Maladie d’Alzheimer; L’espoir toulousain

De nouvelles molécules thérapeutiques sont en cours d’étude à Toulouse et la Ville rose s’apprête à ouvrir une session d’essais cliniques sur la prévention des troubles de la mémoire chez les personnes âgées.
On l’appelle “la maladie du siècle” et pour cause : la France compte actuellement environ 850 000 personnes atteintes d’Alzheimer, avec 220 000 nouveaux cas par an, soit un véritable problème de santé publique. A l’occasion des journées du CMRR (Centre de Mémoire de Ressource et de Recherche sur la maladie d’Alzheimer) à Toulouse, le Professeur Bruno Vellas, responsable du Gérontopôle, a tenu à faire un point sur les avancées thérapeutiques : «Plus d’une centaine de molécules sont en développement dans le monde mais trois retiennent particulièrement l’attention. Les Américains ont constaté chez les patients une amélioration des capacités à réaliser les tâches quotidiennes et des facultés cognitives. L’une des molécules pourrait être utilisée pour un vaccin, la seconde agirait sur les mitochondries, structures intercellulaires, et la dernière sur les enzymes gamma-secretas, présentes de façon anormale dans le cerveau. Nous atteignons actuellement la période la plus critique car ces molécules sont en Phase III de développement et donc à l’essai sur des malades. Ces tests sont cruciaux.»
La région Midi-Pyrénées compte environ 30 000 malades dont les deux tiers sont concentrés en Haute-Garonne. En 2008, 28 patients ont été traités à Toulouse et les chercheurs espèrent que ce nombre va augmenter dans les années à venir : «La maladie d’Alzheimer est un véritable challenge. Nous espérons atteindre les 150 patients en France l’année prochaine et les 500 d’ici 5 ans, dont un tiers en Midi-Pyrénées», confie le Professeur Vellas. «Sinon, les molécules risquent de quitter le pays pour être développées ailleurs.» Un cas de figure que les praticiens toulousains redoutent à juste titre. En effet, le centre de Toulouse coordonne le réseau national français du Cengeps (Centre National de Gestion des Essais des Produits de Santé) sur les essais thérapeutiques dans la maladie d’Alzheimer ainsi que le consortium européen. «Ces molécules ne vont pas guérir les malades mais limiter la progression d’Alzheimer», précise le Professeur Vellas. «Nous travaillons également sur des marqueurs biométriques qui permettraient de cibler les personnes à risque.»

 

Une étude unique à Toulouse

Outre son engagement dans la recherche thérapeutique, le Gérontopôle ordonne actuellement le premier essai d’intervention multidomaine MAPT (Multidomain Alzheimer Preventive Trial), dans la prévention des troubles de la mémoire chez les 70 ans et plus. «Il faut développer les stratégies préventives car si on parvient à retarder d’un an la maladie, on peut baisser de 9 millions le nombre de personnes atteintes dans le monde», explique Sophie Gilette, Coordinatrice Recherche Gérontopôle. «Nous sommes tous exposés à des facteurs de risques tout au long de notre vie. La pratique régulière d’un exercice physique, une stimulation cognitive, une alimentation équilibrée et une activité sociale maintenue sont des facteurs protecteurs de la maladie.»
Le Gérontopôle démarre donc une série de tests qui devront mesurer l’impact de chacun de ces facteurs sur les patients (voir encadré). Et fait rare, il en est le promoteur. Cette étude sera pilotée par Florence Lustman, membre de la Fondation Alzheimer lancée le 7 novembre dernier, et rentre dans le cadre du Plan Alzheimer mis en place par le gouvernement. Nicolas Sarkozy a d’ailleurs évoqué son souhait la semaine dernière d’étendre ce Plan au niveau européen. En effet, à partir de 85 ans, une femme sur quatre et un homme sur cinq sont touchés par la maladie en Europe.

Sophie Orus


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.