Nadia Pellefigue « L’égalité est possible et bénéfique pour tous »

Le 5 décembre prochain, le conseil régional va célébrer les 10 ans du Prix de l’Egalité professionnelle qu’il a mis en place. L’occasion de faire le point avec Nadia Pellefigue, vice-présidente de la région, sur la politique de cette collectivité en matière d’égalité Femmes/Hommes ; Midi-Pyrénées ayant été choisie comme territoire d’excellence par la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem.

Il y a dix ans, la Région a mis en place le prix de l’Egalité professionnelle pour identifier et promouvoir les bonnes pratiques dans ce domaine. Quelles actions mises en place par les entreprises vous ont-elles le plus marquée ?

Toutes ! Très franchement, l’ensemble des actions mises en œuvre par les lauréats des précédentes éditions du Prix de l’égalité professionnelle est remarquable. L’égalité professionnelle n’est pas facile à réaliser. Dans cette période de crise, les entreprises peinent parfois à remplir leur carnet de commandes, luttent pour leur survie. Et pourtant, certaines font le choix d’aller au-delà des obligations légales. Elles ont raison et c’est celles-ci que la Région récompense. Encourager l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, c’est chercher à conjuguer performance économique et sociale à moyen et long termes.

Quelles actions les plus innovantes ce prix a-t-il pu mettre en lumière ?

Par exemple, quelque chose de tout simple mais c’est souvent là que l’innovation se trouve : rédiger les titres et les offres d’emploi de manière non sexuée pour augmenter le vivier potentiel, et donc la mixité. C’est ce qu’a fait Kérimel, entreprise de découpe et conditionnement de viande pour les producteurs et de vente pour les particuliers. Pour permettre aux salarié-e-s de mieux articuler temps de vie professionnelle et privée, et être de fait plus concentré-e-s et donc efficaces sur le temps de travail, les créations de crèches d’entreprises ou la réservation de places de crèches pour ses salarié-e-s sont décisifs. Mobilisant des budgets importants, on trouve davantage cela dans les grandes entreprises telles que Motorola ou Ratier Figeac. Mais des TPE ou PME peuvent favoriser la mise en œuvre du télétravail par exemple comme l’a fait Cocagne et Compagnie. Je suis impressionnée aussi par les entreprises qui mobilisent réseaux et budgets spécifiques pour corriger les inégalités salariales et favoriser un « rattrapage » rapide comme chez Orange par exemple.

Quel est selon vous la plus grande vertu de ce prix ?

L’objectif est d’être incitatif et de valoriser les entreprises qui jouent la carte de l’égalité professionnelle. Mais malgré l’inscription de l’égalité des droits dans la Constitution et neuf lois relatives à l’égalité professionnelle, on en est toujours loin. Les chiffres sont maintenant connus : -27% pour les salaires des femmes, majorité de temps partiels contraints, … Dans le même temps, les femmes représentent aujourd’hui 48% de la population active et ont un niveau d’éducation qui dépasse aujourd’hui celui des hommes. Il faut donc accompagner les entreprises pour progresser de manière significative. Elles ne sont pas « contre » l’égalité, elles ne savent tout simplement pas comment y contribuer. Le Prix de la Région Midi-Pyrénées sert à rendre visibles, faire connaître des actions inconnues et qui sont pourtant exemplaires, parfois à coût nul et pourtant contribuant efficacement à la compétitivité à moyen et long termes.

Les entreprises ont jusqu’au 30 octobre pour adresser leur candidature au Conseil régional…

Oui et je souhaite indiquer que nous proposons via Artemisia, bureau d’étude, un accompagnement gratuit aux entreprises qui seraient intéressées par le fait de concourir mais qui ne disposeraient pas, ou insuffisamment, des ressources en interne pour constituer le dossier. Il est simple, téléchargeable, mais parfois un coup de pouce permet à des entreprises de candidater et de valoriser ce qu’elles font !

Le 5 décembre, la Région récompensera donc les entreprises lauréates…

Oui, ce sera un bel événement. 10 ans, ça se fête et ça permet de mesurer le chemin parcouru. Il en reste à faire, c’est l’évidence, mais soyons positifs pour rester mobilisés.

Dans le cadre de cette sensibilisation, vous intervenez très en amont auprès des jeunes dans les lycées, CFA, au travers d’un appel à projet annuel « lycées égalité Midi-Pyrénées ». Son objet est en outre de promouvoir les actions innovantes favorisant l’égalité filles/garçons (en matières d’orientation, de prévention des violences, d’accès à la contraception…) Quels projets ont été retenus ?

Il est important que les jeunes, filles et garçons, soient des acteurs de l’égalité. Les citoyen-ne-s, les entrepreneur-e-s, les inventeurs de demain, ce sont eux. L’appel à projets « Lycée-Egalité-Midi-Pyrénées » a connu un énorme succès, avec des dizaines de candidatures, majoritairement très qualitatives, ce qui allait au-delà de nos prévisions… et de l’enveloppe budgétaire allouée ! Le choix a été difficile. Le jury composé d’élu-e-s régionaux, que j’avais l’honneur de présider, a retenu les projets les plus innovants, ayant une envergure régionale ou vocation à être régionalisés s’ils rencontraient succès auprès des jeunes. Je tenais à ce que bon nombre d’entre eux utilise des medias (réseaux sociaux, radios, blogs…) ou des supports qui retiennent leur intérêt et favorisent les échanges. Par exemple, dans le Gers, les jeunes vont élaborer et éditer un agenda de l’égalité –support très important dans leur quotidien -, avec pour objectif un jour, un événement pour l’égalité comme l’indique notre slogan du 8 mars 2013 « En Midi-Pyrénées, le 8 mars, c’est toute l’année ! ». Nous soutiendrons par exemple aussi la création d’un spectacle contre l’hypersexualisation et la réalisation de plusieurs courts métrages par des jeunes âgés de 10 à 22 ans dans le cadre du concours « Buzzons contre le sexisme ».

Vous avez aussi mis en place une démarche volontariste en direction du monde sportif…

Oui le sport est un domaine en permanente évolution. Sa pratique se généralise. Il se professionnalise dans de nombreuses disciplines et rencontre un public masculin comme féminin de plus en plus nombreux. Or, que ce soit dans la pratique amateure ou professionnelle, on constate encore que les femmes, les filles y sont moins visibles ou moins valorisées et que des sports restent l’apanage d’un sexe plutôt que l’autre. Le succès comme les parcours exemplaires des équipes féminines de France de foot ou de hand ont mis en lumière les inégalités de traitement entre femmes et hommes. Nous soutenons les associations sportives, les fédérations qui y sont vigilantes et actrices d’une évolution positive. Il s’agit là d’une des actions de notre plan en faveur de l’égalité 2012-2014  adopté à l’unanimité par l’assemblée plénière de la collectivité. Son bilan sera réalisé en 2014 pour être rendu public en 2015, moment où la Région adoptera également un nouveau plan d’actions dans le cadre de la Charte européenne pour l’égalité dans la vie locale que nous avons signée dès 2007.

Quid de cette égalité en matière associative ?

Le rôle des associations est essentiel en matière de lutte contre les discriminations et de promotion de l’égalité entre femmes et hommes. La plupart mène une action bénévole de terrain qui contribue à faire évoluer les mentalités, à dénoncer les stéréotypes. Au côté des structures connues du grand public pour les services qu’elles offrent aux femmes et les luttes qu’elles ont menées pour leurs droits, telles que le Planning familial ou les CIDFF, des associations lancent de nombreux projets. Je pense notamment à Réseaulument Egalité qui engage tous les partenaires (établissements scolaires, banques, cinéma, institutions,…) qui signent sa Charte et bénéficient ainsi du label, à réaliser au moins une action pour l’égalité par an sous peine de perdre le label. Je pense aussi à Télédebout qui propose des supports audiovisuels aux –jeunes et aux enseignants, à Formation en Ségala qui travaille avec des femmes en recherche d’emploi via des « Kits à ouvrir » pour favoriser leur insertion pro, à Cirque en tous genres qui s’adresse aux femmes victimes de violence et les aide à retrouver de la confiance en elle avec la pratique du cirque associant maîtrise du corps et rire. Ce qui est important, c’est d’inventer toutes les manières de toucher le public le plus vaste possible, pour faire comprendre, démontrer que l’égalité c’est possible et c’est bénéfique pour tous.

Quel avenir pour l’égalité en Midi-Pyrénées ?

Comme l’a défini Najat Vallaud-Belkacem, l’objectif est de passer de l’égalité formelle (prévue par la loi) à l’égalité réelle, c’est-à-dire la vie en vrai ! Seul-e, personne n’y parviendra. C’est un élan collectif qui permettra cela La société y a tout intérêt. Etre retenue comme Territoire d’excellence pour l’égalité par le Ministère Droits des femmes démontre que notre Région agit dans le bon sens. A terme, l’idéal serait qu’il n’y ait plus de politique spécifique en faveur de l’égalité mais que l’ensemble des politiques régionales (transports, éducation, formation, agriculture, industrie, recherche…) intègrent l’objectif d’égalité et y contribue fortement. Nous avons engagé ce travail mais il s’inscrit dans une démarche de long terme : les changements de mentalités prennent du temps et ne se décrètent pas. Ils se préparent. Patiemment, avec détermination.

Quels sont pour vous les champs d’actions les plus importants dans ce domaine ?

La jeunesse, l’éducation et la formation professionnelle. Ces trois champs de compétence régionale préparent l’avenir. Il faut donc s’en préoccuper maintenant pour que demain soit plus égalitaire.

 

 Par Brigitte Camboulives



2 COMMENTAIRES SUR Nadia Pellefigue « L’égalité est possible et bénéfique pour tous »

  1. Patrick AUBIN dit :

    Vouloir l’égalité matérielle ou physique est une hérésie idéologique : l’égalité du contrat social en France est l’égalité des droits. Le droit fondamental de la France, c’est le droit naturel, pas le droit positif construit par les politiques qui suivent les idées perverses de Marx. La politique n’est pas la croyance dans une utopie mais la raison du droit fondamental qui est de garantir à chacun la liberté, la propriété, la sécurité et la résistance à l’oppression… Qui sont les droits naturels et imprescriptibles, pas de les bafouer au nom d’une pseudo égalité qui repose sur le mercantilisme.c’est tout simplement une escroquerie quand on sait que tous les régimes qui ont mis en place cette idéologie se sont toujours effondrés.

  2. teledebout dit :

    Nous remercions la région Midi-Pyrénées et en particulier Nadia Pellefigue et son équipe pour leur soutien enthousiaste, bienveillant et très efficace depuis 3 ans de notre téléweb http://www.teledebout.org et du concours vidéo jeunesse “Buzzons contre le sexisme”, cette année grâce à ce soutien nous lançons la saison 3, à vos caméra, toutes les infos sur : http://www.teledebout.org/concours

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