Métropole toulousaine

Pour quand ? Avec qui ?

Depuis de longs mois, nos collectivités locales et territoriales sont en pleine «ébullition» ! Le gouvernement a entamé une réforme structurelle majeure, censée simplifier les différentes «strates» de notre organisation politique. L’arrivée d’un élu territorial (étant l’équivalent et du Conseiller général, et du Conseiller Régional) est prévue. La suppression du Conseil Général suggérée (notamment par la commission Attali dès 2008). La fiscalité totalement révisée (disparition de la taxe professionnelle).  Quant à la carte des communautés d’agglomération, des communautés des communes, elle doit être rationalisée. Les métropoles doivent s’installer. Les préfets sont à pied d’oeuvre. Mais la base des élus (de tous bords) est inquiète. Alors quid de la métropole toulousaine ? Quid de nos «agglos» qui forment notre ère urbaine ? Quid des communautés de communes proches de la ville centre ? Enquête.

 

Le constat d’une inertie

«Inadmissible de ne pas avoir aujourd’hui une vision globale de l’ère urbaine toulousaine avec le Sicoval et le Murétain notamment. Cela se fait au détriment du citoyen ! Il n’y a qu’à constater quotidiennement, par exemple, les bouchons pour venir de Muret à Toulouse…» constate l’élu MoDem du «Grand Toulouse» Jean-Luc Lagleize. Le décor est ainsi planté. Et la Métropole toulousaine pas encore d’actualité ! Car, depuis 2009, un nouvel échelon territorial, destiné aux agglomérations de plus de 500 000 habitants, est né avec la Métropole. Toulouse est donc concernée. Et pourtant ! Les élus des communautés d’agglomération ou de communes concernées freinent. Malgré l’enjeu posé par la politique des transports sur notre ère urbaine, malgré l’avancée de projets ambitieux tels que l’Oncopôle, Aerospace Valley ou AgriMip Innovation, malgré des dossiers en cours tels que le futur Parc des Expositions d’Aussonne, les studios de cinéma qui devraient «débarquer» du côté de Francazal, l’arrivée du métro à Labège… L’idée de la Métropole a bien dû mal à se faire jour. Pour Jean-Luc Lagleize «nous n’en sommes pas encore là, car tout le monde veut sauvegarder un peu de son pouvoir. Et pourtant, toutes les majorités sont ici socialistes… Un comble !» En effet, et bien au-delà des simples compétences de chaque collectivité, le pouvoir de «barons» locaux pourrait être remis en cause. Hors de question, pour un certain nombre d’élus, de perdre de leur influence. Pour d’autres, hors de question de laisser à la «ville centre» tous les pouvoirs, au détriment, pensent-ils, de leur propre commune. Martine Rieu-Griffe, Conseillère municipale de Saint-Gaudens et future candidate UMP aux élections législatives sur la 8ème circonscription, nous fait partager sa vision en voisine : «Dans les intercommunalités de Haute-Garonne, il n’y a pas de démocratie. C’est le règne de la pensée unique. Ils font passer ce qu’ils veulent, quand ils veulent !» L’élue UMP constate également un basculement des compétences, des budgets et donc des pouvoirs : «Les conseils municipaux deviennent de simples chambres d’enregistrement.»

 

A côté de Toulouse

Direction la Communauté de communes du Canton de Cadours (seize municipalités, un peu plus de 5 000 habitants). Nous sommes à Pelleport, en plein «Pays Tolosan», avec son Maire socialiste Ange Pardo. Un élu de terrain impliqué et passionné, mais inquiet de toutes ces réformes : «L’Etat a voulu nous imposer une fusion avec nos amis de la Communauté de Save et Garonne (Grenade, Launac…). Il a fallu nous battre ! Jusqu’à présenter au Préfet une étude financière précise, et un état des lieux pertinent des compétences de chacun. Pour l’instant, notre structure est prolongée… Jusqu’à quand ?» Pour le Maire de cette petite commune, les réformes actuelles se font sans consultation de la base. Ce qui expliquerait «la levée de boucliers» actuelle au niveau des élus locaux. Pour illustrer son propos, Ange Pardo aborde la question de la complémentarité des compétences : «Nous avons dans notre Communauté la compétence scolaire. Save et Garonne non. Alors comment faire ? Il serait aujourd’hui impossible économiquement pour une commune comme la mienne, de reprendre cette compétence.» Cette Communauté de communes est frontalière avec la future métropole toulousaine. Mais pour Ange Pardo, hors de question d’imaginer intégrer une telle structure : «Nous n’avons pas d’industrie. Nous n’avons pas le même mode de vie. Ce n’est pas possible !»

Et demain ?

Ce combat des élus de terrain se traduit aussi par des espérances au niveau de l’élection présidentielle : «J’espère que la Gauche va passer pour remettre en cause toute cette réforme. Si nous gagnons, nous resterons en EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale). Hollande et Aubry l’ont promis !» annonce Ange Pardo. Pourtant, Nicolas Sarkozy l’a encore rappelé dimanche dernier lors de son allocution télévisée, nos collectivités locales vont devoir faire des efforts : «L’Etat serre la vis pour ce qui le concerne, il fait des économies considérables, mais les collectivités locales ne le font pas.» L’avertissement ne va pas faire plaisir à tout le monde… Le Président du MoDem 31, Jean-Luc Lagleize, se veut critique sur le sujet : «Nicolas Sarkozy a voulu réformer sans consulter la base… On est arrivé à une réforme rigide, inapplicable sur le terrain, refusée par les élus.» Martine Rieu-Griffe, également membre du Conseil national de l’UMP, y voit elle des raisons d’aller encore plus loin : «Comment ne pas défendre la volonté du Président ? Il faut simplifier. Il y a trop d’élus, trop d’intercommunalités.» Malgré les réserves distillées par Jean-Luc Lagleize envers la politique gouvernementale, l’élu centriste prône tout de même le changement politique à la tête du «Grand Toulouse», critiquant ouvertement le «sectarisme» de Pierre Cohen : «Je souhaite une majorité nouvelle en 2014 !» Pour que cette volonté ne se transforme pas en fantasme, il faudra passer par l’étape municipale : «Pour gagner Toulouse en 2014, il faudra jouer au centre ! Et sans doute entamer une réflexion de fond avec le groupe de René Bouscatel et Marie Déqué.» L’avenir de notre agglo se dessine sans doute aussi dans les futures joutes électorales. Les premiers doutes ou «soubresauts» ont déjà eu lieu : Le Sicoval a failli voir Ramonville rejoindre le «Grand Toulouse» il y a quelques mois, et le Murétain est souvent déstabilisé par les doutes de Portet-sur-Garonne ou par des problématiques de gouvernance. En coulisses, tout le monde l’aura compris, la métropole fait son chemin. Pas assez vite pour certains, trop lentement pour d’autres. Ramonville, Muret, Grenade et les autres… Dans l’avenir avec Toulouse ? L’intérêt de tous est en jeu.

Thomas Simonian

Légendes photos :

Jean-Luc Lagleize, élu Modem du «Grand Toulouse»

Ange Pardo, maire de Pelleport (31)



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.