Menaces dans la hotte !

Alors que les temps d’hyperconsommation jettent dans les rues et les magasins un nombre sans cesse croissant de familles, saturent les aéroports et les gares, dévalent les pentes de ski c’est la neige qui, d’alerte orange en alerte orange, fait la une de l’actualité avec un froid polaire qui fait monter très haut la consommation d’électricité.

 
Une actualité marquée par la nouvelle et deuxième condamnation du Ministre de l’Intérieur pour atteinte à la présomption d’innocence, l’entrée dans la prestigieuse collection “La Pléiade” de Boris Vian (consécration légitime ou promotion discutable dans la hiérarchie des belles-lettres ?), la disparition (médiatisée avec bonheur) de la grande helléniste, Jacqueline de Romilly qui écrivait «qu’aucune époque n’a eu davantage besoin de notre littérature grecque ancienne» que la nôtre caractérisée par «l’inquiétude, la crise économique et la crise morale», l’affaire du médicament “Médiator”, «le médicament aux 2 000 morts» (deux à cinq millions de Français en ont pris), le “vrai-faux” Président ivoirien Laurent Gbagbo défiant la France, l’ONU et la Communauté internationale et classant par pertes et profits, la tenue le 18 décembre des “Assises Internationales sur l’islamisation du pays” à l’appel du Bloc identitaires et de Riposte laïque en présence notamment de Renaud Camus qui considère que «extrême droite est une expression polémique qui va devoir subir de sérieuses remises en cause ; quand le feu est à la maison, on ne se demande pas trop (un peu tout de même) de quel côté arrivent les seaux» ; enfin le début de la cyberguerre avec Wikileaks (publication d’une partie des 250 000 câbles diplomati-ques américains. Opérations de représailles de la communauté des hackers contre ceux qui veulent limiter la liberté d’expression sur la Toile) et la libération de Julian Assange en attendant que le Royaume Uni statue sur son extradition. Mais ce sont déjà les moments de la prospective qui alimentent la chronique des vœux et de l’avenir. Ainsi la récession est terminée mais la crise sévit toujours. Un retour durable de la prospérité impliquerait une réduction des déséquilibres mondiaux, des déficits publics aux monnaies en passant par les soldes commerciaux, l’endettement des ménages ou le partage entre salaires et profits. L’important, en 2011, ne sera pas le rythme auquel la production progressera aux États-Unis, en Chine, en Allemagne ou en France ; non le véritable enjeu sera la capacité du monde à progresser dans la résorption des déséquilibres qui le tiraillent comme jamais. Qu’attend-on de ce futur immédiat selon les spécialistes : le redémarrage des moteurs de la croissance, la correction des excès d’endettement, la baisse des déficits publics, l’atténuation des déséquilibres des échanges ; l’Asie confirme qu’elle devient le nouveau centre de gravité de l’économie mondiale (elle a d’ailleurs généré presque la moitié des 2 200 milliards de dollars de richesse créée par le monde en 2010). On assistera aussi à une confrontation partout entre salariés et entreprises pour le partage de la valeur ajoutée : à l’échelle du monde, selon l’Expansion, «580 milliards de dollars auraient dû gonfler les poches des salariés plutôt que celles déjà bien garnies des actionnaires». Fragile, le rééquilibrage de l’économie mondiale le sera encore plus si les menaces suivantes se réalisent : une reprise sans emplois, une incapacité des banques à faire face au mur de la dette (4 000 milliards de dollars) remboursable d’ici 2012, un effondrement du dollar, des politiques budgétaires trop sévères en Occident, trop la-xistes dans le monde émergent, un regain de tension dans la guerre des monnaies, de nouvelles secousses dans la zone euro (engagement dans l’austérité ; retour de l’Allemagne au mark ; les petits pays quittent l’euro ; l’euro implose, c’est le retour des devises nationales ; voilà les quatre scénarii possibles). Et si l’euro implosait, souligne Yves Thibault de Silguy «la fin du rêve monétaire se doublerait d’une défaite politique majeure. La construction européenne s’effondrerait par pans successifs.» Comme on l’aura noté, le Père Noël a, dans sa hotte, beaucoup d’inquiétudes à proposer aux… cheminées des États-Nations et du “Monde-Empire”.

Stéphane Baumont


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