Mini-politique

Plus que la défaite du XI de France avec son nouvel entraîneur Laurent Blanc entraînant les critiques les plus acerbes d’une presse décidément moins indulgente que le public du Stade de France, plus que les “Mémoires” de Tony Blair conseillant à “Nicolas” de ne pas «s’éloigner de ses réformes» à défaut de quoi il perdra les élections, plus que les confidences émouvantes de Johnny Hallyday à Daniel Rondeau («Chaque nuit j’ai peur de m’endormir et de ne plus me réveiller») au moment même où les obsèques du cycliste Laurent Fignon et du cinéaste Alain Corneau suscitent une émotion publique d’autant plus médiatisée qu’ils sont morts victimes du cancer, plus que les nouveaux rebonds de l’affaire Woerth-Bettencourt (ou Woerth-de Maistre ?) qui reposent chaque jour la question du maintien du Ministre du Travail au gouvernement, ce sont deux analyses – celle des chercheurs de Californie en quête d’immortalité et celles concernant l’avenir de la France de Sarkozy qui retiennent l’attention des observateurs au point, peut-être, de constituer un nouveau cadre de réflexion.

 
L’immortalité serait donc pour demain en Californie : ceux que l’on appelle désormais “les Singularitariens” sont persuadés que dans trente ans, les ordinateurs seront plus intelligents que leurs créateurs humains. Les autres adeptes de la Longévité maximale, pensent pouvoir vaincre la mort. Voilà le résultat des travaux (en cours) des biologistes, mathématiciens et informaticiens qui sont en train de réfléchir au meilleur moyen de sauver l’humanité. Diagnostic : dans trente ans les systèmes d’intelligence artificielle prendront le pouvoir ; les humains intégreront dans leur cerveau la puissance des systèmes d’intelligence artificielle avec qui ils seront connectés en permanence ; quel que soit le sort de leur corps, ils seront immortels car le contenu intégral de leur cerveau sera stocké dans des ordinateurs et mis en ligne. «Ils feront partie intégrante du réseau d’ordinateurs qui gouverneront la planète et seront les garants des “valeurs humanistes” dans le cœur des machines». Et l’un des professeurs de la Singularity University de souligner que «si on continue à raisonner en termes de croissance linéaire on s’interdit de comprendre l’avenir» et que les élites de demain doivent intégrer le concept de croissance exponentielle du progrès technique.
Loin de “l’immortalité à venir” qu’en est-il de notre vie politique ?
Il y a d’abord l’analyse que dresse Alain Touraine (Le Monde, 5 et 6 septembre) : pour le sociologue «le gouvernement est parvenu à créer un assourdissant silence sur le fond. Il n’y a pas d’idées, il n’y a pas de mots» ; «On est vraiment au bout du rouleau. Nous vivons sur des idées, des catégories d’analyses et d’action devenues insignifiantes». Et d’asséner : «Nous sommes à l’heure de la “mini-politique”, le gouvernement abaisse le niveau des discussions pour éviter qu’on se pose des questions». Et de clore ce véritable réquisitoire par ce constat : «La gestion de l’économie a disparu, le social s’est cassé en morceaux. D’un côté vous avez du communautarisme défensif et agressif ; de l’autre, un individualisme de consommation, de désocialisation». Dès lors doit-on suivre Alain Touraine lorsqu’il affirme que «le rôle du politique c’est de fermer sa gueule et d’écouter ce qui se passe en bas.»
Pour Pascal Perrineau (Le Monde, 4 septembre) «depuis 2007 l’exercice de la fonction présidentielle et sa désymbolisation, les stratégies politiques mises en œuvre, la violence de la crise économique de 2008, l’inévitable usure du pouvoir ont déréglé le dispositif idéologique qui avait fait ses preuves en 2007» – Sarkozy, «l’homme de la synthèse idéologique des droites» – ; la dispersion idéologique a succédé à la synthèse des droites réussie en 2007 ; pour Jérôme Jaffré «c’est bien en menant la bataille des idées et en jouant sur les craintes d’une victoire socialiste que résident les chances de Nicolas Sarkozy», devant faire face, plus qu’hier, à l’impopularité et à la crise ; pour Jean-Claude Cazanova «la campagne présidentielle est désormais ouverte… donc la fièvre monte, c’est la loi du calendrier» ; enfin pour Jean-Louis Bourlanges «consciemment ou non, Sarkozy choisit d’être un anti-de Gaulle… La préférence affichée pour les riches structure trop évidemment l’imaginaire présidentiel pour ne pas avoir des effets ravageurs… Son instantanéisme vibrionnant embrouille le durable et l’éphémère, le fondamental et l’accessoire et plonge un peuple sans repère ni boussole dans une angoisse sourde et désormais hostile. Le vrai prodige du sarkozysme, c’est que de ce chaos gesticulatoire sorte encore une politique à peu près raisonnable !» Itemissa est… Le décor est planté, entre l’immortalité de l’utopie californienne et le paysage déjà campé de la prochaine campagne présidentielle.

Stéphane Baumont


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