Lorca ; Le Défi à Relever, tous ensemble

A Toulouse, combien de Toulousains sont-ils d’origine espagnole ? Combien de fils et de filles de réfugiés politiques ? A Toulouse, qui ne préfère pas aller passer ses vacances en Espagne plutôt que dans la capitale ? Déjà Nougaro chantait : «Est-ce l’Espagne en toi qui pousse un peu ses cornes ?»
«Toulouse, porte de l’Espagne !», quel élu(e) ne l’a pas dit avec des mots plein la bouche et en bombant le torse ?
Toi qui me lis, n’as-tu pas du sang espagnol dans tes veines ? Toi qui me lis, ne passes-tu pas tes vacances en Espagne ? Toi qui me lis, que fais-tu pour Lorca ?

 
«¿ Pero no tienes vergüenza ?… ¿ Y no haces nada para tuyos ?… Mais tu n’as pas honte ?… et tu ne fais rien pour les tiens ?…»
Alors, surgis de ma mémoire, du plus profond de mon inconscient, j’entends dans mes oreilles, ces reproches qui ont façonné mon éducation et me rappelleront à l’ordre, toute ma vie, si nécessaire. Et c’est le cas aujourd’hui. Oui, à ce jour et comme tant d’autres, Moi aussi, pour Lorca, je n’ai rien fait.

Pourtant Lorca est la terre de mes ancêtres

Oui, Lorca une petite ville toute proche de Murcia… Oui, Lorca aussi près de Toulouse que ne l’est, de la ville rose, la capitale du nord Lille.
La ville de Lorca, a été atteinte, le 11 mai dernier par un tremblement de terre, le plus meurtrier dans le pays depuis 1956. Un bilan tragique qui a fait 9 morts. La vieille ville et l’ensemble des monuments historiques ont été détruits, une population traumatisée qui vit dans la rue…
Et moi, je n’ai rien fait, alors que j’ai de suite réagi pour porter mon soutien au Japon, pour l’Afrique, et même tous les ans comme par automatisme, pour le fameux Téléthon ou quelque autre cause humanitaire ou que sais-je encore, que les médias savent si bien nous “vendre”…
Je n’ai rien fait alors que c’est dans l’adversité que la famille, les amis, les frères répondent présents.

Vais-je être celui qui s’est inscrit aux abonnés absents ?

Oui, me suis-je volontairement inscrit aux abonnés absents, oubliant de fait que c’est une partie de moi qui est blessée ? Le Toulousain d’origine africaine ou maghrébine, pense et aide en permanence ceux des siens qui sont restés au pays, au bled. Tant bien même, qu’il ne se passe pas un jour sans que la presse n’évoque les luttes contre les discriminations dont ils sont l’objet. Et moi, Toulousain d’origine espagnole, moi qui suis accepté, intégré, reconnu, je détourne mon regard et cultive l’indifférence quand les miens sont dans le besoin, quand le sort s’acharne sur eux.

 

Suis-je “el desgraciado” de la famille ?  

Ni hablar ! Hors de question ! Je vais faire. Et je vais faire avec cette rage qui puise ses racines dans le fait de ne pas l’avoir fait spontanément et immédiatement. Je vais faire avec ce petit supplément d’âme qui veut honorer ses racines profondes, qui veut simplement dire, au moment où je retrouverai mes aïeux, «j’ai répondu présent».
Je vais faire… Quoi ? Tout sauf l’indifférence. Tout sauf l’égoïsme. Tout sauf la “tchache”. Tout porque «tenemos cojones, corazon y, no solo, una boca».
Quand je pense à mes frères et sœurs de Lorca dans la détresse et le désarroi… Je ne me vois pas aller passer mes prochaines vacances en Espagne, la fleur au fusil.
Quand je pense à mes frères et sœurs de Lorca dans la détresse et le désarroi… Je ne me vois pas dire : «J’habite Toulouse, la porte de l’Espagne…»
Quand je pense à mes frères et sœurs de Lorca dans la détresse et le désarroi… Quand je revois tout ce que j’ai pu faire pour tous mes frères de la terre, aujourd’hui en oubliant mes frères de sang, j’ai honte.

Alors, que faire ?

Alors, à chacun d’entre nous de savoir s’il n’a pas un ami(e), un cousin, plus ou moins éloigné, une relation, qui est là-bas, dans le besoin.
Tous ensemble, collectivement que pouvons-nous faire, ici, maintenant, juste avant les grandes vacances…  
Que peuvent faire les Toulousains pour pouvoir dire avec fierté «Toulouse, porte de l’Espagne» ?
L’occasion de nous rappeler et ce n’est pas un hasard si un pont qui enjambe la Garonne, a été baptisé par nos prédécesseurs “Pont des Catalans”. Un symbole pour sceller dans la pierre les excellentes relations qui unissent notre ville à la Catalogne et à l’Espagne. Mais pas seulement. C’est aussi une marque de remerciement, un hommage rendu à tous ces “Espagnols” qui, quand notre pays était en danger, ont animé la résistance dans les maquis. Non, ce n’est pas un hasard si, pour libérer Paris, le premier char qui est entré dans la capitale, était un char espagnol…
Aujourd’hui l’heure est venue pour l’ensemble des Toulousains, grands et petits, élus de tous bords, sportifs, artistes et autres… de montrer sa reconnaissance, de former une chaîne d’union pour écrire ensemble la plus belle page de fraternité dans nos relations avec nos frères de toujours.
Alors que faisons-nous ?

Luis Fernandez


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