Nathalie Rheims ; « Un pacte avec moi-même »

Nathalie Rheims revient avec “Car ceci est mon sang”, histoire d’amour désincarnée entre une femme et un ange, sur fond de thriller ésotérique qui évoque tour à tour les théories cathares et les recherches scientifiques sur le fonctionnement du cerveau. Un ouvrage qui reprend des thèmes chers à cette auteure mystérieuse et mystique et qui nous fait voyager dans les limbes de l’imaginaire. Rencontre.

 
Nathalie Rheims, comment est née l’idée de ce roman “Car ceci est mon sang” ? On parle d’une révélation que vous avez eue lors du dernier spectacle de Mylène Farmer…
Je sortais d’une année et d’un deuil extrêmement difficiles (la disparition de son compagnon, le producteur Claude Berri en janvier 2009, ndlr). J’ai d’ailleurs écrit un ouvrage sur mes 10 ans de vie commune avec Claude. Ce livre a été essentiel car écrire est devenu pour moi une nécessité. J’ai mis du temps à me l’avouer mais depuis 12 ans, les livres se succèdent. Mais après la disparition de Claude, j’étais sans ressort, sans désir d’écrire, sans envie particulière même si régulièrement, de grands thèmes autour de la religion m’interpellent. Ce fut le cas pour mon quatrième roman “L’ange de la dernière heure” ou pour “Le cercle de Megiddo”. En faisant des recherches, je suis tombée sur une phrase : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens». Je me suis aperçue qu’il s’agissait d’une phrase issue de l’hérésie des Cathares. Du coup, j’ai commencé à me documenter sur eux, sur leurs théories : cette notion de vivre dans le monde de Satan car celui de Dieu est bon et n’a ni commencement ni fin. Puis, effectivement, le dernier spectacle de Mylène Farmer a eu son importance. Je suis amie avec elle, ce n’est pas un secret. Lors de l’une de ses représentations à Nice, j’ai eu un coup de foudre, une émotion esthétique sur sa chanson “Points de suture” et le film d’Alain Escalle diffusé sur les écrans géants. On y voit un couple de danseurs et il y a chez le garçon quelque chose de l’ordre de l’ange, d’assez surnaturel. J’ai donc bâti ma fiction autour d’une histoire d’amour entre une femme et un ange, et les Cathares sont arrivés très vite dans la construction du livre. Tout s’est entremêlé.

Le titre, la couverture et certains thèmes du livre peuvent paraître provocateurs. Etait-ce intentionnel ?
La couverture représente le garçon du clip de Mylène Farmer. On dirait un tableau de Cranach. Il a les bras en croix, effectivement, mais il n’est pas en position christique. Quand on lit le livre, on comprend qu’il s’agit d’un danseur. En ce qui concerne le titre, il a une double résonnance pour moi : “Car ceci est mon sang” signifie l’engagement de l’écriture. Quand j’écris, je passe un pacte avec moi-même.

La foi, une chose fantasmée

Menez-vous une sorte de quête spirituelle à travers vos ouvrages ?

Elle existe malgré moi. Mais je ne m’interroge pas trop là-dessus. Je suis spectatrice des thèmes que je choisis. Je suis issue d’une famille juive avec des parents athées. Dans les familles bourgeoises, les enfants étaient élevés par des nurses, la mienne était catholique. Vers 10 ans, j’ai eu une crise mystique et j’ai cherché à comprendre les religions. Par ailleurs, j’ai eu une éducation portée vers l’art. Tout cela m’a nourri et a nourri mon imaginaire d’écrivain. Quelque part, il y a quelque chose de très “culpabilisé” chez moi, qui m’empêche de le dire de manière plus simple. Ma famille a souffert durant la guerre et c’est donc difficile de dire qu’on est juive et qu’en même temps on croit en la religion catholique. La foi reste une chose fantasmée chez moi. D’ailleurs, je situe mes romans dans une zone particulière, dans les limbes, un monde imaginaire qui relève du mystérieux, du Merveilleux. Cela m’intéresse plus que l’autofiction. Je ne suis pas quelqu’un qui aime déballer.

En même temps, vous évoquez dans cet ouvrage comme dans un bon nombre de vos précédents romans, la relation entre religion et science. Ces deux thèmes sont-ils indissociables pour vous ?
Je me suis beaucoup intéressée aux phénomènes paranormaux qui ont émergé au 19ème siècle, au début de la psychanalyse, aux études de Charcot sur l’hystérie. Des écrivains de cette époque s’en sont inspirés comme Balzac ou Conan-Doyle. Je ne suis pas du tout scientifique mais j’aime les mondes qui s’opposent et qui finalement se retrouvent. J’aurais plus tendance à faire confiance à la science qu’aux tables qui tournent mais dans les romans, le surnaturel ne fait de mal à personne !

 

Un conte mystique et amoureux

Croyez-vous aux anges ?
J’ai une tendance à croire aux anges terrestres, aux anges gardiens. Je pense que quelque chose subsiste des gens qui disparaissent : ils continuent à veiller sur nous. Si on est très sensible à cela, si on est en communion avec les gens qu’on a aimés, on le ressent au quotidien.

Que retenez-vous de vos recherches sur les Cathares ?
J’ai compris pourquoi les catholiques les avaient massacrés car si l’hérésie cathare avait perduré, je pense qu’elle aurait pris une ampleur très importante. L’Eglise en parle très peu.
Il y a une sorte de chape de plomb au-dessus de cette histoire, car les Cathares étaient très avancés dans leurs théories et sur les notions du Mal.

Même si le thème de la religion prédomine dans votre ouvrage, présenteriez-vous “Car ceci est mon sang” comme un roman d’amour ?

Effectivement, je le présenterai comme une histoire d’amour, mais avant tout comme un thriller à ma manière. Un conte mystique et amoureux. Je dis toujours que mes livres sont un voyage, une petite traversée d’un monde fantastique, fait de rêves.

Quels sont vos projets à venir, dans vos divers domaines d’activité ?

Je viens de produire mon premier film seule, sans Claude Berri, car j’ai monté ma propre société de production. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de Saphia Azzeddine, “Mon père est femme de ménage”, avec François Cluzet. Nous venons d’obtenir le prix du public au festival de l’Alpes d’Huez. Le film sortira sur les écrans le 13 avril. Concernant l’écriture, je suis en pleine réflexion…

Propos recueillis
par Sophie Orus


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