Me gusta Manu Chao !

A 47 ans, Manu Chao n’a rien perdu de son dynamisme et les fans le lui rendent bien. Après six ans d’absence, le chanteur engagé a choisi Toulouse la semaine dernière pour entamer une grande tournée européenne. Celui qui se fait plutôt discret dans les médias a décidé de se confier le lendemain d’un concert de presque trois heures pour des impressions à chaud.

 
Manu, quel est votre sentiment sur ce premier concert et pourquoi avoir choisi Toulouse comme première escale ?
Je suis super content car j’ai vécu une belle émotion avec un public chaud et très varié. Ce fut un honneur pour moi, même si nous avons connu avec les musiciens quelques soucis techniques. Du coup, nous n’avons pas pu interpréter toutes les chansons en français prévues. C’est mon seul regret. Toulouse représente énormément de souvenirs pour moi car j’y ai beaucoup joué et travaillé avec le Royal Deluxe. D’autre part, Mouss et Akim (anciens membres de Zebda, ndlr) sont des frères à la vie à la mort. Et puis je reste nostalgique des bons steaks à déguster à l’Etincelle !

De nombreux fans sont nostalgiques de la période Mano Negra. Une reformation du groupe est-elle envisageable ?
Franchement, ce n’est pas à l’ordre du jour. J’ai tellement de projets et de choses à vivre que je n’aurais pas le temps. Je comprends cette nostalgie et je la respecte. Mais à 17 ans, j’ai tout laissé tomber pour la musique. Aujourd’hui, j’en ai 47 et j’ai envie d’autre chose. Je me vois bien reprendre des études pour devenir chiropracteur.

On vous reproche parfois de ne pas trop échanger avec le public. Pourquoi cette attitude ?
Je pense que c’est à cause de la trouille. J’étais très timide étant jeune et la musique m’a permis de m’assumer. Quand je suis sur scène, j’ai besoin de fatiguer le corps, de jouer une musique physique pour évacuer la tension.

 

Laisser vivre la folie douce

Vous êtes un homme très engagé. Quels sont les sujets qui vous touchent actuellement ?
On me parle beaucoup de mon engagement alors que je le vois comme un acte citoyen logique et il est douloureux. J’aspire à être heureux dans la vie et je pense que c’est cuit car quand on voit que la moitié de la planète crève la dalle, ce n’est pas supportable intellectuellement. Concernant ce qui me touche en ce moment, je pense au peuple sahraoui que j’ai rencontré dans le désert marocain. Il m’a donné une leçon de lutte car il pratique un Islam très tolérant alors qu’il est le plus persécuté. Ces gens sont peut-être une solution au problème et ils sont laissés à l’abandon, alors que les gouvernements français et espagnol ont leur part de responsabilité. D’ailleurs, je compte les soutenir dans la candidature de la République Sahraoui pour l’organisation des Jeux Olympiques 2016 ! Sinon, on parle beaucoup du Tibet en ce moment comme si on venait de le découvrir. Personne ne boycottera les JO en Chine. En tout cas, je constate que c’est le dernier grand pays communiste qui tient par les c… tous les capitalistes. C’est un pied de nez à l’histoire !

Vous n’êtes pas tendre non plus avec George Bush dans l’une de vos chansons…
On me dit souvent que je tire sur une ambulance mais, pour moi, tant qu’il est là, il reste dangereux. La politique devient du show business, on nous fait voter pour des charlots qui n’ont plus le pouvoir de leurs actions car l’économie domine tout.

Quels sont vos projets après cette tournée ?
Des projets d’album, j’en ai plein ! Notamment avec mon groupe en Espagne, les Musicarios. Nous avons envie de faire de la rumba car c’est la vraie musique de rue qui tend à disparaître à Barcelone à cause du flicage. Je vais sûrement faire aussi un album en portugais. Et puis j’ai ce projet avec les patients d’un hôpital psychiatrique à Buenos Aires. On a déjà enregistré trois heures de musique. Je lie une véritable amitié avec eux depuis sept ans et ce sont de bons professeurs de lucidité. Ils m’aident à penser et à poser le grand problème de la folie. Quand je les vois, je me dis qu’elle peut faire souffrir mais aussi qu’il faut laisser vivre la folie douce.

Propos recueillis par Sophie Orus


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