Midi-Pyrénées; Pauvres de nous !

Le contexte difficile de baisse de pouvoir d’achat et de faibles revenus n’épargne pas la région Midi-Pyrénées. Pour la première fois, l’INSEE publie une étude sur la pauvreté et les résultats sont inquiétants.

 
Avec son pôle aéronautique, sa recherche scientifique, son agriculture et son dynamisme en général, on imagine mal notre chère région dans le hit-parade des zones les plus précaires. Et pourtant, avec une personne sur huit vivant sous le seuil de pauvreté, soit 788 euros par mois, Midi-Pyrénées est particulièrement concernée. «L’étude menée par l’INSEE est une première au niveau local car, jusqu’à présent, on n’étudiait que la précarité financière prenant en compte les revenus bruts. Aujourd’hui, on peut se pencher sur la pauvreté monétaire, soit le niveau de vie des personnes après déduction des impôts, ce que l’on nomme le revenu disponible localisé», explique Claire Boré, membre de l’INSEE.
Ainsi, Midi-Pyrénées se classe au 7ème rang des régions métropolitaines par l’importance de son taux de pauvreté qui tient essentiellement pour Claire Boré à son caractère rural : «La pauvreté en milieu rural est toujours plus importante qu’en milieu urbain. Mais ce qui est notable en Midi-Pyrénées, c’est que la population rurale est plus répandue que sur le reste de la France avec beaucoup de personnes âgées, des petites retraites agricoles et des personnes isolées. De plus, cette population est encore plus pauvre que sur le reste du territoire.» En effet, le taux de pauvreté atteint les 15,9 % dans les zones rurales contre 13,7% en métropole avec des départements comme l’Aveyron, le Lot et le Gers qui avoisinent les 14 %. Cependant, ces chiffres doivent être nuancés car la plupart des ménages ruraux sont propriétaires de leur logement et les dépenses de loyer sont moins lourdes.

Retraités et familles monoparentales

 

Mais survivre en étant seul, avec ou sans enfant, reste un challenge. Ainsi, les personnes isolées et les familles monoparentales sont beaucoup plus exposées à la pauvreté. L’unicité de la source de revenus et le risque de perte de lien social engendrent une plus grande vulnérabilité : le taux de pauvreté s’élève à 18,6 % contre 13,9 % en métropole. Celui des personnes seules est particulièrement élevé en Ariège avec un pic à près de 22 %, les familles monoparentales de 3 enfants ou plus atteignant les 32 %.
Ces dernières semaines, les retraités ont battu le pavé partout en France pour revendiquer une meilleure retraite. Il est en effet de plus en plus difficile pour les personnes âgées de joindre les deux bouts pour profiter d’une fin de vie paisible. Ce constat est d’autant plus évident en Midi-Pyrénées, les personnes de 65 ans et plus étant touchées à 12 %  par la pauvreté, contre 7,8 % de moyenne nationale. Un grand écart qui se traduit également par une distribution plus élevée du minimum vieillesse. Ces chiffres portent l’Ariège et le Tarn-et-Garonne parmi les 20 départements français les plus pauvres. Les revenus déclarés de l’ensemble de la population y sont les plus faibles de la région tandis que les allocataires du RMI y sont les plus répandus. L’Ariège se caractérise également par une intensité de pauvreté plus forte que dans les autres départements de la région : celle-ci se calcule en mesurant l’écart entre le revenu médian des personnes vivant sous le seuil de pauvreté et ce seuil de pauvreté. Ainsi, les personnes touchées en Ariège ont un niveau de vie plus bas que dans les autres départements et, pourtant, les prix sont les mêmes dans l’ensemble de la région.

La Haute-Garonne pas si bien lotie

Qu’en est-il de notre département de la Haute-Garonne ? Avec une population jeune et urbaine, où le poids de l’agglomération toulousaine est très important, la part des salaires dans les revenus et la proportion d’emplois qualifiés sont plus élevés qu’ailleurs. Mais tout n’est pas rose dans le département de Toulouse : «Le taux de pauvreté est le plus bas de la région mais on observe des inégalités de revenus très importantes en Haute-Garonne. De ce fait, il y a un écart énorme entre les plus riches et les plus pauvres. Le département concentre à lui seul 36 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, même si ce chiffre s’explique par une importance des habitants. On peut néanmoins constater que les pauvres sont moins bien lotis que dans le reste de Midi-Pyrénées», explique Claire Boré.
Ce nouveau type d’étude mis en place par l’INSEE permet donc de dresser un panorama de la pauvreté «complémentaire de celui sur la précarité financière», selon Claire Boré. Si les chiffres rendus paraissent inquiétants, rappelons qu’ils ne prennent pas en compte la situation des collectivités locales comme les maisons de retraite ou celle des sans-abris. Le tableau pourrait par conséquent être bien plus noir…

Sophie Orus


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