Mediator ; Et les médecins ?

L’affaire du Mediator continue à secouer l’industrie pharmaceutique. A la base de la prescription d’un produit, un professionnel peu entendu jusqu’ici, le médecin. De la recherche d’informations sur le médicament, à la rédaction de l’ordonnance, celui-ci doit travailler dans la plus grande transparence vis-à-vis de son patient, comme l’explique Eric Péan, médecin généraliste. Interview.

 
Docteur, de quels moyens les médecins disposent-ils pour bien connaître un médicament avant de le prescrire ?
Les médecins généralistes disposent de plusieurs sources pour s’informer sur les risques des médicaments. Le dictionnaire Vidal, réactualisé chaque année, reste la référence. La presse médicale, écrite ou par Internet, constitue une source d’informations non négligeable sur l’actualité du médicament. Les alertes médicament font l’objet d’un courrier adressé à chaque médecin par l’AFSSAPS.

Considérez-vous qu’ils sont suffisants, que vous êtes bien informés des risques potentiels ?
La déontologie médicale impose un effort de formation continue qui doit amener le médecin à conserver un oeil critique sur les informations émanant directement des laboratoires pharmaceutiques.

La pharmacologie clinique par exemple, est-elle selon vous suffisamment abordée dans le cursus de formation des médecins ?
La pharmacologie clinique est enseignée à la faculté mais chaque médecin se doit d’actualiser ses connaissances. Il appartient aux médecins prescripteurs de remettre en question, lors de la rédaction de chaque ordonnance, le bénéfice qu’il attend des médicaments prescrits par rapport aux risques qu’ils pourraient faire courir à son patient.

Votre profession serait par ailleurs soumise à une politique commerciale soutenue, pour ne pas dire agressive, de la part des laboratoires ; ce qui vous ôterait tout libre arbitre quand il s’agit d’opter pour tel ou tel médicament. Le confirmez-vous ?
Les laboratoires pharmaceutiques, qui ne sont plus autorisés à faire de “cadeaux” aux médecins depuis déjà plusieurs années, apportent une information d’ordre général sur un médicament qui doit conduire le médecin dans une démarche active de recherche d’informations.

Une complète transparence

En vertu de quoi un médecin fait-il son choix entre deux médicaments à même finalité ?
Le choix entre deux molécules s’effectue selon l’objectif thérapeutique en tenant compte de la forme d’administration la plus adaptée aux patients. Les situations de réelle “concurrence” entre deux médicaments sont exceptionnelles contrairement aux cas de co-marketing où la même molécule est vendue sous des noms commerciaux différents ou sous forme générique. Il s’agit là d’un réel problème pour le prescripteur qui voit fréquemment son ordonnance substituée avec le risque d’erreur du patient lors de la prise des médicaments. En effet celui-ci ne retrouve pas sur la boîte de médicaments le nom figurant sur l’ordonnance, d’où le risque de confusion.

Le Mediator aurait été prescrit dans 20 % des cas comme coupe-faim. Est-ce une pratique normale, courante, pour un médecin de “détourner” un médicament de sa thérapeutique initiale ? Si tel est le cas, doit-on la condamner ?
Il n’est pas de pratique courante pour un médecin de prescrire un médicament en dehors de son indication. Cependant, en particulier en pratique hospitalière, des élargissements d’indication peuvent avoir lieu en fonction de l’expérience des praticiens. Ces pratiques ont parfois conduit à des découvertes validées ensuite par des études et un consensus international. Un détournement d’indication serait non seulement condamnable mais engagerait la responsabilité du praticien.

Craignez-vous qu’à termes, la mise en lumière de certaines pratiques ne porte le discrédit sur toute une profession ?
Non, il n’est pas à craindre de discrédit sur la profession. Le médecin doit une complète transparence à son patient dans le cadre de son devoir d’information.

 

Une démarche qualité

La confiance entre un médecin et son patient (qui porterait plainte dans le cas du Mediator par exemple) serait-elle trahie ?
La démarche des patients qui ont consommé du Mediator n’apparaît pas de nature à compromettre la relation médecin-patient mais s’inscrit dans un besoin de voir parfaitement éclairées les conditions de prescription mais aussi les risques individuels qui ont pu être encourus.

Pensez-vous qu’à l’avenir, la médecine, en France, va devoir se protéger de plus en plus d’éventuelles poursuites judiciaires. De quelle manière ?
La médecine en France doit se positionner dans une démarche qualité. Il s’agit d’engager une action offensive de prévention du risque en particulier médicamenteux et non de se limiter dans une action défensive qui ne viserait qu’à protéger le médecin des poursuites judiciaires.

Que vaut selon vous le principe de précaution qui vise à supprimer de plus en de plus de médicaments comme le Di-antalvic ? Ces interdictions en chaîne peuvent-elles devenir un handicap dans l’exercice de la médecine ?
Le principe de précaution, manifestement renforcé par le coup de projecteur sur le Mediator, représente lui aussi des risques. La suppression des médications antalgiques est susceptible de limiter les possibilités de prise en charge de la douleur. Il est important de rappeler le travail considérable mené depuis quelques années dans ce domaine et il convient d’être vigilant à la prise en compte de la douleur comme une indication prioritaire. Il est nécessaire également de disposer d’un choix de médicaments suffisant pour tenir compte des situations individuelles, tolérance, allergie, etc.

Propos recueillis
par Claire Manaud




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