Maître Léguevaques retourne sa robe

Après avoir annoncé qu’elle se portait partie civile, la mairie de Toulouse a présenté mercredi dernier son représentant lors du procès, Maître Christophe Léguevaques, qui laisse ainsi de côté les sinistrés. Ce retournement de dernière minute a provoqué la colère et l’abattement de certaines victimes.

 
«Nous ne cherchons que la vérité et la cicatrisation des douleurs». Pierre Cohen semble déterminé, et martèle cette formule tel un leitmotiv. «La ville ne demande pas d’indemnisation, elle l’a déjà assez été à hauteur de 87 millions d’euros. Elle cherche seulement à savoir ce qu’il s’est réellement passé», enchaîne le maire de Toulouse avec une volonté d’arbitrer les débats sans en être l’instigatrice : «La ville n’est pas là pour se faire mousser. On ne joue pas en l’affaire le rôle d’agitateur, mais on ne pouvait pas être seulement spectateur». On l’aura compris, la vérité est au centre des débats, mais l’ouverture de ce procès annonce également des enjeux le dépassant. Car le cas AZF a depuis fait jurisprudence en la matière. Et le maire compte bien profiter de ce procès pour appuyer des remarques qu’il avait déjà émises dans un rapport publié par la commission d’enquête sur la sûreté des installations industrielles en 2002. «Dans ce domaine il est important d’améliorer la transparence d’une part, mais également de faire valoir le droit de précaution et de régler le problème de la sous-traitance qui entraîne une perte de connaissance s’intensifiant le long de la chaîne d’action.» Sur ce point, l’avocat le rejoint, concluant de manière certaine que «l’on sait ce qui s’est passé. Deux produits qui ne le devaient pas ont été mélangés, et malheureusement, nous savons désormais ce qui n’est plus à faire».
Pour cette recherche de la vérité, la mairie a fait appel au désormais célèbre Me Christophe Léguevaques, chargé de la représenter. «Je suis très honoré d’avoir été choisi. C’est un procès emblématique car il y aura toujours un avant et un après AZF, et c’est un enfant d’Empalot qui sera la voix de Toulouse». Une voix qui a un prix : 75 000 €. Et pour un tel montant, l’avocat cherche à rassurer : «Je serai tout le temps présent durant les quatre mois que durera l’audience, et je n’hésiterai pas à intervenir et appuyer l’action du ministère public pour que la vérité éclate». Car il faut le rappeler, le jeune avocat toulousain était l’instigateur de l’action déposée par les parties civiles contre la société Total au lendemain de la catastrophe. Et de ce côté-là, la réponse est claire : «Je ne suis plus l’avocat des personnes physiques. Toutefois, la ville soutient l’action du ministère public et souhaite la condamnation des personnes poursuivies par ce dernier». Un changement qui a du bon le concernant, son indemnisation n’aurait été “que” de 192 € par personne pour la durée du procès s’il avait continué à les défendre.
Une décision qui est loin de de réjouir les victimes laissées sur le carreau deux jours seulement avant le début des audiences. Danielle Charles, élue Verte au Conseil Municipal de Toulouse, fait partie des ces anciens clients de Maître Léguevaques ayant déposé une demande de citation directe à l’encontre de Total : «On se retrouve sans avocats suite au désistement de Christophe Léguevaques car aucun des deux autres avocats à qui il avait proposé de nous défendre n’a accepté le dossier», déplore-t-elle quelques heures seulement avant le début du procès. Durant l’audience cependant, le bâtonnier de Toulouse François Axisa va trouver une solution en la personne de Maître Cohen, venu à la rescousse des parties civiles. Pour José Bové, en visite à Toulouse aux côtés de Danielle Charles (voir article page 7), le retournement de robe de Maître Léguevaques soulève «un problème de déontologie».

Maxime Razès et Laure Basterreix


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.