Najat Vallaud-Belkacem \ Egalité professionnelle : un engagement, des actions

Parce que l’égalité se construit ensemble, le JT vous invite à un rendez-vous mensuel dédié à l’égalité Femmes /hommes.

L’objectif : Traiter l’actualité régionale, nationale et européenne, vous tenir informés des dispositifs, mesures… événements en matière notamment d’égalité professionnelle au sens large (mixité des métiers, égalité salariale, mixité des formations… place des femmes dans les lieux de décisions, articulation des temps de vie…) Nous inaugurons cet espace par un entretien avec la Ministre des Droits des Femmes et Porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

 

Quel est, pour vous, l’enjeu majeur au regard duquel votre ministère doit agir, en termes d’égalité professionnelle ?

La journée du 8 mars a été l’occasion de rappeler un triste état de fait : en France et dans le monde, l’égalité femmes-hommes est loin d’être atteinte, notamment dans le monde du travail. Les derniers chiffres de l’INSEE sont éloquents : les écarts de salaires sont, encore aujourd’hui, de 18% dans le secteur public et de 28% dans le secteur privé. En décembre dernier, déjà, nous avons renforcé les procédures de contrôle sur les entreprises en la matière, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à 1% de la masse salariale. Mais il faut bien comprendre que cet écart ne s’explique pas uniquement par une volonté de discrimination salariale au sein des entreprises. Il s’explique pour moitié par les problèmes de précarité dont les femmes sont les premières victimes. Aujourd’hui, 80% des travailleurs à temps partiel sont des femmes. C’est considérable.

Notre enjeu primordial en termes d’égalité professionnelle est donc, avant tout, la lutte contre la précarité des femmes due au temps partiel subi.

Vous avez la volonté de moraliser le temps partiel. Quelles mesures allez-vous mettre en œuvre pour mieux l’encadrer ?

Lorsqu’une salariée travaille moins de 15h par semaine, elle n’a pas accès aux indemnités journalières en cas d’arrêt maladie, et ne valide pas ses trimestres de retraite. La précarité recouvre donc des problématiques très larges, qui touchent au cœur des inégalités professionnelles.

En ce sens, je me réjouis des avancées permises par l’accord du 11 janvier, signé par les partenaires sociaux. Les organisations syndicales et patronales se sont en effet accordées sur un certain nombre de mesures en matière de temps partiel, notamment chez les femmes. On ne peut que se féliciter de l’instauration d’un seuil minimal horaire de 24h par semaine. Il permettra en effet aux salarié(e)s concerné(e)s d’avoir enfin accès aux indemnités journalières en cas de maladie, ou encore à une couverture chômage en cas de rupture du contrat. Il s’agit là d’une avancée majeure qui permettra de corriger les inégalités professionnelles dues au temps partiel. Les droits des salariés, et en particulier ceux des femmes, seront bel et bien renforcés.

 

La reconnaissance, la valorisation du leadership féminin constitue un facteur important au regard du développement de l’égalité professionnelle. Que comptez-vous faire pour favoriser leur développement ?

Aujourd’hui encore, les femmes accèdent rarement aux postes d’encadrement supérieur, y compris dans les secteurs dits féminins. Afin de remédier à cette réalité, nous devons agir sur tous les leviers. Outre la mise en œuvre de l’objectif de 40% de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises à l’horizon 2017, la présence des femmes dans les comités exécutifs (COMEX) et de direction (CODIR) doit être renforcée. J’ai engagé un travail avec quinze grands groupes sur cette question. Le 9 avril prochain, j’organise une conférence nationale au cours de laquelle des conventions seront signées entre mon ministère et les dirigeants de ces entreprises. Chacun d’entre eux s’engagera sur des objectifs chiffrés en termes de présence de femmes dans les COMEX et CODIR. Par ailleurs, je tiens à ce que l’Etat lui-même montre l’exemple. Nous le faisons déjà, puisque la loi du 12 mars 2012 soumet l’Etat à des obligations concernant la place des femmes dans les emplois supérieurs de la fonction publique.

 

Malgré les dispositions législatives, les inégalités professionnelles persistent entre les femmes et les hommes (plafond de verre, inégalités salariales…). Sur quels leviers peut-on agir afin d’atteindre une véritable égalité ?

Lors de mon arrivée au gouvernement, j’ai rapidement fait le constat d’un arsenal législatif très étoffé en matière des droits des femmes, mais massivement inappliqué. Je suis convaincue que, pour que la loi soit effective, il faut faire évoluer les mentalités. Or les stéréotypes sexistes alimentent et légitiment les inégalités. Trop souvent, les femmes elles-mêmes intériorisent leur situation d’infériorité, et finissent donc par l’accepter. Faire reculer cette situation suppose de lutter contre les représentations sexistes dès le plus jeune âge. C’est pourquoi je souhaite que l’école joue pleinement son rôle dans cette démarche. Nous avons ainsi mis en place le programme « ABCD de l’égalité » qui s’adresse à l’ensemble des élèves de la grande section de maternelle au CM2 et à leurs enseignants. Il vise à déconstruire des idées reçues sur les qualités présumées des filles et garçons, sur les métiers qui s’offrent à eux etc. Cet outil pédagogique sera expérimenté à la rentrée 2013 dans dix académies et sera ensuite généralisé dans toutes les écoles. Car l’égalité femmes-hommes passe avant tout par l’égalité filles-garçons. J’en profite pour saluer l’initiative du Journal toulousain, car c’est avec ce type de démarches que l’égalité avancera, partout sur nos territoires.

 

Propos recueillis par Brigitte Camboulives

 



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