Mariage pour tous: « Inceste, PMA, GPA » les dérives d’un débat

Alors que le débat à l’Assemblée nationale a commencé mardi dernier, les détracteurs du projet de loi poursuivent leur combat dans toute la France. Objectif : interpeller les parlementaires et l’opinion publique afin de bloquer la majorité socialiste, « a priori » pour le mariage pour tous. Sachant que près de 5000 amendements ont été déposés par la droite. Les jours à venir s’annoncent houleux, dans l’hémicycle et dans la rue.

 

La gauche pour et la droite contre, est-ce si simple ? Si ça l’était, le président du groupe socialiste à l’Assemblée, Bruno Le Roux, n’aurait pas eu besoin de rappeler à l’ordre les réfractaires de son camp : « Quand on a été élu avec le soutien du Parti socialiste, on respecte les promesses de la campagne présidentielle. » A Toulouse, le débat se poursuit également. « Comme on nous l’a refusé au niveau national, on le construit au niveau local » déclare Romain Traissac, responsable de la Manif pour tous en Haute-Garonne. Le collectif a organisé, en début de semaine, une table ronde, avec psychiatres, professeur de droit, et représentant des intérêts LGBT. Claire Neirinck, directrice du master 2 « Droit de la famille » à l’université Toulouse 1 Capitole a apporté son point de vue sur le projet en question : « Si ce n’est que l’amour qui justifie le mariage, alors pourquoi ne pas épouser sa nièce ? », en précisant que « l’adoption entraîne une filiation fictive, et il ne sera plus possible de définir l’inceste juridiquement ». Pourtant ce problème existe aussi bien pour les couples homosexuels qu’hétérosexuels. Il n’y a pas plus de liens de sang quand l’adoption se fait par un homme et une femme. Mais on peut au moins le faire croire… « Elle permet une identification, c’est vraisemblable. » Soit. Mais comment pérenniser les enfants qui vivent déjà dans une famille homoparentale, mais qui ne sont liés juridiquement qu’avec un seul parent ? « Il y a déjà des droits qui existent, comme la délégation d’autorité parentale, ou l’adoption une fois que l’enfant est majeur. Mais pourquoi créer des liens pérennes pour des couples qui le plus souvent ne durent pas ? », s’interroge le professeur de droit. Pour Philippe Orillac, président de l’Autre cercle (fédération nationale d’associations d’homosexuels luttant contre les discriminations), « cette loi est un pas douloureux à franchir pour les homosexuels qui doivent faire face à des propos très durs et parfois blessants. Mais il faut en passer par là, et dans dix ans, les réfractaires d’aujourd’hui s’en mordront les doigts. »

« L’adoption, une brèche vers la PMA et la GPA »

C’est le véritable problème. L’union entre deux personnes de même sexe n’est pas le point le plus contesté dans ce projet. En France, le mariage est lié à la filiation et donne par conséquent droit à l’adoption. « Beaucoup de gens ne connaissent pas le projet de loi, et pensent qu’il ne s’agit que d’autoriser le mariage. Nous voulons informer la population sur ce point, et c’est pour ça qu’une manifestation aura lieu samedi avec opération de tractage et témoignages » explique Louis Montané, responsable régional du Collectif la Manif pour tous. Si l’adoption est autorisée, « on finira par autoriser la PMA (Procréation médicalement assistée) pour les femmes puis la GPA (Gestation pour autrui) pour les hommes, au nom de l’égalité » craint Romain Traissac. Pour Claire Neirinck, on se dirige tout droit « vers la marchandisation du corps humain. » Pourtant, la GPA « n’est pas une revendication, justement pour éviter ce genre de dérives » rectifie Philippe Orillac. « Nous ne nions pas la nature. Une femme peut accoucher, un homme non. Donc nous ne demandons que la PMA » précise-t-il. Mais pour l’heure, le débat n’est pas là, les députés ont déjà beaucoup à faire avec le projet « Mariage pour tous ».

Coralie Bombail



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