Louis Besnier ; Priorité à la formation

Louis Besnier vient de succéder à Pierre Pérez à la Présidence de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de la Haute-Garonne. Ce maître artisan boucher à Toulouse depuis 1974, veut faire reconnaître la valeur professionnelle des artisans tout en mettant l’accent sur la formation des jeunes.

 
Louis Besnier, que représente pour vous cette nouvelle fonction ?
C’est pour moi une suite logique car cela fait vingt et un ans que je siège en Chambre de Métiers. Et comme l’alimentation, secteur qui m’est très familier, n’a jamais pris cette Chambre de métiers de Haute-Garonne, je suis vraiment très heureux d’être le premier à accéder à ce poste.

Quelques querelles intestines ont semble-t-il jalonné ces élections. Entamez-vous ce mandat avec sérénité ?
Oui parfaitement, je dirais même avec une très grande sérénité. Il n’y a pas eu pour moi de querelles à l’occasion de ce scrutin, contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là. Nous étions trois candidats à nous présenter et avions trois tableaux de bord complètement différents.

Votre prédécesseur, Pierre Pérez, a voulu faire en sorte que la CMA 31 ne soit pas une administration mais un outil au service des artisans. Allez-vous poursuivre dans cette voie ?
Je souhaite non seulement poursuivre mais accentuer ce qui a été réalisé jusqu’à aujourd’hui, donner encore plus de puissance à l’artisanat et faire reconnaître notre valeur professionnelle. C’est à la Chambre de s’ouvrir aux artisans et ce sera l’un des premiers combats qui sera mené. Dans cette optique, nous allons continuer à ouvrir des sites d’accueil pour que les artisans comprennent que la Chambre de Métiers est à leur disposition pour qu’ils puissent grandir professionnellement.

Quels sont les dossiers auxquels vous voulez donner une priorité ?
En tout premier lieu, la formation des jeunes. Je considère qu’il est insensé de laisser sortir un jeune sans lui apporter le savoir dont il a besoin, pour pouvoir s’élever socialement. Lorsque vous avez reçu une formation correcte, pointue, c’est un boulevard qui s’ouvre à vous et qui va vous permettre de choisir votre mode de vie. C’est très important pour moi et nous allons engager une grande bataille sur ce sujet.

 

Autre sujet important du secteur : le statut des conjoints d’artisans. Quelle sera votre action dans ce domaine ?
Selon nos informations, le statut du conjoint non déclaré serait remis en question. Mais sachez que nous le défendrons bec et ongles. Il est très important que la femme qui se retrouve dans l’entreprise ait une couverture sociale digne de ce nom.

Quelle est votre position sur l’auto-entreprise ?
Le leitmotiv que nous défendons depuis longtemps et qui sera reconduit sous mon mandat sera le suivant : Même droit et même devoir pour tous. Or nous considérons que l’auto-entrepreneur fait une concurrence déloyale, néfaste aux artisans. Il faut sécuriser ce statut, pour protéger aussi bien les artisans que les consommateurs qui doivent vraiment savoir s’ils ont affaire à un professionnel ou pas.

Quel type d’interlocuteur serez-vous avec les organismes bancaires ?
Je ne pense pas que je serai un interlocuteur facile parce que bien souvent nos entreprises sont mises à mal par les banques. Il leur arrive de ne pas jouer le jeu alors qu’on leur a demandé de soutenir l’artisanat, surtout dans ce contexte de crise. Mais c’est aussi à l’artisan à aller vers les banques et expliquer leur cas. Il ne faut jamais se fermer à une discussion.

Quelle est la situation des entreprises artisanales en cette fin 2010 ?
La crise s’étouffe un peu. L’activité retrouve une croissance positive. En revanche, le monde de l’alimentation qui n’avait jamais souffert, a tendance à stagner. Quoiqu’il en soit, personne dans l’artisanat n’envisage de débaucher à l’heure actuelle. Vous savez, dans nos métiers, le patron se serre toujours plus ou moins la ceinture pour ne pas mettre son personnel à la rue et ainsi assurer la pérennité de l’entreprise. Car bien souvent, il a formé ses employés, qui eux-mêmes ont continué à grandir avec lui.

 

Vous dites que ces entreprises ne vont pas débaucher mais vont-elles continuer à embaucher, l’artisanat étant l’un des premiers employeurs français ?
S’il y a du professionnel sur table, elles embaucheront. C’est pour cela que je tiens absolument à réaffirmer l’importance de suivre une formation très pointue. Les artisans sont tous à la recherche de professionnels.

Frédéric Lefebvre est le nouveau Secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’Artisanat et des PME. Qu’attendez-vous de lui en règle générale ?
Qu’il redonne le goût du professionnalisme aux artisans, que ceux-ci soient fiers d’être ce qu’ils sont, de leur profession.

Et sur un sujet en particulier ?
Il est par exemple question de doubler le nombre de jeunes en alternance. C’est une très bonne chose, sauf que nous avons perdu l’agrément qui nous permettait de former et qu’aujourd’hui tout le monde peut le faire. Nous demandons par conséquent qu’une formation tuteur soit mise en place car on ne peut plus former de la même façon qu’il y a quinze ou vingt ans. Les jeunes ont évolué et l’artisanat est resté un peu terre-à-terre. Sans compter les 35h qui sont passées par là… Avant de transmettre, il faut faire aimer sa profession mais aussi tenir compte du droit de vie de ces jeunes. Les tuteurs en sont conscients mais ont quelquefois du mal à faire le premier pas.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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