Marithé et François Girbaud : Retour à Toulouse

Après plus d’un an d’absence, la boutique Marithé et François Girbaud rouvre
à Toulouse. Un nouveau “passage” à la parisienne que le couple, créateur du Jeans façon stonewash, a tout récemment inauguré.

 

A l’instar de “Montmarcel” à Paris, Toulouse a elle aussi désormais son “passage” signé Marithé et François Girbaud. Après avoir quitté depuis plus d’un an la rue Saint Antoine du T, la toute nouvelle boutique vient en effet de rouvrir à Toulouse, avec cette particularité d’avoir une entrée (ou une sortie, c’est selon !) au 39 de la rue de Metz et l’autre, 32 rue d’Astorg. Un concept que le couple en personne n’a pas manqué de venir inaugurer. «Etre présents aujourd’hui à Toulouse, leur tenait vraiment à cœur.» confie une personne de leur entourage.

A la fois “Bobo” et contre le système

François Girbaud est né et a passé toute son adolescence dans le Tarn, plus précisément à Mazamet, à l’époque centre mondial du délainage. Bien que sa profession l’ait fait très tôt quitter son pays, malgré les voyages, les déménagements dans le monde entier, le “régional de l’étape” comme il se nomme lui-même, a gardé l’accent du Sud-Ouest. Son franc-parler aussi… Notamment quand on le branche sur Toulouse, ses jeunes années, le rock’n’roll… Après un petit tour du propriétaire sous une musique très fashion, François Girbaud “content” que ce passage toulousain ressemble au concept sur lequel son équipe et lui travaillent depuis deux ans, se livre sur son lointain passé. On peut le qualifier d’“original”, d’“illuminé”, lui “jeter des cailloux”, il s’en moque. Elevé à la San Antonio et Berrurier, l’homme est simple, nature : «De Mazamet, on est venus faire les cons à Toulouse avec nos guitares. Mike Shannon, Ticky Holgado… J’ai vécu tout ça. Et puis la musique m’a amené à Paris. J’ai commencé à habiller des gens comme Johnny Halliday, Eddy Mitchell. Avec la ba-se du rock français, on se con- naît depuis cinquante ans !» Son histoire, de Mazamet où ado, il est embauché dans une mégisserie, à Paris, où chez Western House il rencontre Marithé, il la raconte en 75 portraits très “rock couture attitude” dans “Ma peau” (éd. Michel Lafon) ; ouvrage dont les droits seront reversés à l’Association du Locked-in Syndrome (ALIS) (lire encadré). Mais inutile de discuter mode avec ce créateur avant-gardiste qui pourtant, a marqué le Jeans de son empreinte décalée. Ce n’est pas son “truc” : «Le système est en train de péter de tous les côtés, entre un qui se suicide et l’autre qui dit des conneries… Aujourd’hui, tout est manipulé par des groupes financiers qui n’ont rien à voir avec la mode.» Tout aussi superflu d’essayer d’évoquer son empire (97 magasins à l’enseigne de la marque et 3 500 points de vente multi-marques dans le monde répartis sur 53 pays, ndlr). Lui qui se revendique à la fois “bobo” et contre «le système bourgeois de merde qu’il faut faire sauter», s’en «branle totalement»… mais toujours, avec le sourire…

Sauver la planète

En revanche, le “rebel not criminal” qui a fait scandale en 2005 avec une affiche publicitaire travestissant la Cène de Léonard de Vinci, est intarissable sur l’écologie, qu’il défend depuis la Chute du mur de Berlin. Et tout en s’excusant d’être vulgaire, de s’exprimer “violemment”, il regrette qu’en la matière, à l’heure du volcan et de Fukushima, les couturiers aient «une plume dans le cul». «Dans les années 60-70, on a fait de belles conneries. On a laissé un paysage de merde» s’indigne François Girbaud. Avec Marithé, ils seront les premiers au début des années soixante-dix à industrialiser le délavage par l’emploi de pierres ponces, le stone wash, qui permet de gommer la couleur du Jeans. Ils dénoncent aus-si (même si c’est «totalement faux-cul» précisent-ils), ces techniques nées ici en Midi-Pyrénées et dans l’Aude, qu’ils ont eux-mêmes utilisées et qui, tout comme le sablage, (“ce qu’il y a de plus beau” néanmoins), ont inventé la «pollution en grand» : «Dans les usines, les gens meurent de silicose. Ils ingèrent du permanganate, du potassium, etc. 900 000 tonnes par an de tels produits sont déversées dans nos rivières par la filière Jean mondiale et ce sont 420 millions de mètres cubes d’eau qui sont nécessaires pour laver les Jeans destinés à la consommation mondiale. Ce n’est plus possible et il faut que les consommateurs le comprennent. C’est ni plus ni moins de la citoyenneté.» A- lors Marithé et François Girbaud, jamais à court d’idées, cherchent encore et toujours pour tenter de sauver la planète. Ce sont les fruits de leur passion qui leur donnent la pêche, à soixante cinq ans passés. En mai dernier, ils se sont associés avec l’entreprise espagnole Jeanologia, fabricant de machines laser et ozone afin de présenter leur vision «d’un jean du futur éthique et environnemental» : «Le mélange des deux (laser et ozone, ndlr) ouvre des perspectives fantastiques. On peut contribuer à sauver le monde et un vieux con comme moi peut corriger les erreurs du passé. Il est encore et toujours temps.» Mais les Girbaud veulent s’adresser désormais aux générations futures à qui leur «discours parle plus qu’à ceux qui ont tout foutu en l’air.» Et ce passage toulousain de résonner comme un écho : «Ce qui nous plaît ici, ce qui nous intéresse, c’est qu’en rouvrant, on est tourné sur demain.»



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