« Mettre le policier au centre du débat »

C’est une organisation syndicale qui fait peu parler d’elle dans les médias. Indépendante de tout pouvoir politique comme le martèlent ses responsables, elle est minoritaire, n’ayant réalisé que 5 % aux dernières élections professionnelles. Pourtant la FPIP (Fédération Professionnelle Indépendante de la Police) veut faire entendre ses revendications, qu’elle a tout récemment réitérées lors de sa réunion annuelle de Lavernose Lacasse. Depuis 1982, celle-ci préconise la création d’une IVème Fonction Publique comprenant notamment le rapprochement des forces de police et de gendarmerie ; une réforme gouvernementale qui devrait être effective au 1er janvier 2009.
Jean-François Leroux, Secrétaire régional du FPIP, SGAP zone Sud Ouest et Jean-Claude Rodrigues, Secrétaire régional CRS FPIP zone Sud Ouest reviennent sur ces questions d’actualité, à commencer par la situation toulousaine.

 
Les UTEQ (Unités territoriales de quartier) ont été mises en place à Toulouse le 29 septembre dernier. Quel bilan peut-on en tirer ?
JF Leroux : Il est encore trop tôt pour dresser un bilan. Ce que l’on peut dire en revanche est que ce système va dans le bon sens. La DDSP (Direction Départementale de la Sécurité Publique) a bien fait les choses grâce aux horaires qui ont été mis en place et qui permettent d’occuper le terrain 24h/24. La sécurité va en être renforcée. L’ancienne police de proximité n’était qu’une police virtuelle. On ne voulait montrer que du bleu et les policiers n’avaient aucun moyen de faire de l’investigation dans les quartiers. Par ailleurs, le renfort des effectifs est conséquent puisque 61 fonctionnaires supplémentaires ont été affectés aux banlieues toulousaines les plus sensibles ; ce qui va permettre d’avoir un soutien et de lutter contre la délinquance et l’économie souterraine de façon beaucoup plus importante. Mais il ne faut pas que les UTEQ et la future Compagnie de Sécurisation (prévue pour 2009, ndlr) deviennent dans quelque temps des coquilles vides. Nous serons vigilants pour que les missions prévues pour les UTEQ restent telles quelles, qu’on n’utilise pas les fonctionnaires à autre chose.

Où en est aujourd’hui l’état de la violence dans notre ville ?
JF Leroux : Toulouse n’est pas privilégiée en ce domaine. Depuis longtemps nous demandons à ce qu’elle soit classée en zone difficile. (Selon les chiffres de septembre 2008 de la Préfecture de la Haute-Garonne, Toulouse est classée 16ème sur 96 en matière de criminalité, ndlr)
JC Rodrigues : Les délinquants sont arrivés à un niveau de violence qui ne les arrête plus. Ils n’ont plus peur de nous. Ils ne sont plus dans le réflexe vis-à-vis de nous mais dans le calcul. Et même avec toutes les précautions d’usage, on peut se retrouver dans des situations de conflit et d’affrontement de plus en plus violentes.

 

Pénibilité et dangerosité

Face à ce climat délétère, dans quel état d’esprit les policiers sont-ils ?
JF Leroux : Le ras le bol existe et à mon avis il va perdurer, surtout quand on voit les dernières, soi-disant, avancées que le Ministère nous propose sur les conditions de travail, la revalorisation salariale… La principale chose que le politique, comme d’autres responsables au sein même de la police ont oubliée, ce sont la pénibilité et la dangerosité du métier. Et puis, crise économique oblige, les policiers, notamment ceux qui ont entre 35 et 45 ans, se demandent de quoi l’avenir sera fait. Ils se disent qu’il va falloir travailler plus longtemps pour avoir une retraite convenable. Mais à 55 ans passés, ils se voient mal courir après les voleurs !
JC Rodrigues : Les collègues se sentent de moins en moins soutenus.
 
Votre syndicat appelle de ses vœux depuis 1982 la création d’une IVème Fonction Publique…
JF Leroux : Oui c’est-à-dire, se dégager de la Fonction Publique de l’Etat telle qu’elle est et dans laquelle la police est littéralement diluée. On ne peut pas continuer à mettre à égalité par exemple un administrateur de théâtre et un policier. Cette IVème Fonction Publique permettrait avec un budget solide, de regrouper tous les acteurs de la sécurité au sein d’un même ministère, le Ministère de la Sécurité : la police, la gendarmerie, les sapeurs pompiers, la pénitentiaire, la municipale… d’avoir une police forte qui se fait respecter, de reconquérir les zones de non droit.

C’est une des réformes du gouvernement…
JF Leroux : Oui. La réforme du rapprochement police-gendarmerie est pour nous une bonne chose et un avant goût de ce que l’on préconise. Car n’oublions pas qu’en 2012, il va y avoir des échéances européennes et il est clair que la constitution européenne dit qu’il faut une seule force de police par Etat. En France, on en a deux : police et gendarmerie. Or il va falloir, à un moment donné, trancher.

 


«La police française est la moins bien payée d’Europe»

Quelle est la situation des salaires ?
JC Rodrigues : La politique du gouvernement était «Travailler plus pour gagner plus». Actuellement on travaille plus pour gagner moins. On ne peut pas l’accepter.
JF Leroux : Je ne connais pas de collègues qui pratiquent les 40 heures hebdomadaires et les 35 heures encore moins ! Vous en avez qui dépassent 500 heures de récupération et ils savent pertinemment qu’elles sont perdues. C’est simple : si on prenait tous les policiers français qui ont ce quota d’heures à récupérer, on fermerait les commissariats. Et quand on nous parle de rémunérer une partie de cent heures, à cinq euros de l’heure, je dis : de qui se moque-t-on ? J’ajoute à ce propos que la police française est la moins bien payée d’Europe.

Cela dit, vous n’engagez pas beaucoup d’actions pour vous faire entendre ?
JC Rodrigues : Il faut avouer que l’administration via le politique exerce une telle pression sur l’ensemble des collègues que l’on ne peut pas travailler comme on veut. On a des instructions à suivre. On est enclavé dans un circuit bien dirigé où l’on ne peut pas s’exprimer. De plus, on n’a pas le droit de grève. Partant de là, les collègues comptent sur des organisations comme la nôtre pour pouvoir les défendre au mieux. Les économies se font sur les salaires, le matériel… Les conditions de travail sont de plus en plus difficiles mais il faut qu’il soit fait. On ne peut pas pénaliser les concitoyens sur la sécurité, la surveillance.

Lors de la réunion annuelle du FPIP à Lavernose Lacasse, vous avez fustigé certains syndicalistes qui, je vous cite, «ont le privilège d’être assis dans un fauteuil Louis XV et attendent patiemment l’heure de la  retraite en laissant comme seule empreinte, celle de leurs fessiers»…
JF Leroux : Le syndicalisme en général est un peu boiteux parce que certains se confortent dans la luxure. Ils pensent plus à leurs petits privilèges, leur avancement, qu’aux réels problèmes de la base. Parmi eux, des gens qui ont fait du syndicalisme pendant 30 ans assis sur un fauteuil, regardant tout cela de très haut mais qui sont par contre très opérationnels quand il s’agit de manger des petits fours avec les ministres ! Ce n’est pas comme ça que l’on règle les problèmes des policiers.

Propos recueillis par Claire Manaud


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