Molex; Le bras de fer continue

Alors que les salariés de Molex de Villemur-sur-Tarn, usine spécialisée dans la fabrication de composants électroniques et menacée de fermeture, se mobilisent depuis octobre dernier pour sauver leurs emplois, le gouvernement fait une ultime tentative pour renouer le dialogue avec les dirigeants américains. Retour sur un conflit entre le village gaulois et les envahisseurs américains.

 
Un conflit symbole

Cela fait désormais 10 mois que les salariés de Molex sont entrés en résistance face à la volonté de leurs patrons américains de fermer leur usine de Villemur-sur-Tarn et de rapatrier la production aux Etats-Unis. Dans un contexte de crise économique propice aux plans sociaux, la mobilisation des Molex est devenue un symbole : blocage, grève, séquestration et violences envers les dirigeants, mais aussi solidarité, détermination (les salariés ont établi un tour de garde durant les vacances de fin d’année et ont passé Noël et le Nouvel An devant leur usine), soutien des élus locaux et nationaux. Alors que d’autres se battent pour obtenir un meilleur reclassement et des indemnités revalorisées, les Molex refusent purement et simplement la fermeture de leur usine.

Quelle alternative économique pour Villemur ?

Molex se situe à plusieurs dizaines de kilomètres de Toulouse et reste dans une zone enclavée et faible d’un point de vue industriel. La commune de Villemur-sur-Tarn pourra-t-elle se relever de la fermeture de l’usine ? Rien n’est moins sûr, d’autant plus que l’activité de Molex, spécialisée dans la fabrication de composants électroniques, est en net recul ces derniers mois. Les 300 salariés auront du mal à être recasés à Toulouse où une entreprise similaire, Freescale, vient de lancer son propre plan social.

 

La piste d’un repreneur s’éloigne

Fait rare, les irréductibles salariés de Molex ne se battent pas pour revoir à la hausse les indemnités de licenciement ou pour assurer le reclassement de leurs collègues. Ils refusent purement et simplement la fermeture de leur usine. La piste d’un repreneur semble donc répondre au mieux à leurs attentes. Le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, a affirmé la semaine dernière qu’il «fallait rechercher toutes les solutions positives envisageables pour le maintien de l’activité sur le site mais aussi en faveur d’une diversification». Le gouvernement est donc sur la même longueur d’onde que les syndicats, comme le précise Denis Parise, délégué CGT : «Il nous faut absolument continuer l’activité au-delà de fin octobre pour aller vers une diversification. Il y aurait des possibilités dans l’aéronautique, mais il faut trois ans pour avoir les homologations, donc d’ici là on ne doit pas fermer.» Mais si les noms de constructeurs automobiles ont circulé, la direction de Molex a mis fin aux espoirs des salariés dans un récent communiqué : «Il ne faut pas créer de faux espoirs pour les salariés de Villemur. Les discussions qui viennent de se terminer ont démontré que le site n’était pas, en tant que tel, viable sur le plan économique», a déclaré Marcus Kerriou, co-gérant de Molex Automotive.

La médiation de la dernière chance

Devant cette situation de blocage, le gouvernement a décidé la semaine dernière de jouer son va-tout en nommant un médiateur sensé renouer le dialogue entre les deux parties. C’est à Francis Latarche, ancien directeur régional du travail au ministère des transports impliqué dans le conflit avec les routiers, que revient la lourde tâche de négocier avec les salariés et la direction. «Je suis pour des négociations sociales et au-delà. Les deux parties veulent discuter, sinon elles n’auraient pas demandé la mise en place d’une médiation. Mais j’attends que la direction clarifie la situation.» Après avoir rencontré les représentants syndicaux des salariés la semaine dernière, l’ambiance n’était pas à l’optimisme : les Molex restent campés sur leurs revendications et sceptiques quant à la marge de manœuvre du médiateur. La direction parle de son côté d’une «rencontre fructueuse» suite à son entretien de plus de 3 heures avec Francis Latarche vendredi dernier : «La discussion a été ouverte et constructive», selon Marcus Kerriou. «Nous sommes confiants dans le fait que cette médiation va nous permettre de trouver une issue au conflit et de renouer les négociations avec les représentants des salariés, dans le but de trouver très rapidement des solutions.»

 

L’horizon se ternit

Malgré la nomination d’un médiateur, le gouvernement n’a que peu de marges de manœuvre et semble impuissant face au colosse américain. Réunis par Christian Estrosi ce mardi, les dirigeants de Molex ont réaffirmé leur détermination à fermer leur usine même s’ils acceptent à demi-mot de rencontrer dans les prochains jours d’éventuels repreneurs. Ce jeudi, le médiateur réunira les différentes parties à la préfecture de Haute-Garonne alors qu’un CE doit se tenir à Blagnac, près de Toulouse. Mais les élus du personnel refusent d’y participer tant que les dirigeants ne verseront pas les salaires d’août et ne donneront pas une date de réouverture de l’usine. Le feuilleton continue mais l’épilogue d’octobre approche…

Sophie Orus


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