Malika Aradj : « Ras-le-bol des clivages idéologiques »

Conseillère municipale à Toulouse et déléguée à la Communauté Urbaine, Malika Aradj fait partie de la liste MoDem pour les prochaines élections européennes dans le Sud-ouest. Elle évoque son parcours, son engagement dans le parti de François Bayrou, les enjeux des Européennes et l’organisation de la politique locale.

 
Malika Aradj, pouvez-vous nous rappeler votre parcours politique ?
Je travaillais à la mairie de Toulouse donc j’avais déjà un pied dedans en tant que chargée de mission. Puis mon entrée en politique s’est faite de manière surprenante en 2004 lors d’un déjeuner avec des copains. Tout le monde râlait contre les politiques qui ne semblaient pas vivre dans le même monde que nous, mais je pense que nous en sommes aussi responsables. J’ai fait une réunion avec un élu et je me suis engagée dans les Régionales sur la liste de Michel Valdiguié, sans être encartée UDF car ce parti ne répondait pas à mes attentes. Je me suis intéressée de plus en plus à la politique et j’ai été séduite par le discours de François Bayrou. J’ai donc adhéré au MoDem lors des élections présidentielles. Durant les Législatives, j’étais directrice de campagne pour les candidats MoDem du département et j’ai rencontré à cette occasion Jean-Luc Forget. Nous avons mis en place un groupe de travail pour un nouveau projet municipal et l’aventure a commencé naturellement.

Aujourd’hui, vous êtes élue à la mairie de Toulouse et à la Communauté Urbaine. La politique est désormais votre seul métier ?
J’ai été élue à la mairie dans l’opposition : j’ai donc dû faire un choix entre mon mandat et mon emploi. J’ai décidé de démissionner pour aller jusqu’au bout de mon engagement. Cela a été extrêmement difficile car j’élève seule mes trois enfants et je passe à un salaire de 300 euros par mois. Avec mon mandat à la Communauté Urbaine en plus, 1 000 euros brut, je ne récupère pas mon salaire d’origine. Mais je suis une citoyenne moyenne.

Comment avez-vous rejoint la liste du MoDem dans le Sud-ouest pour les prochaines Européennes ?
J’ai répondu à un appel à candidature au niveau national, conformément aux statuts du MoDem. Une commission était chargée de faire une sélection et j’ai été choisie dans la région Sud-ouest. Je ne suis pas en position éligible (6ème sur la liste, ndlr) mais je vais participer à la campagne. Je vais essayer d’apporter le maximum.

« Replacer l’humain au centre de l’Europe »

Que représente pour vous l’Europe ?
L’Europe est importante car la plupart des choses se décide là. Mais il faut replacer l’humain au centre du dispositif. Nous avons 12 engagements et nous allons nous attacher à les remplir. L’un de nos défis est de faire en sorte que les citoyens soient au courant de ce qu’il se passe au Parlement Européen. Aujourd’hui, les politiques ont tendance à tout mettre sur le dos de l’Europe, ce qui contribue au désamour. Il faudrait peut-être mettre en place un système qui permette au député européen de rendre compte de son travail aux électeurs, de façon semestrielle ou annuelle. Il faut plus de transparence et de social en Europe.

Comment va s’articuler la campagne ?

La campagne débute ce vendredi à Montpellier avec une présentation de tous les membres de la liste. Puis dans les semaines suivantes à Bordeaux et Toulouse. Nous allons vraiment communiquer sur le rôle de l’Europe car le gros challenge est de la faire aimer aux citoyens. Il faut éviter au maximum l’abstention et pousser les gens aux urnes.

Quel est l’objectif du MoDem dans le Sud-ouest ?
L’objectif est de viser au minimum deux sièges. L’idéal serait un troisième mais on espère renouveler le score des dernières élections européennes.

Quelle est selon vous la place du MoDem en Europe ?
Le MoDem est représenté dans un groupe de Démocrates composé d’une centaine de députés au Parlement Européen. Le fonctionnement de ce dernier est d’ailleurs inédit pour nous puisque il y a obligation de travailler ensemble en dehors des dogmes.

« Libre d’agir en conscience »

Et au niveau national, sentez-vous une évolution ?

Au départ, je pense que les gens ont eu du mal à saisir l’absence de dogmatisme mais aujourd’hui, les citoyens comprennent qu’on peut travailler ensemble sans se préoccuper de l’étiquette des gens. A partir du moment où un projet est bon, qu’importe qu’il soit porté par telle ou telle organisation politique. Les Français en ont ras-le-bol des clivages idéologiques entre les différents partis. C’est ce que nous ressentons également en tant qu’élus au niveau local.

Justement, vous êtes conseillère municipale MoDem et avec vos deux collègues (Jean-Luc Forget et Jean-Luc Lagleize), vous vous êtes rapprochés de Marie-Françoise Mendes et Yvette Benayoun, deux personnalités de gauche. Pourquoi ce choix ? Est-ce une stratégie pour peser dans les débats ?
Nous nous positionnons en fonction du contenu du projet et non pas de son étiquette. Nous avons mis en place avec Marie-Françoise Mendes et Yvette Benayoun une plateforme technique car la nouvelle équipe municipale a porté à 4 le nombre minimum d’élus pouvant constituer un groupe. Nous n’étions que 3 au départ et durant un an, nous sommes restés des non-inscrits sans moyen aucun. Le MoDem ne pouvait pas intervenir dans le débat ni déposer des vœux. Avec ce nouveau groupe, nous partageons des moyens humains et matériels mais chacun conserve son libre-arbitre.

Le système est le même à la Communauté Urbaine, mais avec des politiques de sensibilité différente…

Effectivement, à la mairie les personnes qui se sont rapprochées de nous sont de sensibilité de gauche et à la Communauté Urbaine… de sensibilité de droite ! Mais nous sommes toujours sur ce principe de plateforme technique avec présidence tournante où chacun reste libre d’agir en conscience. Ce n’est pas une alliance au sens idéologique.

Propos recueillis par Sophie Orus


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