologique lourde de conséquences : lorsque nous agissons sur la réalité, nos faits n’impactent pas seulement le périmètre proche de nous-mêmes, mais, d’une certaine façon influent sur notre propre personnalité. Ce constat, ils nous en rendirent compte par une phrase laconique qui contient le fondement de la méthode maçonnique : «ce que tu fais, te fait».

 

L’Art de la vie…

La notion d’Ordre fait de la Maçonnerie, une forme associative particulière. Elle a, par nécessité, une composante associative ou plus précisément affiliative que l’on pourra comparer à n’importe quelle autre structure de même type fondée sur l’acceptation d’adhésion consentie par ses membres à un objet et déclarée normalement en préfecture. Sauf qu’elle n’est pas que cela, et que l’on ne peut surtout pas la réduire à un club social ou un athénée. La Maçonnerie se conçoit nécessairement, volontairement et par définition sur une tradition professionnelle antérieure à celle des membres qui la composent. Ces derniers s’engageant sur une sorte de mandat constituant tacite dont on ne peut s’éloigner arbitrairement sans le vider de son sens premier, lui ôter son caractère initiatique.
Cette composante constitutive, cette colonne vertébrale, cette caractéristique qui constitue la Maçonnerie et en fait un ordre à part, se trouve défini dans ses rituels. Dans ce que l’on appelle la “méthode symbolique” qui se pratiquent dans ses lieux de rencontres baptisés : la Loge. Une méthode symbolique qui va se traduire tout d’abord par son organisation en trois grades hiérarchiques : Apprenti, Compagnons et Maîtres. Mais aussi et surtout qui, par sa forme comme son mode de relation au sein de la loge même, par le déroulement de ses tenues, c’est-à-dire de ses réunions pour les profanes, par tous les aspects spécifiques de la communication entre les Hommes : gestuelle, affective, inconsciente, prise de parole… vont lui donner une dimension supérieure.
Alors, force est de constater que comme pour toute démarche philosophique, mais pas seulement, la Maçonnerie se définit par la volonté de ses membres, la prise de conscience de leur rôle à jouer dans la société et simultanément par leur fidélité au respect de la tradition de référence, comme meilleur moyen pour y arriver.
Oui, la Maçonnerie ne peut se comprendre sans référence à la méthode dite maçonnique et à son sens initiatique. C’est l’initiation qui va conférer à la maçonnerie quelque chose de plus qu’à un simple club “éclairé”. C’est elle qui nous permet de considérer sa méthode comme un authentique moyen de progrès personnel. C’est elle et seulement elle qui a donné et donne la perspective de perdurer dans le temps et au-delà du bon vouloir des Hommes comme des Hommes… 

  

Etre Initié…

L’initiation n’est pas simplement d’ordre intellectuel et n’a surtout pas pour objet de satisfaire la curiosité par la révélation de certains secrets cachés et inaccessibles au profane. Ce à quoi elle nous permet d’accéder n’est pas une science plus ou moins occulte, ni une philosophie qui donnerait la solution à tous les problèmes : c’est un Art ; l’Art de la vie. Un Art qui va se révéler tout simplement en prenant conscience et progressivement, pour peu qu’on ait une détermination forte à s’engager, par notre transformation intérieure soutenue par l’acquisition de “Lumières”. De signes supérieurs qui ne sont pas à proprement parler des connaissances inaccessibles au commun des mortels, mais au contraire des habitudes mentales, des règles de conduite, de nouvelles étapes à franchir qui interviennent dans un destin de vie personnel… Comme le débutant devant son piano, des gammes à répéter chaque jour, à chaque instant de liberté mentale ou pas. Avec l’impression, qui nous tenaille au plus profond de nous, que rien n’avance comme promis. Malgré la persévérance que l’on n’a pas acquis le moindre espace de mélodie et puis un jour tout s’é-claire, on vient de passer un cap… On prend conscience que l’on existe…
Oui, l’initiation est le début, le signe que l’on s’engage dans un processus de transformation personnelle. Chacun de nous et quelque soit son rang dans la société, sa formation, sa culture, ses a priori, contient en lui la force et les moyens de se transformer. Ici, elle se fera en accord avec une tradition d’origine professionnelle, jalousement préservée pour l’essentiel et continuellement repensée dans son interprétation. La méthode initiatique se donne pour objet “l’éveil de la conscience”, l’accroissement des “lumières” de l’individu, lui confiant l’expérience de l’Ordre accumulée au cours du temps et de l’espace. Mais cela ne peut se faire simplement par un travail personnel et solitaire comme si chacun était comme une boule de billard qui effleure les autres. La Maçonnerie y ajoute une composante affective et collective qui permet, et d’une certaine façon oblige, à mêler notre propre biographie à celle des autres frères et plus particulièrement ceux de la loge. Chaque franc-maçon est dit libre, mais cette liberté n’empêche pas de s’unir aux autres maçons lors d’une chaîne d’union étroite, de façon à y être intégré comme l’une des pierres d’un édifice collectif. Ainsi, chaque loge est non seulement comme un “Ashram”, mais il s’y développe en plus une “dynamique de groupe” nouée se-lon la forme traditionnelle et symbolique du rituel.

 


L’Art Réel…

La Maçonnerie trouve sa source dans le cadre de valeurs communes, tout en étant consciente que toute vie authentique est une rencontre. Des valeurs à partir desquelles chaque maçon construira sa propre perspective de sens. La méthode maçonnique engage à retrouver l’origine, celle à laquelle se réfère tant de grands penseurs, nous interpellant plus précisément sur le peut-on vivre sans références absolues. Face à nos propres limites, à l’anxiété reconnue que procure un monde sans références définies, n’est-il pas normal que chacun de nous s’emploie à rechercher l’originel et même à s’inscrire dans une communauté d’origine ?
Un lieu pensé où la liberté, l’égalité, la tolérance, la justice, la fraternité comme le secret seront les symboles, les forces, les valeurs à défendre et à promouvoir pour se construire soi ? Mais aussi pour être capable demain de les promouvoir et de les défendre pour protéger l’autre, le profane, pour le plus grand bien de l’humanité… Une prise de conscience de ce que l’on se doit d’être vis-à-vis de soi comme de son prochain. Etre, ce que certains appelleront l’image maçonnique de l’homme.
Il n’y a aucune nécessité  impérative à devenir Maçon. Il ne s’agit que d’une possibilité, qui n’en exclut aucune autre pour travailler dans une volonté de “construction intérieure”, sans que ce soit une “arche de Noé” dans laquelle il serait indispensable de s’embarquer pour sauver son salut. La Maçonnerie s’interdit toute forme de prosélytisme qui pourrait influer sur la liberté absolue de celui qui frappe à la porte du temple, comme de celui qui désire un jour se retirer : dans notre jargon se mettre “en sommeil”.
Ce que nous sommes n’est pas seulement ce qui est perceptible, il y a en nous une capacité à être qui se dissimule, juste ébauchée. Une force, diront certains que nous devons mettre à jour et élaborer dans l’accomplissement de notre propre projet. Il y a une clé cachée qui explique ce qui, ici et maintenant, est seulement implicite. Quasi une condition sine qua non qui place l’initié face à l’obligation préliminaire de faire sienne sa condition d’héritier. De prendre en compte, à son compte, les réponses qu’ont données ses prédécesseurs, pour, de cette façon, être dans la meilleure position pour examiner les questions qu’ils ont posées.  
Prendre enfin conscience qu’à l’inverse ou à la différence des autres êtres, vivants ou inanimés, nous les Hommes pouvons inventer et choisir pour partie notre forme de vie, donner un sens à notre vie. Finalement ce n’est pas anodin si nous appelons aussi la Maçonnerie : l’Art Réel.
En fait quoi de plus normal dès que l’on a prêté serment, de se dédier rigoureusement à la plus grande «réalité», la plus grande évidence : la Vie même. Dans cet art de vivre, c’est Art réel, l’Homme étant à la fois : l’artiste et l’objet de son art, le sculpteur et le marbre, le médecin et le patient, l’alpha et l’oméga… Autant de prises de conscience de soi comme de son rôle à jouer, le tout modéré par la tolérance vis-à-vis de l’autre.
Oui, la tolérance comme credo qui va placer la Franc-Maçonnerie comme la meilleure manière de prendre en compte la complexité de l’humain pour savoir résister à la violence, non seulement physique mais aussi morale, consubstantielle de tout prosélytisme ou dogmatisme. La condition indispensable pour ne pas être prisonnier d’une orthodoxie quelconque ; pour éviter cet instinct de tuer vers lequel conduit tout fanatisme. L’hymne à la tolérance qui va de pair, de façon indéfectible, avec la liberté de penser et constitue l’autre face de la liberté.

 

La Fraternité

Ce n’est pas non plus un hasard si la Maçonnerie a laissé sa trace sur les murs des bâtiments de la République avec la devise “Liberté, Egalité, Fraternité”. Trois valeurs, trois symboles qui posent question : particulièrement celle qui nous rappelle à la Fraternité entre les Hommes. Un “Aimez-vous les uns les autres” qui pourrait même être celui qui rencontrerait le plus d’obstacles et d’oppositions, comme constaté dans notre histoire commune et surtout dans nos propres comportements. Sauf à admettre que le sens profond de la fraternité, ne peut être réduit au seul affectif mais plutôt à être le corollaire des deux autres valeurs essentielles que sont la Liberté et l’Egalité entre les Hommes. La fraternité ne se fonde pas sur une affection élective, faite d’affinités ou de sympathies réciproques, mais c’est une exigence qui s’impose à nous au delà de notre volonté. Comme le lien indéfectible qui nous unit à nos contemporains, à ceux avec qui tant de choses nous séparent, mais aussi tant d’autres nous rapprochent. Ainsi, la Maçonnerie, au travers de ses membres, a soutenu tout au long de son histoire, de multiples initiatives dans la recherche de la paix, de la défense des droits de l’homme, de la séparation des pouvoirs politiques et religieux, de la liberté de conscience, de la lutte contre les préjugés religieux et nationalistes, de la création de mécanisme juridiques et d’institutions qui permettent d’empêcher ou de mettre fin à des conflits. Ainsi, sait-on que bon nombre de Maçons ont pris part ou animé des initiatives comme la Croix Rouge, le Croissant Rouge, les Boys Scouts, la Société des Nations, les Nations Unies, le conseil œcuménique des Eglises, le Rotary club, la ligue internationale des droits de l’homme, le Conseil de l’Europe. Sans dire par là qu’il s’agit d’initiatives ou d’institutions maçonniques, force est de constater qu’elles sont le fruit de la montée générale de la conscience universelle. Mais aussi qu’il est indéniable que la Maçonnerie, directement ou indirectement a contribué à leur développement. Plus, que par bien des côtés, qu’on le veuille ou non, on y retrouve le sceau, l’esprit qui rejoint son idéal… 

 

Rendre la vie, les Hommes plus fraternels…

La Maçonnerie est le mouvement de l’Esprit, dans lequel se retrouvent toutes les dispositions et les convictions favorables à l’amélioration morale et matérielle du genre humain. Elle n’est au service d’aucune tendance politique ou sociale particulière. Sa mission est d’étudier de façon désintéressée tous les aspects de la vie de l’humanité pour la rendre plus fraternelle… La Maçonnerie exige et impose à ceux qui la professent la plus totale et sincère tolérance.
Celui qui n’a pas la sérénité d’âme suffisante pour être profondément tolérant avec toutes les croyances et avec toutes les opinions honorablement révélées, ne peut être Maçon.
Mais surtout, ne pas oublier aussi que l’esprit fraternel du Temple doit être l’écrin qui continue d’entourer le Maçon impliqué dans la vie de la cité. Cet esprit doit l’animer dans sa vie privée, dans la rue, au club, au parlement, au gouvernement, dans les réunions…
L’Homme, la Société, la Nature vivent parce qu’ils luttent et progressent parce qu’ils gagnent.
Quand arriverons-nous à la conviction que l’essence définitive du monde n’est ni matière, ni âme, qu’elle n’est pas une chose déterminée mais une perspective ?

André Gérôme Gallego
Avec le soutien, les lectures et les conseils avisés de bon nombre d’initiés


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