Maître Pierre Alfort/Affaire Alègre

Maître Pierre Alfort

Quelle a été votre réaction quand Patrice Alègre vous a sollicité pour la première fois ?

J’ai accepté immédiatement quand il m’a demandé de le défendre car si je fais ce métier, c’est pour défendre tous ceux qui en ont besoin… Tous ! Ce qu’il y avait de terrible, c’est le décalage extraordinaire entre l’atrocité des faits qui lui étaient reprochés et l’humanité qu’il dégageait. Durant les sept, huit ans durant lesquels je l’ai défendu, j’ai justement essayé de le rendre humain, indépendamment des faits, car il n’est ni une bête de foire, ni un monstre. C’est simplement un homme. Et je pense que nous avons réussi !

 

Aujourd’hui, gardez-vous encore un temps fort du procès en mémoire ?

Finalement, ce n’était pas tellement dans le cadre de l’audience en elle-même, mais à son issue, lorsque les parties civiles, c’est-à-dire les parents des victimes, sont venus nous serrer la main, à Maître Boguet (un des avocats de Patrice Allègre, ndlr) et moi-même. C’est une sacrée reconnaissance car ce geste démontrait que nous avions fait notre travail sans les choquer, sans être outrageants, ni vulgaires. Nous avons simplement fait en sorte que la justice soit rendue quelle que soit la personne jugée.

 

De quelle façon se prépare-t-on à défendre un homme que l’on sait coupable ?

Ce n’est pas si particulier! Une affaire comme celle-ci se prépare au quotidien, en y réfléchissant tous les jours. On y pense en lisant, en se reposant, on en parle avec d’autres personnes qui peuvent donner des idées, et surtout en gardant ce fond d’humanité qu’il faut avoir, je pense, pour pouvoir plaider au pénal.

 

Comment se passe l’après procès ? Comment se détache-t-on d’une telle affaire ?

Il a fallu digérer le fait d’avoir «fréquenté» un tueur en série pendant sept ans, et ce n’est pas facile car, pour réussir à démontrer son humanité, j’ai dû puiser dans la mienne. Je crois en l’Homme, mais il n’en reste pas moins que si l’on prend le dossier de manière brutale, il est facile de se dire que ce type est un pourri, que c’est un monstre que l’on devrait exécuter sans jugement. Mais la justice ne serait pas rendue. Ensuite, on passe facilement à une autre affaire ! Certes, je ne traite pas des «affaires Allègre» tous les jours, et un certain décalage existe par rapport à mes dossiers quotidiens mais avec un peu d’humilité… La seule difficulté réelle est de garder les pieds sur terre, de ne pas avoir la grosse tête. Intellectuellement, cela implique de se remettre totalement en question. Ce genre d’affaires endurcit, mais il faut payer de sa personne ! De toute façon, je pense qu’on ne progresse qu’en souffrant !

Propos recueillis par Séverine Sarrat

 

 

Incarcéré pour cinq meurtres et plusieurs viols à l’encontre de Toulousaines, Patrice Alègre a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais l’affaire ne s’arrête pas là puisque la cellule «Homicide 31» rouvre l’enquête suite aux révélations de prostituées qui accusent des gendarmes, des policiers mais également des notables toulousains de viols, de proxénétisme et d’avoir organisé des «parties fines». Bénéficiant d’un non-lieu, ces derniers ont attaqué leurs accusatrices pour dénonciation calomnieuse ; elles ont été condamnées à 2 et 3 ans de prison avec sursis.



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