Menacé d’expulsion; La fin du tunnel pour l’ancien policier ?

Grâce à la mobilisation des élus, de son entourage et des médias, la famille d’Ahmed Aieche pourrait rester à Toulouse après huit années de procédures et de souffrance en vue d’une régularisation.

 
Dans notre édition du 18 décembre dernier (n°344), nous évoquions les épreuves vécues par la famille Aieche, menacée d’expulsion à tout moment durant les fêtes. Originaire d’Algérie, le père de famille, Ahmed, quitte son pays en 2001, craignant pour sa sécurité et celle de sa femme. Ancien policier spécialisé dans la garde rapprochée d’hommes influents comme les Pères Blancs, religieux catholiques, il avait été victime d’une fusillade. Soigné en France, on lui refusera toujours le statut de réfugié politique, alors que sa tête est mise à prix en Algérie. Durant huit ans, il parviendra à faire renouveler son permis de travail et à conserver des emplois stables et déclarés à Toulouse.
Mais à la veille des fêtes de fin d’année, Ahmed et sa famille apprennent que la préfecture de la Haute-Garonne a ordonné un arrêté d’expulsion. Un recours au tribunal administratif est même rejeté malgré une nouvelle promesse d’embauche en CDI pour Ahmed. Alors élus, la directrice de l’école Falguière et parents d’élèves se mobilisent pour soutenir les Aieche et surtout les trois enfants du couple, Imane, Adame et Mohamed, nés en France et totalement intégrés. Ahmed confiait il y a quelques semaines : «Avec ces huit années de procédures et de paperasses, on m’a traité comme un criminel ! Je n’ai commis aucun meurtre ! Si on me force à retourner en Algérie, je ne reviendrai pas en France, c’est trop de souffrance. Malgré le danger, je préfère encore mourir…» 

 

« Pas encore gagné »

Aujourd’hui, la mobilisation semble avoir payé puisque la préfecture a décidé de rouvrir le dossier de la famille Aieche. Ahmed dispose d’une promesse d’embauche en CDI dans le bâtiment pour la rénovation de grandes boutiques à Toulouse et sur la Côte d’Azur. «Je suis soulagé même si je sais que tout reste possible et que je ne suis pas à l’abri. Mais je suis beaucoup plus confiant pour l’avenir.» Du côté des parents d’élèves, on ne baisse pas les bras pour autant, à l’image de Lionel qui soutient les Aieche depuis le début : «L’Epée de Damoclès s’éloigne mais on ressent encore le danger. Il faut que l’employeur d’Ahmed joue le jeu et ce n’est pas encore gagné. Après, il faudra que la préfecture lui renouvelle son titre de séjour jusqu’à la régularisation…»
Dans tous les cas, cette nouvelle situation donne à Ahmed un peu d’espoir de rester dans son pays d’adoption. Il peut enfin faire des projets à long terme : «Même si je travaille depuis mon arrivée à Toulouse, que je paie des impôts et des charges, je n’ai droit à aucune aide pour ma famille. Obtenir un nouveau travail dans le bâtiment est synonyme de nouveau départ. Nous allons quitter notre petit appartement pour un T5 plus adapté et pourquoi pas faire construire une maison dans quelques années.» Car Ahmed espère ouvrir sa propre affaire d’ici quelques mois : «Je serai plus indépendant et mon épouse pourra reprendre le travail avec moi. Pour l’instant, elle s’occupe de nos enfants mais elle est diplômée en coiffure et j’aimerais lui construire son salon.»
Enfin, la famille ne désespère pas de retourner un jour en Algérie sans craindre les représailles : «Quand je vais en Algérie, je ne préviens jamais de mon arrivée et mon sac est toujours prêt en cas de départ en urgence. J’aimerais que les choses se calment pour y emmener mes enfants et qu’ils n’oublient pas leurs racines. Nous avons le droit de vivre dans la dignité.»

Sophie Orus


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