MoDem; Paris un peu trop puissant

Le Conseil national du Mouvement Démocrate, réuni le 14 mai dernier, a adopté, après plus de 4 heures de débats et l’adoption de plusieurs amendements, le projet de règlement intérieur provisoire du mouvement, qui sera définitivement voté par la première conférence nationale. Rémy Daillet-Wiedemann, Conseiller National du Mouvement a lui, voté contre. Il s’en explique.

 
Rémy Daillet-Wiedemann, vous êtes Conseiller National du Mouvement Démocrate et vous revenez de Paris. Vous vous êtes illustré en vous retrouvant seul à voter contre le Règlement Intérieur du Mouvement Démocrate, sur 180 voix. C’est un peu curieux de voter contre un parti qui démarre, non ?
Si vous voulez. Mais ce qui serait plus curieux, ce serait que tout le monde pense la même chose. Comme le dit François Bayrou, «si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons rien».

Il y a des choses contre lesquelles il fallait voter ? C’est pourtant le premier parti français du XXIème siècle, et qui se veut démocrate ?
Oui, justement. Lorsqu’on se fixe de tels buts, il faut être à la hauteur, ou alors s’abstenir. Vous me direz que je suis trop exigeant. Peut-être. Mais il m’a semblé qu’on ne pouvait pas obtenir un parti vraiment futuriste si l’on ne capte pas les compétences qu’il y a dans le public, et si l’on n’équilibre pas les pouvoirs de chacun. Dans notre Mouvement, les dirigeants sont un peu trop puissants et le Conseil National sous employé, cela bride le développement de ce nouveau mouvement plein de promesses. François Bayrou a le discours idéal, il faut qu’on arrive à le rendre réel.

 

Après les déconvenues du MoDem aux Législatives et aux Municipales, pensez-vous qu’il y a encore un avenir pour votre Mouvement ?
Bien sûr. Notre société ne peut pas se contenter d’une vision franco-française des choses, ni d’un bipartisme à l’américaine. Le Mouvement Démocrate a quelle vocation ? Celle de porter toutes les bonnes idées de l’univers politique européen, ouvert sur le monde et sans distinction d’origine. Voilà comment je pourrais résumer les choses. Il faut être réellement connectés aux problèmes de nos sociétés, du monde. Il faut tomber sur le réel comme un rapace sur sa proie. D’autant que, né en France, le MoDem peut représenter en Europe une voix différente de rejet d’un certain mondialisme, d’une Europe libérale ou au contraire technocratique — vous remarquerez que le mondialisme peut revêtir ces deux aspects : libéralisme sauvage et normalisme administratif. Simplement, nous démarrons un mouvement nouveau, mais nous devons nous séparer d’habitudes anciennes. Ensuite, il faut que les adhérents osent s’exprimer, posément, mais aussi avec courage. C’est de courage que nous manquons le plus en ce moment, je l’ai constaté à Paris. C’est vrai au niveau des citoyens, des contribuables, des électeurs : c’est le profil bas. Il y a des raisons de se révolter, mais il n’y a plus l’énergie. Nous avons une société de gentils consommateurs qu’on peut pressurer à merci. Si vous regardez l’Histoire de France, vous constatez qu’il y a eu des jacqueries pour des impôts ridicules par rapport à ceux que nous subissons. Où est passée l’énergie des Français ? Espérons en tous cas que le discours mobilisateur de François Bayrou s’accompagnera d’une dynamique, et le seul moyen pour y parvenir, c’est de rencontrer les préoccupations de nos contemporains les Européens. Voilà pourquoi il est temps que le Mouvement Démocrate sorte de ses fonds baptismaux pour entrer dans la vie réelle.

Quelles sont les prochaines échéances pour le MoDem ?
D’abord, les élections internes de septembre, durant lesquelles nous choisirons les responsables du Mouvement départemental. A cette occasion, j’appelle vos lecteurs à adhérer au Mouvement et à voter en interne pour les candidats qui les représenteront au mieux. Qu’ils me contactent s’ils le souhaitent, je les aiderai volontiers. C’est pour eux une formidable possibilité de participer à un mouvement politique neuf, de rencontrer beaucoup de gens passionnants, de s’approprier la vie de la cité.Ensuite, il y a les élections européennes qui m’intéressent spécialement, parce que c’est vraiment mon monde. Il est urgent de reprendre le chemin de l’Europe. Ce qu’on appelle le “Centre” français s’est laissé engluer dans les retombées des Présidentielles et du référendum constitutionnel. Or, la France va assumer la présidence européenne au second semestre 2008. La France se montrant incapable d’assumer des choix nouveaux et son modèle social ayant vécu, il faut aller puiser dans les nouvelles adhésions de l’Est des forces vives qui dégagent la France de son isolement. En outre, notre pays se laisse ballotter, avec le Traité simplifié et le creusement de ses déficits, par des événements dictés par d’autres. Comme je l’ai récemment fait remarquer à Jacques Barrot (vice-président de la Commission européenne), l’Europe a été jusqu’à présent soutenue par la génération née au moment de la Seconde Guerre Mondiale. Tout cela est complètement dépassé. Les Européens ne sont pas prêts à défendre une Europe au prix de leur sang, contrairement à leurs aînés. Le Mouvement Démocrate doit donc envoyer sur le front des députés européistes, parfaitement au fait des possibilités nouvelles et des enjeux de demain.

Propos recueillis
par David Bellinger

rdwiedemann@cegetel.net


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