Multiples béatifications

L’événement de ce lundi matin – plus que tout autre – est l’annonce par le Président Obama de la mort d’Oussama Ben Laden après une opération militaire américaine entre Pakistan et Afghanistan. Le monde entier a réagi (liesse aux États-Unis cette nuit) ; chacun y allant de son communiqué de joie et de victoire sur le terrorisme. La question reste entière ; elle se pose dès ce 2 mai 2011 : la mort du leader d’Al Qaïda annonce-t-elle la fin du terrorisme et du groupement qui l’entretient ?

 
La réponse, en terme d’attentats, ne devrait pas tarder ; la volonté des successeurs de Ben Laden étant, s’ils en ont la possibilité, d’exprimer leur existence terroriste par un nouvel acte terroriste. Mais manifestement la victoire que constitue cette mort de Ben Laden renforce, au bon moment, les choix comme la Présidence de Barack Obama. Au-delà de cet événement, à sa manière et, son domaine, indépassable, l’attentat sanglant de Marrakech suscite deux types de commentaires : pour le politologue marocain Mohammed Darif il y a trois hypothèses :
1°) Cet attentat ne viserait pas le Maroc mais les intérêts français, ce serait un règlement de compte de l’AQMI (Al-Qaïda) ;
2°) Refus de certains marocains du processus de réforme institutionnelle initiée par le roi le 9 mars dernier et facilitant la démocratisation ;
3°) Néo-révolutionnaires qui souhaitent créer une situation “à la tunisienne” ou à “l’égyptienne” en “radicalisant” le rapport Peuple-Pouvoir. Pour le Ministre de l’Intérieur Claude Guéant, «la menace terroriste est à un niveau très élevé en France ; il y a des activistes à tendance terroriste en France, les djihadistes ont toujours dit qu’ils voulaient s’en prendre aux pays occidentaux dont la France, directement sur le sol français ou en s’attaquant aux intérêts français à l’étranger». Le tout sur fond de commémoration du trentième anniversaire de la victoire de mai 1981, signant la première alternance de la Vème République depuis 1958, une alternance socialiste avec le désormais hiératique François Mitterrand proche lui aussi d’une certaine forme de béatification (!)

Tout (ou presque) est prévu pour le 10 mai 2011 : chroniques, colloques, conférences, expositions, vente de 5 000 timbres à l’effigie du Président, dix mille tee-shirts à l’effigie du visage du candidat gagnant ; téléchargement de “mondixmai” gratuit ; mise au point d’un hit-parade des phrases de François Mitterrand comme «Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas». Voilà la pré-campagne électorale presque au-delà du tour de chauffe ; voilà la bataille de l’héritage lancée au cœur ardent de la campagne des primaires du PS ; voilà le temps des produits dérivés d’un des “papes” du socialisme du XXème siècle qui sut faire de ses paradoxes une arme, de sa conquête du pouvoir une dynamique pour la pérenniser même en temps de cohabitation. Voilà aussi la pré-campagne vue à travers le prisme universitaire de Michel Maffesoli qui affirme (JDD du 30 avril 2011) que «plus Sarkozy est bas dans les sondages meilleur c’est pour lui… le fait qu’il soit bas fait qu’on prend pitié… Pour gagner en 2012 il ne doit pas changer… or il est en train de changer sur ce qui fait ses possibilités de réussite : une culture classique affichée, le fait qu’il gomme ses tics et le côté bling-bling». Et l’universitaire de saluer le bricolage idéologique, l’adaptation, la capacité de changement d’un candidat – tout en s’interrogeant, à un an des élections présidentielles : «Pourquoi tant de haines ?» C’est justement dans les réponses données à cette question (“hai- nes” étant libellé au pluriel d’accusation) que se trouve la clé des problématiques de campagne et des capacités de contre-attaque de celui qui se trouve être aussi, parfois, par moments… Chef de guerre !

Stéphane Baumont


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