Maxime Le Forestier; Une histoire d’amour qui dure

Interprète de “San Francisco”, “Né quelque part” ou “Les jours meilleurs”, auteur-compositeur très demandé, et figure emblématique des Enfoirés, Maxime Le Forestier fait son retour avec un nouvel album “Restons amants”, après huit ans d’absence. A 60 ans, ce pilier de la chanson française est toujours aussi impatient de retrouver la scène et son public pour sa plus belle déclaration d’amour…

 
Maxime Le Forestier, comment vous sentez-vous pour cette nouvelle tournée à travers la France pour présenter votre nouvel album ?
Tout va bien, je me relève d’une semaine avec les Enfoirés et c’est toujours très éprouvant ! Tout s’est bien passé et je suis heureux d’y participer car j’ai connu Coluche quand il était pauvre. De plus, le concept est unique au monde : des artistes qui se retrouvent chaque année depuis 20 ans pour faire vivre une association. Nous sommes tous une bande de copains et la machine continue à rouler.

Vous revenez avec “Restons amants” après 8 ans d’absence. Qu’avez-vous fait durant ces années ?
Principalement de la scène, entre “Plutôt guitare” et les deuxièmes “Cahiers de Brassens”. J’ai passé deux ans sur la comédie musicale “Gladiateur” et un an à écrire mon dernier album car je suis l’auteur de tous les textes.

Vous replonger dans l’univers de Brassens vous a-t-il inspiré pour ce nouvel album ?

Je sortais de 296 concerts où j’étais seul avec ma guitare et les chansons de Brassens. L’idée que le texte dirige les choses est ancrée en moi. Me plonger dans Brassens m’a donc recadré sur l’essentiel : être “à poil” sur scène, avec des chansons dépouillées. Cette expérience m’a poussé à écrire cet album dans un esprit guitare/voix.

Beaucoup de titres évoquent l’amour, dans toutes ses déclinaisons…
C’est difficile de sa-voir ce qui m’inspire au moment où j’écris une chanson. C’est une drôle de mécanique : le sens appelle le son et le son appelle le sens. On ne perçoit les thèmes d’inspiration qu’avec du recul, avec du temps. Sur le moment, c’est le subconscient qui domine.

Certains textes comme “Grain d’sel” sont assez railleurs et ironiques sur le monde qui vous entoure. On vous colle souvent une étiquette de chanteur contestataire. La trouvez-vous appropriée ?
C’était une image clairement identifiée dans les années 70 et je ne pense pas qu’elle puisse s’appliquer à moi aujourd’hui. Il est certain que j’étais plus contestataire à 25 ans que maintenant. Mais je pars du principe qu’à partir du moment où on ouvre la bouche, même pour des chansonnettes, c’est pour dire quelque chose.

Emmanuelle Béart est une muse

Le titre éponyme de l’album, “Restons amants”, est né d’une façon particulière, en collaboration avec Julien Clerc…
Julien est un chanteur avec lequel j’entretiens des relations personnelles et professionnelles depuis plusieurs années. On évolue dans le même univers et on a toujours écrit des chansons ensemble comme “J’ai eu 30 ans”, “Au même âge à l’heure qu’il est”, “Double enfance”… En 2007, on était à Paris tous les deux et on avait plein de raisons de se voir donc, à un moment donné, on s’isole et on écrit des chansons. Par exemple “Dormez”, présente sur son dernier album, est une berceuse pour son petit Léonard (fils de Julien Clerc, né le 22 avril 2008, ndlr). Puis on a écrit “Restons amants” qui pour moi évoque la fraîcheur de l’amour : même si nous sommes mariés, que le temps passe, restons amants. Julien en a fait une version totalement différente sur son dernier disque car il la voyait comme une chanson triste, sombre. Nous avons apporté chacun notre sensibilité, notre propre éclairage. C’est une très belle expérience.

Avec “Hymne à la soie”, vous proposez un duo inattendu avec Emmanuelle Béart. Comment est née l’idée de faire chanter cette célèbre actrice ?
Il y a très longtemps, alors qu’elle venait de terminer “Manon des sources”, je l’ai rencontrée sur un plateau télé où son père et Gainsbourg étaient présents. Elle m’a dit qu’elle voulait faire un album et je lui ai écrit “Hymne à la soie” à ce moment-là. Elle a commencé à faire des essais en studio mais je trouvais sa voix trop “Birkin”, sans timbre, trop fragile. Emmanuelle a donc commencé à prendre des cours de chant mais elle est tombée enceinte et a dû tout arrêter. Après la naissance de sa petite Nelly, elle a laissé passer plusieurs années avant de me rappeler. Elle a repris ses cours de chant et quelques semaines plus tard… elle retombe en-ceinte ! Elle a très bien fait de faire ses enfants mais je me suis dit que cet album qu’Emmanuelle voulait, ne verrait jamais le jour ou alors il obtiendrait le Prix Cognac (Médaille de la famille française décernée aux mères de huit enfants et plus, ndlr) ! Je ne voulais pas que cette chanson meure ou que quelqu’un d’autre l’interprète alors je l’ai sollicitée pour ce nouvel album.

Cette chanson est toujours d’actualité malgré le temps qui passe ?

Les chansons mettent très longtemps à éclore parfois. Par exemple, il s’est écoulé 20 ans entre l’écriture et la sortie en single de “Des jours meilleurs”. Quelques-unes peuvent traverser le temps et, souvent, elles sont mues par un désir profond. Le duo avec Emmanuelle m’a énormément inspiré. Elle est comme un modèle pour un peintre : c’est une muse.

 

Nougaro, ce poète

Et les arrangements de cette chanson sont signés Stanislas…

Je voulais bosser avec lui depuis longtemps car Stanislas est un oiseau rare. C’est le pur produit de la musique savante : il dispose de tous les titres de conservatoire, c’est un directeur d’orchestre classique. Mais en même temps, c’est un amoureux de la variété. J’aime bien ces mecs-là, comme Jean-Claude Petit, qui valorisent la musique populaire. Je trouvais que Stanislas, en tant que chef d’orchestre, était le plus apte à diriger une actrice qui n’est pas professionnelle du rythme. Je suis ravi de cette expérience qui a eu lieu au Studio Ferber, le plus rock’n’roll de Paris où les techniciens ont fait le ménage pour la première fois depuis des années pour la venue d’Emmanuelle Béart !

Comment se déroulent vos concerts pour cette nouvelle tournée ? Reprenez-vous des classiques de votre répertoire ?

J’ai raisonné à l’inverse de la télé car les gens qui se déplacent sur les concerts ne veulent pas entendre que des tubes. Donc, j’interprète toutes les chansons de mon dernier album sauf le duo avec Emmanuelle car il n’a aucun sens sans elle. Pour l’instant, elles plaisent toutes ! Pour le reste, j’ai choisi des titres que le public aime. En ce qui concerne les musiciens, Michel Aumont est là à la guitare. Aux percussions, Sebastian Kezada m’accompagne. C’est le fils d’un des membres des Kilapayun, groupe de Chiliens qui avaient soutenu Allende. Sebastian a donc toute cette culture sacrée de percussions venue d’Amérique Latine. Enfin, à la contrebasse, Patrice Caratini revient avec moi après avoir participé à ma tournée de 1972-1976. Il y a une ambiance musicale magnifique sur les concerts.

Etes-vous impatient de venir à Toulouse ?
Très, d’autant plus que je vais jouer à la Halle aux Grains ! J’adore cette ville, elle me rappelle Nougaro. D’ailleurs, Maurane prépare un album formidable consacré à cet artiste. C’est marrant, quand les grands artistes meurent, il y a toujours un temps de purgatoire avant de reprendre leurs répertoires. Nougaro est pour moi un très grand chanteur, auteur-compositeur. Je l’ai très bien connu, c’était un vrai poète, un personnage exceptionnel avec une façon de manier la langue et l’accent à merveille.

Propos recueillis
par Sophie Orus


Maxime Le Forestier
“Restons amants”
Jeudi 26 mars à 20h30
A la Halle aux Grains


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